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1918


Carte de Clément à Aurélie

Au printemps 1918, l’Allemagne abandonne la défensive.

Elle dispose pour la première fois depuis 1914 de la supériorité numérique à l’ouest, grâce à la défection Russe.
Lundendorff peut alors espérer emporter la décision avant l’arrivée massive des troupes américaines.

Le 21 mars 1918 l’offensive allemande, attendue déjà depuis plusieurs semaines par les Alliers, tombe par surprise sur la 5ème armées britannique dans la Somme.
Les Anglais perdent près de 60.000 prisonniers le premier jour de l’offensive.
L’avance se poursuit durant les jours suivants.
Au sud, le général Pétain envoie des renforts considérables, ce qui permet de bloquer les Allemands.
Finalement leur offensive meurt à quelques kilomètres d’Amiens.


Carte de Clément

47ème Régiment d’infanterie

Dans les nuits du 28 au 29, du 1er  au 2, du 7 au 8 avril, l’ennemi tente des coups de mains, appuyés par une forte artillerie et un emploi intense d’obus toxiques.
Il échoue. Alors, du 13 au 14, il attaque par projecteurs. La 9ième compagnie très atteinte perd un très grand nombre d’intoxiqués. Il recommence par projecteurs le 18 et le 26 sans résultats sérieux ; la situation assez tendue, persiste jusqu’au 20 mai, jour où le régiment est relevé.

Troisième Bataille de l’Aisne

Le 23 mai le 47ième est rassemblé dans la région de Ligny-en-Barrois ; le 28 il est embarqué en chemin de fer dans la nuit ; le matin du 29, le Colonel et le 2ième bataillon débarque à Dormans. Enlevé aussitôt en camion, le bataillon est transporté à Villers-Agron d’où il s’avance sur Ronchères. A 20 heures l’ennemi l’arrète devant ce village. Le Commandant Stiegler essaye de l’encercler. Il l’atteint sans pouvoir y pénétrer. Les pertes sont sérieuses. Le brave sous-lieutenant Henry est encore blessé. Le 2ième bataillon est mit à la disposition d’un Général de cavalerie. Il empêche l’ennemi de déboucher de Ronchères le 30 au  matin, mais les troupes du génie qui occupe le Bois Meunière s’étant repliés à 7h.20 il est attaqué violemment sur son flanc droit. Il le repousse, puis reçoit l’ordre d’occuper une position plus en arrière, y arrive vers 11 heures par échelons et attaqué de 11 à 18 heures, il rejette chaquee attaque, ne se replie que lorsque l’ennemi ayant atteint le sud de Champvoisy et de Passy-Grigny menace de l’encercler. Il s’établit entre le Bois de Gèvres et Grigny, y reste jusqu’au 31 à 10 heures et reçoit alors l’ordre de repasser la Marne, ce qu’il fait à 11heures 3O par le pont de Verneuil, qui saute peu après. Le Caporal Le Bars et le Soldat Guioubert se distinguent à ce passage. Pendant ce temps, le 3ième bataillon arrive à Dormans dans l’après-midi du 30, suivi par le 1er, ils se placent pendant la nuit dans la forêt de Ris, avec des fractions anglaises et de cuirassiers. Dès le matin du 31 l’ennemi les attaque. Ils le repoussent, à 9 heures les anglais communiquent qu’ils ont l’ordre de se replier sur Verneuil. L’ennemi menace les flancs des unités. Vers 15 heures, le Commandant du 3ième bataillon (Commandant Vazeilles) reçoit l’ordre de protéger le repli des éléments de cavalerie. Le mouvement commence par échelons, pour couvrir la tête de pont de Passy-sur-Marne. Dans la soirée les allemands atteignent Rosay à gauche, Treloup à droite. Les deux bataillons reçoivent l’ordre de franchir le pont de Passy, ce qu’ils font dans la nuit, sauf la 1ière compagnie, détachée avec le 2ième R.I. qui passe à Jaulgonne. Le régiment a combattu tout le jour et une partie de la nuit ; les pertes sont sévères. La belle conduite du Lieutenant Grillet, du sous-lieutenant de Coulhac, des Sergents Charpentier et Livet, des Soldats Rousset et Renard sont remarqués. Le 1ier juin, le 47ième R.I. réuni garde les passages de la Marne autour de Dormans. Le 2 juin, l’ennemi ayant franchi la rivière dans la boucle de Jaulgonne, le 1ier bataillon (Commandant Voillot) reçoit l’ordre de la nettoyer. La 2ième compagne (Capitaine Delamotte) et la 3ième compagnie (Lieutenant Benard) Participent à l’opération qui d’effectue dans la nuit. La Compagnie Benard enveloppe l’ennemi par le nord le long de la rivière, une centaine de prisonniers, 10 mitrailleuses sont dans nos mains. Les sous-lieutenant  Riot, Le guillou, Chaudeyrac ; le Fourrier Gellée ont pris une part brillante à ce succès. Les journées suivantes sont assez calmes ; le régiment est tout entier en ligne. Il y reste jusqu’à la fin de juin. Relevé du 27 au 29, il est enlevé en camion et il vient cantonner dans la région de Dammartin-en-Goëllé, où il reste jusqu’au 5 juillet. Dans la nuit du 5 au 6 juillet, il en repart et il revient dans la région de Pargny-la Dhuys où il s’est embarqué huit jours avant. Il travaille sur la 2ième position.  

