Chapitre IX

La Seconde Guerre et l’Occupation

 

Lors de la ‘drôle de guerre’, âgé de 54 ans, Thomas se fit rappeler sous les drapeaux, ce à quoi il n’était nullement obligé. De fin août jusqu’au 8 novembre 1939 il fit partie, à Strasbourg, du 205ième Régiment Régional de Protection. Retourné chez lui, il reprit du service à partir du 15 février 1940 auprès du 43ième Bataillon de Pionniers Nord-Africains, composé de tirailleurs algériens. La véritable guerre étant déclenchée avec l’invasion allemande du 10 mai 1940, il fut fait prisonnier près de Nancy le 22 juin. Les différentes péripéties de ce qu’il vécut ces jours-là se retrouvent en détail dans son livre ‘Nancy-Münster’.

Nancy et premiers mois de captivité

Jusqu’au mois d’août il demeura en captivité en France, d’abord dans une école professionnelle à Nancy, ensuite dans une autre école, établie dans le domaine La Malgrange, autrefois une des résidences d’été du roi polonais banni, le prince Stanislas Leczinski. En ce bel été, Thomas profita du grand parc et de la bibliothèque de l’établissement. Le récit qu’il publia de ces mois passés avec d’autres officiers, à discuter et à rechercher les responsables de la débâcle, permettait déjà de se rendre compte de l’évolution dans ses idées. Certains de ces officiers, qu’il traitait d’ailleurs de tous les noms, indiquaient comme responsables majeurs les hommes politiques et les journalistes.

Thomas trouvait cela une sottise et estimait qu’en règle générale les élus du peuple, siégeant à l’Assemblée Nationale et au Sénat, n’avaient pas été si mauvais que ça. Il donnait même quelques élus en exemple, tels le député de Nancy et ancien ministre, le philosophe et ethnographe Louis Marin (1871-1960), dont il ne partageait pourtant pas les idées vis à vis de l’Allemagne et le député de l’Yonne et ancien ministre Pierre-Etienne Flandin (1889-1958). Marin, disait-il, était le type même de l’honnête homme et du patriote déterminé et Flandin était un homme de la plus grande valeur, surprenant par sa compétence dans tous les domaines. Continuant sur sa lancée, Thomas citait Joseph Caillaux (1863-1944), doué des meilleures vues d’avenir, Pierre Laval (1883-1945), parmi les plus fins et les plus lucides et Léon Bérard (1876-1960), un des plus cultivés. Au-dessus de tous les autres planait désormais le maréchal Pétain, le seul homme qui puisse mettre tous les Français d’accord, le seul derrière qui ils puissent, d’un même élan se ranger

Thomas concluait de même en ce qui concernait les journalistes, corporation à laquelle il appartenait. En général c’étaient d’honnêtes gens, disait-il, qui avaient honorablement fait leur métier. Certains avaient été les victimes de l’emprise des Juifs sur la presse et lui-même, affirmait-il avait dû se battre pour ne pas leur vendre son âme. Curieuse déclaration, car en fait c’est lui qui racheta un hebdomadaire à son propriétaire juif. Thomas citait l’exemple d’Emile Buré (1876-1952), directeur de L’Ordre, qui était entouré de juifs et avait tenu un discours belliqueux et antimunichois. S’étant enfui aux Etats-Unis, le poids de ses responsabilités l’avait rendu fou et il était mort dans un asile d’aliénés. C’était du moins la rumeur qui circulait. A tort, car Buré, bien au contraire, poursuivit son combat, publia à New York le périodique gaulliste France Amérique et revint en France après la guerre pour y reprendre pendant quelque temps la publication de L’Ordre, s’étant entre-temps converti en compagnon de route des communistes.

Alors, qui étaient les véritables responsables de la défaite ? D’après Thomas, chaque Français devait battre sa coulpe, car si tous avaient rempli jusqu’au bout leurs devoirs de citoyens, la catastrophe n’aurait pas eu lieu. Parmi les hommes politiques il y avait évidemment quelques grands coupables. En ajoutant qu'ils avaient été déférés à la Haute Cour, Thomas pointait du doigt vers Léon Blum, Edouard Daladier et Paul Reynaud, vers l’ineffable, le pittoresque, l’invraisemblable Edouard Herriot, empereur des idées fausses, et enfin, vers Georges Mandel. De ce dernier, disait Thomas, il s’était séparé à cause de ses menées bellicistes. Tout comme il avait perdu confiance en certains des leaders radicaux, qu’il encensait encore quelques mois plus tôt.