Les Alliés sous la pression allemande.

L’offensive allemande du 21 mars 1918 a failli  provoquer un effondrement total du front allié.
En avril Lundendorff frappe à nouveau le front britannique, cette au nord d’Arras.
Le 27 mai 1918, Lundendorff attaque le front français du Chemin des Dames avec le même puissance.
En juin, un nouvel assaut, très violent, est lancé sur un front plus restreint, au nord de Compiègne.
Le 15 juillet 1918, Lundendorff lance 49 divisions à l’attaque, de part et d’autre de Reims, afin d’en finir avec la résistance alliée dans ce secteur.
Mais cette fois les Alliés sont prêt a la repousser.

Extrait –Atlas de la Première guerre Mondiale- Yves Buffetaut


Louis et Aurélie

Louis, sa mère, sa tante et sa cousine

 

Carte de Louis à ses oncle et tante
12 février 1918

Cher oncle et chère tante,

Pour une fois je me mets en frais de quelques cartes et vous en donne la primeur.
Nous sommes descendu hier soir un peu à l’arrière (10 kilomètres environ) et vous n’avez qu’a regarder au verso pour savoir ou nous nous trouvons actuellement.
Le pays est assez important et très gentil et nous pouvons y rester  quelques jours, nous y serons pas mal, mais comme nous sommes toujours en alerte il se pourrait qu’avant peu on nous fasse encore déménager.
Enfin nous profitons du bon temps qui nous est donné, en attendant les mauvais jours.
Mes Meilleurs baisers.

 

Carte de Clément à Louis
22 février 1918

Mon cher Louis,

Ce n’est pas souvent que tu reçois de mes nouvelles, mais comme c’est réciproque nous sommes quitte, pourtant nous pourrions décider de faire mieux.
Marches tu pour chacun sa semaine ci ce n’est pas abuser je crois !
Comment trouves tu ma petite carte de ma fabrication ?
Peut être aura-t-elle le goût de te faire causer, m’engueuler un peu même, j’adore ça.
Comme tu l’as vu mes chasses n’étaient plus celles d’octobre mais comme tu le sais les canes et les bécasses sont rares, enfin j’ai tué deux bécasses et un canard, quelques articles de fraude entre autre un énorme lièvre dans la prairie ………. , comme il était au bord de l’eau je pensais …………..espérons qu’a la fin de l’année nous pourrons chasser tranquillement ensemble.
Encore pas de nouveau pour m’en tirer quelle barbe.
Les deux copains qui sont partis sont en ce moment dans un centre d’instruction, quels chanceux.
Bon baisers, bonne santé.
Ton cousin qui pense à toi.

 

Les contre – offensives Alliées mènent à la victoire

Le 15 juillet 1918, l’offensive allemande frappe dans le vide, car Pétain n’a laissé en première ligne que des éléments très réduits ; après quelques kilomètres, les Allemands se heurtent aux vraies défenses française et piétinent devant elles pendant plusieurs jours.
C’est alors qu’une puissante contre- offensive française est lancé à l’ouest du front d’attaque.
Le 8 août, les Britanniques et les français passent à l’attaque sur la Somme.
Lundendorff ne peut s’empêcher d’écrire que cette date est « le jour de deuil de l’armée allemande »
C’est le commencement de la fin pour l’Empire allemand.

Extrait- Atlas de la Première guerre Mondiale- Yves Buffetaut


Clément

Clément à droite

     

Carte de Clément à ses deux sœurs
3 mars 1918

Chères Demoiselles,

Je viens de barbouiller une petite carte en vitesse.
Je vous l’adresse en vous souhaitant bon séjour comme nous avec feu le soir sur les ……..
Une fameuse séance, un bombardement fantastique,je n’ai jamais vu mieux.
Comme les autres j’avais déjà préparé ma musette pour partir pour Munster.
Mais dans notre coin ils n’ont pas avancé.
Nous avons pas mal de casse avec ça de la neige en masse.
Comme vous le voyez sur ma carte je n’ai pas de …………envoyez moi SVP, 2 pinceaux-Un fin et un moyen.
Bons baisers à tous, grand-mère et Alexandre.
Bien du plaisir,
Votre frère qui vous aime de tout cœur.

Le repli allemand a été très méthodique et à la fin août, les Alliers se retrouvent devant la ligne Hindenburg, comme à la fin de l’année 1917.
Fin août, l’armée allemande dispose encore de 44 divisions en réserve.
A la mi-octobre, elle n’en a plus aucune.
Après la conquête de la ligne Hindenburg, les Allemands se replient vers leurs frontières.

Extrait- Atlas de Première guerre Mondiale- Yves Buffetaut.


Clément et Aurélie

Clément au centre debout

117ème- musique

 

Carte de Clément à Aurélie
20 avril 1918

Ma chère Aurélie,

Je suis étonné qu’il y ait un nouvel arrêt dans le service postal au moment ou moi je me remet à flot, je viens de recevoir à l’instant les deux lettres du 26 et 27.
Ca ne va pas durer longtemps j’espère.
Je t’ai fabriqué cette petite carte cet après-midi.
Pas mal sans moyen, le visage un peu pale.
Merci pour les gâteaux……œufs, excellent le tout.
Il fait beau cet après-midi………………
Bons baisers, bonne santé, j’écris souvent au crayon sur les cartes, ça peut s’effacer, ton frère qui t’aime de tout cœur.


Carte de Clément à Aurélie

Carte de Clément à  Louis
30 avril 1918

Mon cher Louis,

Il est encore temps de me mettre au travail pour ne pas perdre à nouveau une autre bouteille.
Je suis encore au repos mais pour peu de temps.
Je remonte jeudi matin, il parait que c’est toujours presque calme, j’espère que pendant mon séjour au 1er poste ce calme continuera.
Est il question chez vous que les jeunes vont reprendre a un pourcentage plus élevé, ici on parle de 10, 13 même 15 pour ces jours ci.
Mais les bobards ne manque pas.
Je désire pourtant que cela marche le plus vite possible.
Je pourrais faire une ballade à Martigné début juin.
Mais il ne faut guère y compter dans cette saison ci.
Je n’ai pas compris ta signature l’autre jour, j’ai beau regarder je ne saisis pas du tout.
Comme nous avons nos journée libre à …….,je travaille ma clarinette avec acharnement, ça commence à rendre, maintenant je ferais une bonne séance, mais je ne souffle que tous les trois semaines, ce n’est pas la bonne façon de devenir fameux.
Bonne santé et bon courage, ton cousin qui t’embrasse de tout cœur.

 

Carte de Louis à Henriette
24 mai 1918

Un petit bonjour, ce soir tu sais il y a le théâtre ici comme à Nantes, nous sommes passé devant cet après-midi.
Et nous avons vu le programme (une comédie boche en 3 actes) nous y serions peut être aller mais nous avons eu une bonne leçon hier soir ; nous étions rentrés dans un cinéma où l’on jouait un grand drame mais toutes les explications étaient données en boche, nous n’avons rien compris du tout et nous sommes parti avant la fin après nous être follement ennuyé.
Comme le théâtre est aussi allemand, je crois que nous ferons mieux d’aller ailleurs.
Mille bons baisers.

 

Clément Lemerle- 15 juillet 1918 – 10 janvier 1919 – Captivité – Chatillon sur Marne (Cassel)

47ième Régiment d’infanterie

Le 14 juillet, à minuit, alors que se déclanche sur le front une canonnade inouïe et que les arrières sont violemment battus, le 1er bataillon est établi sur la deuxième position, vers Comblizy, le 2ème dans les bois au nord de Maison Blanche, le 3ème avec le Colonel à Orbais.
A l’aube, le 2ème bataillon se place à droite du 1er bataillon, le 3ème vient en réserve à Maison-Blanche, le régiment est sous un violent bombardement.
Vers 17 heures à la ferme Le Hallais, le Colonel Buhler est blessé.Le Commandant Lebas, Adjoint prend le Commandement du 47ème R.I.
En fin de journée, l’ennemi atteint nos lignes.
Le 16 à l’aube la préparation d’artillerie s’accentue ; vers 8 heures l’ennemi attaque et il continue ses tentatives jusqu’à 3 heures, le 17, où un groupe d’une trentaine d’allemands parvenu jusqu’au corps à corps est anéanti, perdant 3 mitrailleuses.
Le 17 et le 18, l’ennemi bombarde sans arrêt, il n’attaque plus.
Le Colonel Zoppf prend le commandement du régiment.
Le 19 juillet, le bombardement diminue, des indices de repli sont relevés dans la soirée ;le soir,nos reconnaissances sont reçues par des feux nourris de mitrailleuses.