Toutefois, les principaux coupables étaient les juifs, qui ont acheté certains journaux, mécanisé quantité d’hommes politiques par la franc-maçonnerie et savamment empoisonné l'atmosphère française afin de lancer la France à l’assaut de l’hitlérisme, parce que Hitler était antisémite. Thomas citait le nom de Robert Bollack (1885-1956), ancien collaborateur de Georges Mandel et le nommait le grand corrupteur et distributeur d’argent de la presse, qui maniait le fonds juif grâce auquel on finit par convertir tant de nos journaux à l’idée d’une guerre contre l’hitlérisme, la croisade pour les juifs. C’était bien là une accusation qui, tout en étant dans l’air du temps, ne reposait pas sur des preuves et certitudes irrécusables[1]. Tout le monde y allait de ses accusations contre le ‘Syndicat de la guerre’, Charles Maurras le premier. Etaient surtout la cible des attaques, les banquiers juifs de Rothschild, Louis Louis-Dreyfus, ainsi que Pierre David-Weill et Raymond Philippe, tous deux de la Banque Lazard. Thomas ne semblait pas percevoir l’ironie de faire suivre de telles accusations en l’air par la phrase suivante : Quant aux accusations à vide contre tel ou tel groupe de Français, avec des mots creux, des insultes, et pas de preuves, je les sais ineptes, mais surtout je les trouve imprudentes.

Thomas ne tardera pas à traquer le juif en mainte circonstance. Ainsi, lorsqu’il parlait de peinture, toutes les aberrations (à ses yeux) du cubisme, fauvisme et autre art abstrait, étaient la faute aux juifs. Pendant la guerre il écrivait : [La] critique d’art, folle d’abstractions, a un but, qui est de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, de faire l’apothéose de l’horrible et de permettre ainsi aux marchands de tableaux juifs ou enjuivés de mettre sur le même pied l’horrible et l’agréable, le repoussant et l’honnête, l’absurde et le vrai, le bariolage et le travail sérieux, Boronali[2] et Vermeer de Delft. C’est une affaire d’argent, une spéculation boursière. Des centaines de millions de francs ont été soutirés à des gogos : les Bernheim, Rosenberg et autres Kahnweiler ont réussi à faire durer trente ans ce qui était simplement drôle, le caprice d’une saison, une blague de Montparnasse ou de Montmartre, une de ces petites effervescences fondées sur une idée jetée en l’air, la trouvaille d’un écrivain à son troisième apéritif, le caprice d’un peintre devant sa toile, d’un modeleur sur la glaise, et parfois une simple maladresse dont on tire un principe par goût de la contradiction. Si nous avions été entre Français, on eut rigolé de la chose trois mois et l’on serait passé à d’autres exercices. Mais les Juifs et les Métèques étaient là, les uns apprentis-peintres, d’autres critiques à deux sous la ligne, et les plus malins, marchands de tableaux et prêts à exploiter tout poisson d’avril qui paraîtrait matière à commerce.

Si Thomas pouvait éventuellement tirer quelque argument du fait que dans le commerce international d’œuvres d’art il y avait en effet une présence assez considérable de marchands d’origine israélite (il n’était pas le seul à taper sur ce clou, d’autres, comme Camille Mauclair (1872-1945), critique d’art respecté, en faisaient autant[3]), il ne se souciait visiblement pas d’expliquer comment il se faisait que parmi ces peintres qu’il n’aimait pas, il y avait tant de bons Aryens, voire de bons Français.  

Comme il était de mise, la franc-maçonnerie était vilipendée en même temps. Les juifs coupables, assurait-on volontiers, avaient trouvé un relais pour leurs fausses idées auprès des loges maçonniques dont la fantasmagorie maçonnique, disait Thomas, par les mots d’ordre qu’elle donnait, les complicités qu’elle imposait, le sectarisme qu’elle supposait, suffisait pour oblitérer toute pensée vraie, tout respect des faits, des réalités, et pour abolir l’honnêteté intellectuelle chez les âmes faibles qui venaient chercher dans les loges protection, appui et droit d’entrée dans la grande famille de la République impolitique, antisociale et dégénérée. De telles inepties, sur lesquelles Thomas n’avait évidemment pas le monopole, demeurent pour démontrer jusqu’à quel point la bêtise avait pu s’emparer d’esprits pourtant bien formés.

Les quatre mois à Münster

Le 15 août 1940 Thomas et ses codétenus, tous officiers de réserve, furent entassés dans des camions, ensuite dans de vieux wagons, pour un voyage de près de soixante heures vers leur nouvelle destination, une caserne nouvellement bâtie à Münster en Westphalie. Ils étaient quelques centaines – deux mille probablement - à se retrouver ainsi à l’Oflag VI D. La vie s’y organisa : cours et conférences, mise en place de plusieurs bibliothèques, promenades, tournois de bridge et d’échecs, représentations de théâtre et de cafés concert. Les adeptes de la langue d’Oc – Thomas  en était-il toujours ? – se réunissaient entre eux et pour la fête de Santo Estello, la patronne des félibres, le père Miremont faisait un sermon en leur langue ancestrale[4]

Les lectures de Thomas se basaient d’une part sur les bibliothèques disponibles dans le camp, d’autre part sur les livres qu’il pouvait s’acheter auprès d’un libraire local. Les journaux, tracts et livres allemands apportaient les nouvelles de l’extérieur, tout comme le bihebdomadaire pro-allemand Le Trait d’Union, édité à Berlin à l’intention des prisonniers français. Ces sources d’information étaient donc nécessairement très favorables aux thèses nazies.