Bataille de Tardenois.

Le 20, le régiment dépassé par une division fraîche se rassemble dans la forêt d’Enghien ; ses pertes des jours précédents sont sérieuses.
A la fin de la nuit, il atteint Port- à Binson, Deuilly, et garnit la Marne sur ce front.
Dans la nuit du 22 au 23, deux demi sections du 2ème bataillon franchissent la Marne sur une passerelle.
Elles ne peuvent progresser.
L’artillerie rompt la passerelle. Attaquées elles résistent.
Le 25 d’autres éléments les rejoignent, capturent un poste ennemi, avancent d’un kilomètre.
La lutte d’artillerie redouble.
Le 27, le régiment pénètre dans les premières lignes allemandes, il atteint à midi Châtillon et Vandières, à la nuit la lisière nord du bois de Rarrey.
Le 28, il touche à midi la route de Villers-Agron-Romigny.
Etant en flèche, il est violemment bombardé, subit des pertes sérieuses ; le 29 il entre dans Aiguisy fortement tenu, y fait quelques prisonniers.
Le 1er août, il attaque la ligne Aiguizy-Forzy, livre un combat très dur.
Le 2, l’ennemi se replie.
Le 47ème R.I. atteint la hauteur sud de Lagery.
Le 3 il franchit l’Ardre, dépasse Gruny, est momentanément arrêté sur les hauteurs au sud de Hourges ; et à 21 heures, il atteint la route Fismes-Reims.
Le 4, il touche à la Vesle malgré la résistance obstinée des mitrailleuses ennemies et malgré son artillerie.Le 13, à la halte de Breuil une de nos sections, (Lieutenant Dane) subit un ruede assaut mais repousse finalement l’ennemi.
Les positions du régiment sont couvertes d’obus toxiques dans la nuit du 14 au 15 ; le bataillon Voillot,à Hourges est très éprouvé.
Le 15 Grugny est bombardé à son tour.
Puis le front se calme peu à peu.
Du 24 au 25  août le régiment est relevé.
Le 1er septembre, le Colonel Buhler reprend le commandement du régiment qui est cité de nouveau à l’ordre de l’Armée pour sa belle conduite du 15 au 3 août.
Remis à l’instrction dans la région Verneuil, Passy Grigny.
Le 47ème  R.I. s’embarque en chemin de fer à Oiry près d’Epernay, le 13 septembre.
Le 14 il débarque à Laveline, et le 10 iloccupe la partie nord-est du secteur de Saint-Dié, en particulier la Chapelotte.
Le 324ème régiment Américain le double, puis le relève peu à peu ; et le 2 octobre le régiment est remis à l’instruction autour de la Neuville.

Entrée en Alsace.

Le 15 octobre, le 47ème relève un régiment américain dans le secteur de Robache, le 248ème le relève à son tour du 27 au 30.
Le 47ème vient cantonner près de Corcieux, le 7 novembre il est à Epinal.
Il en repart le 10, apprend le 11 la signature de l’armistice à Frison ;le 17franchit le col de Donon, cantonne à Schirmeck-Grand-Fontaine où il est reçu avec enthousiasme ; le 18 il est à Mutzig-Molsheim ; le 21 le 3ème bataillon occupe le pont de Kehl,et le 22 novembre le régiment rentre à Strasbourg.
Ainsi, après plus de quatre années de lutte, le régiment qui partit de la ville des Corsaires, finit la guerre à Strasbourg après l’avoir commencée à Charleroi.
Il contint des milliers de dévouements obscurs et de sacrifices ignorés ; il vécut des mois dans la boue des tranchés occupé à une tâche minutieuse et pénible sous l’imminence d’une attaque et en présence de la mort ;il participa à de nombreux combats et se montra aussi énergique dans l’assaut que résolu dans la résistance et s’il eut moins de récompenses que d’autres, c’est peut-être que son ardeur et sa ténacité bretonnes étaient dans la nature des choses.
Ceux qui ont vécu sa vie de guerre, qui ont formé de leur corps la cuirasse vivante du pays, savent que les paroles ne sont rien, que des réalisations sont tout.
Ils ont réalisé.
A d’autres de faire mieux.
Quant à eux ils peuvent rentrer dans la cité, le cœur léger, quoique débordant d’un grand passé, ils sont par leurs coups d’audace, dans la lignée de Surcouf et de Duguay-Trouin et, par leur épopée,dignes de Chateaubriand.


Louis à sa mère

Louis à Aurélie

 

Louis à sa mère
28 mai 1918

Bien chère maman,

Je n’ai pas eu de vos nouvelles aujourd’hui.
Le pays où nous sommes est épatant. Je ne peux mieux le comparer qu’a Chateaubriant.
Aussi inutile de vous dire que nous y trouve tous ce que nous voulons.
J’ai trouvé une popote, nous y mangeons midi et soir. J’ai aussi une chambre que j’occupe avec Marcel.
Bref un vrais paradis, et j’espère y rester le plus longtemps possible.
Aujourd’hui nous avons astiqué les binious, et demain nous commencerons les concerts.
C’est le point noir, on parle d’en faire 2 à 3 par jour.
Enfin si le chef est de bonne humeur ça ira.
Mille bons baisers à toute la famille, ton fils affectueusement.

 

Louis à Aurélie
14 juillet 1918

Ma chère Aurélie,

Je tourne le dos à la Bretagne, au lieu de m’en rapprocher.
Mais ce n’est pas pour bien longtemps.
Les permissions vont reprendre dès que nous serons à destination et mon tour sera vite arrivé.
Ne vous inquiété pas si vous êtes 1 jour ou 2 sans nouvelles, le courrier aura du retard, vu la longueur de trajet et……..je n’aurai peut être pas l’occasion d’écrire en route.
Ton cousin qui t’envoi ses meilleurs baisers.

 

Inconnu
6 août 1918

Cher frère et sœur,

J’ai appris par Marie et par Alexandre que Clément était prisonnier, j’ai bien pensé dans vous tous et dans le chagrin et l’inquiétude par lesquels vous avez passé, car j’espère qu’au reçu de cette carte, vous devez avoir de ses nouvelles et de sa main.
D’un coté, cela sera bien dur de ne plus le revoir d’ici la fin de cette guerre mais de l’autre vous le saurez vivant et tiré de la fournaise, car chez nous il y a des prisonniers (manque la deuxième carte).

 

Louis aux parents Lemerle
21 août 1918

Cher oncle et chère tante,

Avant de retourner faire un tour en ville ce soir, je tiens à envoyer un petit mot à tout le monde.
Strasbourg est la ville la plus riche que j’aurais vue, rues, boulevards, places, les palais abondent.
Les moindre façades ont une allure grandiose et comme nous prenons le tram pour descendre au cœur de la ville, et rentre à la caserne nous profitons de chaque moment libre pour aller visiter un nouveau quartier.
Allons à demain, je vous embrasse mille fois.


 Louis à Henriette


 Louis à Henriette

 

Louis à Henriette
26 novembre 1918

Vous en avez assez fait de voyages à Nantes depuis 4 ans, c’est mon tour maintenant de faire un petit tour dans une grande ville encore plus jolie que Nantes et je t’assure que je ne m’y ennuie pas.
Mais j’ai bien peur qu’on ne nous y laisse pas moisir, on parle déjà de nous faire descendre vers le sud.
Nous allons encore rester pour le réception de Foch cependant, mais après je crois que nous ferons la place à d’autres, enfin nous y aurons tout de même passé quelques bonnes journées.
Ton cousin qui t’aime.

 

Louis à Henriette
29 novembre 1918

Ma chère Henriette, Je sors de l’Odéon, un grand bar où il y a un orchestre épatant.
Tous les soirs nous allons y écouter de la musique en buvant de la bière, hier nous y sommes resté jusqu’à 10 heures, mais ce soir il a fallu rentrer pour 8h30, car il y a appel le soir maintenant.
Finies les fêtes, adieu les quartiers libres, c’est presque la vie de caserne qui va reprendre désormais ; c’est pour ne pas que nous oublions que nous sommes toujours soldats.
Et ouis je crois que nous allons bientôt quitter Strasbourg.
Le 2ème à du partir ce matin, direction du sud et nous n’allons pas tarder à le suivre, sans doute après demain.
Ton cousin qui t’embrasse.

 

Carte de Louis à Henriette
7 novembre 1918

Ma chère Henriette,

J’apprends par la carte de tante du 20 que tu es partie pour Nantes,mais comme cette lettre a mis 7 jours à venir et que ma carte en mettra peut être autant pour te parvenir tu sera sûrement de retour à Martigné pour la recevoir.
Qui sait même si Clé (Clément) n’y sera pas lui aussi.
Tous les jours nous voyons des groupes de prisonniers, j’en ai interrogé quelques uns, mais aucun ne venait de Cassel, c’est que Cassel est loin de la frontière,on a sans doute du les embarquer en chemin de fer pour regagner la France .
Mille bons baisers.

 

Carte de Louis aux parents Lemerle
7 novembre 1918

Encore une journée mémorable aujourd’hui, le Maréchal Foch a passé en revue ce matin les troupes de la garnison ; puis nous sommes allé le conduire place Kléber, ou les 6ème musiciens du Corps  ont joué la Marseillaise en son honneur.
Il y avait du mode, amis moins que le 22 octobre et le 29 le temps était  couvert et il pleuvait légèrement.
Au tour de Poincaré et Clemenceau maintenant.
Nous avons vu hier soir les journaux de Paris ;ils disent qu’Albert 1er est venu ici, première nouvelle, ils disent également que Foch est entré à Strasbourg le 29, or il est arrivé au train de 9h30 ce matin à part cela ils sont bien renseignés, çà fait plaisir.
Mes meilleurs baisers.

 

Carte d’Henriette à Louis
27 novembre 1918

Mon cher Louis,

Bientôt 8 jours que je suis à Nantes et je n’ai pas encore trouvé le temps de t’envoyer une carte.
J’ai su par maman que tu marchais de l’avant et que vous étiez accueilli par des chants et des fleurs.
Tu dois être à Strasbourg maintenant.
Je crois que ça doit être un moment inoubliable que cette entrée triomphale.
C’était le moment de faire de la photo.
Et Clément il va bientôt nous arriver, d’ici une quinzaine il pourrait être là, quel beau jour hein !
Comme je suis ici je profite du théâtre.J’au vu Sapho, Faust, le jour et la nuit, un concert samedi on joue Manon. Dimanche La Tosca.
Après cela en route pour Martigné pour être là pour l’arrivée du prisonnier.
Je t’embrasse bien affectueusement, ta cousine qui t’aime.
Bonjour à tous.

 

117ème Régiment d’Infanterie.
1918

Les Allemands vont centrer leur effort décisif : l’armée française se prépare à la résistance et, au milieu d’elle, le  117ème , en Champagne, travaille à l’organisation défensive du Mont-Haut.
Parmi ces travaux, son esprit offensif ne cesse de se manifester, et le 3 avril, la 6ème compagnie exécute sur la tranchée Bleue et la tranchée de Bonn, un coup de main qui lui vaut de voir son fanion décoré par le Général avec cette superbe citation à l’Ordre de l’Armée :

«  Sous les ordres du capitaine Bouvier, qui parti comme soldat de 2ème classe au début de la campagne, a su inspirer à ses hommes les sentiments de cœur, de bravoure et de discipline dont il est animé, s’est porté d’un seul élan, le 3 avril 1918, dans un vigoureux coup de main, sur les deux premières lignes sous un violent barrage, a atteint ses objectifs et a rempli sa mission, en ramenant des prisonniers, des mitrailleuses, du matériel, après avoir infligé des pertes sensibles à l’ennemi, détruit ses abris. Par son moral, son sang froid, sa ténacité, donne le bel exemple au régiment. »

Cependant, l’offensive allemande est déclenchée, c’est la deuxième bataille de la Marne qui se prépare.
Le 117ème, installé devant Châtillon sur Marne  et Montigny (15juillet), à l’ordre de tenir coûte que coûte.
Il tient, et ce n’est que sur ordre qu’il se retire, après un corps à corps prolongé, sur la deuxième position de Tincourt et Ventieul (16- 17 juillet), où la lutte acharnée continue.

A la suite de ces combats, le général Aldebert, commandant la 8ème  division, s’avance au devant du colonel Verignon et, le serrant dans ses bras s’écrie :

« Colonel, vous pouvez être fier de votre régiment !»

E t plus tard, une magnifique citation à l’Ordre de l’Armée, vient reconnaître la bravoure déployée par le 117ème en ces jours mémorables :

Unité remarquable par sa cohésion, sa discipline, sa tenue. Attaquée sur des organisations à peine ébauchés par un ennemi trois fois supérieur en nombre et enfoncée à sa droite, s’est accrochée avec une énergie farouche, électrisée par la bravoure de son chef, le lieutenant colonel Verignon, au réduit qui lui était confié, contre-attaquant, couvrant le repli des troupes voisines, arrêtant l’ennemi pendant plus de quatorze heures de combats acharnés ; lui inflige des fortes pertes et lui a fait des prisonniers. »

La récompense à tant d’héroïsme, le 117ème l’a trouvé dans la marche victorieuse qui , du 26 septembre à l’Armistice, ne s’est plus arrêtée pour lui.

Les étapes principales en sont : la prise des Monts (octobre),ou le régiment s’était déjà distingué en 1917, la prise de Rethel  (novembre), succédant à celle de nombreux villages et précédant le dernier succès, l’entée de Chaleville (novembre), où le glorieux drapeau du 117ème  reçut, en décembre de mains du général Debenay, la fourragère  que venait de lui décerner le Maréchal de France, commandant en chef.
Cette haute distinction lui était attribuée à la suite d’une nouvelle citation à l’Ordre de l’Armée (30 novembre ), dont le texte élogieux est le plus bel hommage qui puisse être rendu au régiment.

Le 117ème  régiment d’infanterie, sous les ordres du lieutenant colonel Verignon, lance à l’attaque le 26 septembre 1918 ? a poursuivi l’ennemi en combattant, pendant plus de quarante jours, libérant sur le territoire national une profondeur de plu de 70 kilomètres, pénétrant le premier dans Rethel et dans Mézières- Charleville ,marchant jour et nuit, sans repos, sans abris, sous une pluie battante, irrégulièrement ravitaillée par suite des destructions de routes, arrêté à tous instant par des mitrailleuses ennemies, battu sans cesse par l’artillerie adverse ; a foncé malgré tout en avant, précipitant le repli de l’adversaire tenace, lui infligeant des pertes sérieuses, lui faisant des prisonniers et capturant un matériel considérables. »

Au moment de la conclusion de l’Armistice, le 117ème , massé sur les pentes de Bel Air, à l’endroit même d’où, quelques mois auparavant, le Kaiser lançait l’attaque qui devait écraser la France, se tient prêt à franchir la Meuse, jaloux de justifier jusqu’au bout sa fière devise :

                                      En avant, toujours an avant !

Notice historique perso.wanadoo.fr/chtimiste/batailles 1418/divers/historique117.htm.

Louis à Aurélie
30 novembre 1918

Ma chère Aurélie,

Comme c’est samedi nous venons de faire retraite en ville, ily a moin de monde que samedi dernier, mais ça valait le coup quand même.
Puisque ta sœur s’est payé le voyage de Nantes, tu devrais t’offrir celui de Strasbourg.
Tu ne le regretterais pas, seulement dépêche toi si tu veux me trouver là car nous nous attendons à déménager d’ un moment à l’autre .
Si seulement je déménageais pour prendre la route de Martigné, enfin la permission approche petit à petit, et si la chance est avec nous, j’irai peut être  vous voir avant Noël.
Ton cousin qui t’embrasse.

 

Louis aux parents de Cléments
 5 décembre 1918

Cher oncle et tante,

J’ai eu ce midi, en arrivant une abondante correspondance.
Vos lettres des 27, 28, et 29, ainsi que 2 colis de linge et des saucisses, merci.
Je comprends que vous soyez  impatient d’avoir des nouvelles de Clément.
J’ai vu ici encore une foule de prisonniers arriver d’hier.
J’en ai interrogé pas mal, mais aucun ne venait de Cassel, aussi ils ne m’ont pas donné de renseignements particulièrement intéressant.
Qui sait peu être Clément est il arrivé au moment ou j’écris.
Mes meilleurs baisers


 Louis à Henriette


 Louis à Henriette


Louis aux parents Lemerle

Carte de Louis à Henriette
5 décembre 1918

Es tu toujours à Nantes ?

J’ai eu ce midi ta carte du 30 et tu n’as pas l’air de t’ennuyer là bas.

Aurais tu par hasard envie d’y rester tout l’hiver !

Si je me trouve en permission en même temps que Clément ; j’ai bien envie d’aller au théatre moi aussi d’ailleurs j’aurai 20 jours cette fois.

Et dans 20 jours on a le temps de se promener un peu, sur ce je t’embrasse mille fois.

 

Carte  de Louis aux parents de Clément
6 décembre 1918

Cher oncle et Chère tante,

Alors vous avez encore payé votre tribut à l’hiver ;sous la forme d’un gros rhume.
Enfin c’est passé heureusement car ce serait dommage que Clément trouve tout le monde au lit en arrivant, au contraire il va falloir que tout le monde soit bien d’attaque pour fêter, comme il convient le retour du prisonnier.
A je voudrais bien être avec vous ce jour là, pour prendre part moi aussi à la fête.
Je vous embrasse bien affectueusement.

 


Louis à Henriette

Louis aux parents Lemerle

 

Carte de Louis aux parents de Clément
7 décembre 1918

Cher oncle et Chère tante,                                                                  

Décidément, on nous prend pour des touristes, nous sommes à peine installés, et voilà déjà qu’on parle de déménager pour nous faire visiter les villes du Sud, Colmar, Mulhouse …
C’est très joli de voir du pays, mais quand il faut voyager à pied, c’est moins intéressant : enfin il faut en prendre son parti.
Nous avons commencé à faire concert aujourd’hui, nous avons eu du succès mais ce n’est plus l’enthousiasme du début.
Tout n’a qu’un temps, heureusement, car autrement la guerre durerait encore.
Mes meilleurs baisers.

 

Carte de Louis à Henriette
7 décembre 1918

Ma chère Henriette, je continue de t ‘écrire à Martigné, car j’espère bien que ton voyage à Nantes est terminé maintenant.
En as tu assez vu d’opéras, d’opérettes, drames,  etc, tu dois être guérie pour un moment du théâtre.
Dommage qu’il n’y ait pas encore des troupes françaises (d’acteurs entendons nous, car de la troupe ,il y en a partout) de troupes, dis je dans la ville où nous passons car moi aussi j’attraperais une indigestion de théâtre à condition que çà ne coûte pas trop cher.
Je t’embrasse.

 

Carte d’Aurélie à Louis 
15 décembre 1918

Retiers- Je comptais t’écrire longuement, mais voilà que j’ai profité du beau temps pour venir à Retiers aujourd’hui.
Je t’envoie une belle petite communiante, tu pourras juger comme elle a le Saint frais.
A ces jours ci, la longue lettre promise,
Ta cousine qui t’embrasse bien fort.

 

Carte de Louis à Henriette
17 décembre 1918

Ma chère Henriette,

Si tu attendais la fin de l’armistice pour rentrer à Martigné, tu dois être contente car elle est prolongée jusqu’au 17 janvier, ça te fait encore un bon mois pour aller au théâtre .
Prends garde cependant, Clément va arriver un de ces jours et s’il est obligé de courir à droite et à gauche pour rassembler la famille, il pourrait la trouver mauvaise.
Je suis content que vous ayez enfin sa carte du 27 octobre, mais moi aussi je voudrais bien  des nouvelles plus récentes, il s’ est passé tant de choses depuis cette date.
Mille bons baisers

 

Carte de Louis aux parents de Clément
18 décembre 1918

Cher oncle et chère tante,

Je ne vous ai pas donné beaucoup de détails hier sur mon voyage à Mulhouse, il est vrai que je n’ai guère de place pour le faire, ce sera pour ma permission.
D’ailleurs tout  s’est très bien passé, il n’y a eu qu’un tout petit point noir.
Nous sommes rentrés dans un restaurant pour déjeuner ( on nous avais indiqué la maison comme très chic) de fait nous avons été très bien servis, mais pas de pain, ou si peu à peu près 25 à 30 grammes..
Et comme les courses à travers la ville nous avaient mis en appétit, nous avons emporté les serviettes en papier de soie pour que vous puissiez en acheter une douzaine si le cœur vous en dit.
Bon baisers


Louis à Henriette

Louis à Henriette

 

Carte de Louis à Henriette
19 décembre 1918

Ma chère Henriette,

Je commence à compter les jours qui me séparent de la permission, s’il n’y a pas de changement dans 16 jours je prends la route de Martigné, ce qui me plait par dessus tout c’est que Clément va certainement arriver vers la fin du mois, ainsi nous passerons toute notre permission ensemble.
A (Aurélie) elle pourra compter comme perms celle là, car il n’y aura plus le cauchemar de la guerre pour gâcher le plaisr.
Nous aurons encore à nous quitter, mais pas pour longtemps et cette fois avec la certitude de revenir.
Ton cousin qui t’aime.

 

Carte de Louis à Henriette
21 décembre 1918

Aurélie ne me parle pas encore de toi dans sa carte du 16 .

C’est sans doute que tu es toujours à Nantes, et bien ,veux tu savoir mon idée, ce n’est plus la peine de revenir à Martigné maintenant puisque j’irai probablement là bas pendant ma perm (surtout si Clément est là).
Tu n’auras qu’a nous attendre Rue Contre Escarpe nous te prendrons en allant au théâtre.
Sur ce je vais me coucher car j’ai joué aux échecs toute la soirée et il est presque minuit.
Bonsoir et bons baisers.

 

Carte de Clément à Louis 
31 décembre 1918

Evasion réussie.
Je suis de nouveau avec le bleu horizon.
Excellente santé.
A bientôt.

 


Carte d’Aurélie à Louis   (15 décembre 1918)

 

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