Dès lors, ces lectures ne faisaient que conforter Thomas dans son évolution pro-allemande. Il ne s’en cachait pas au cours des discussions, et de plus en plus certains prononçaient le mot de cinquième colonne à son égard. Tout ce qu’il voyait, entendait, lisait, il l’interprétait dans un sens favorable aux Allemands. Aussi les mots germanophile, traître, hitlérien ne lui étaient pas épargnés. Il n’en avait cure. Nous avions là beaucoup de ces petits esprits, de ces timides qui ont fait de leurs effarouchements une règle de vie. Je les choquais, et je me souciais de leurs réactions à peu près autant que de la première réprimande que j’ai essuyée au lycée. Les pires parmi eux étaient d’après lui les Juifs (les bouts coupés) et les francs-maçons, qui se livrèrent contre lui à une campagne de ragots. Il n’en devenait que plus décidé à attaquer leurs congénères dès son retour en France.

Que les antipathies envers les Juifs pouvaient reposer sur certains éléments concrets, semble possible. Même des Juifs en convenaient. Un exemple en est donné dans une lettre restée connue du 26 avril 1944 adressée à Emmanuel d’Astier de la Vigerie (1900-1969) par René Mayer (1895–1972). Se plaignant de certains agissements d’un des importants protagonistes de la France Libre, Georges Boris (1888-1960)[5], il écrivait : Je constate, qu’après huit années, Monsieur Boris n’a pas compris le mal que lui et ses pareils dans leur indiscret envahissement du pouvoir politique à la suite de Léon Blum, ont fait à leurs coreligionnaires, beaucoup plus que la politique du Président du Conseil d’alors, mal qui a ensemencé le germe sans lequel la propagande antisémite d’Hitler n’aurait jamais pu avoir, en France, l’effet qu’elle y a, comme vous le savez, malheureusement produit[6].

En aboutissement de nombreuses discussions, Thomas en était arrivé à proposer à ses compagnons trois hypothèses. La première était que les Anglais seraient vainqueurs (Je ne vois pas très bien comment, mais acceptons ceci à titre de pure hypothèse) et que l’influence anglaise réapparaîtrait en France, c’est à dire celle des juifs, des francs-maçons et des marxistes. La bataille des partis reprendrait, les communistes gagneraient et la France subirait le sort de la Russie. La seconde hypothèse était que l’Allemagne gagnât et que, par manque de coopération de la part des Français, le manque d’esprit d’ordre et de dévouement à Pétain et Laval, les vainqueurs feraient du pays une sorte de protectorat, sans existence nationale propre. La troisième hypothèse était que le gouvernement autoritaire sous Pétain et Laval pourrait garder la confiance de l’Allemagne victorieuse. Le gouvernement sauverait le maximum de ce qui pouvait être sauvé du territoire national et de l’indépendance du pays. Que Thomas préconisait cette troisième hypothèse, va de soi. Il était devenu partisan inconditionnel du vénéré et admirable maréchal Pétain et du très intelligent, très fin, très subtil et énergique Pierre Laval.

Remise en liberté

Ainsi donc, Thomas passa six mois de captivité à Nancy et à Münster. Soudain, le vendredi 13 décembre 1940, intervint sa remise en liberté. Dans sa musette il emporta le manuscrit du livre qu’il avait consacré à cette période et que, sous le titre Nancy – Münster, six mois de captivité, il remit à l’éditeur Stock très peu de temps après son retour à Paris. Stock avait comme un de ses gérants et propriétaires Jacques Bouttelleau, mieux connu sous son nom de plume Jacques Chardonne (1884-1968). Il parut au mois d’avril 1941 et était dédié à Jean Luchaire (1901-1946) en remerciement et témoignage des bons avis que le cadet donna souvent à l’aîné.

A vrai dire, Thomas n’était déjà pas le premier à publier des considérations sur les évènements récents, ni même des souvenirs de captivité. Jacques Benoist-Méchin (1901-1983) venait de publier La moisson de Quarante[7]. Sur le point de prêter son concours au régime de Vichy, il avait été libéré dès le mois d’août 1940. Jean Montigny avec son récit des semaines qui avaient suivies l’Armistice, avait écrit le premier livre politique depuis la défaite[8]. Henri Massis avait décrit la défaite comme une défaillance de l’intelligence[9]. Anatole de Monzie, Bertrand de Jouvenel, René Benjamin, encore Jean Montigny, avaient des livres sous presse dans lesquels ils y allaient de leur explication[10]. Certains de ces écrits plaisaient tant à l’Occupant, que non seulement ils bénéficiaient de l’octroi de papier à imprimer en quantité suffisante et d’une large publicité, mais qu’ils étaient bientôt publiés en allemand. Les souvenirs de guerre et les récits de captivité trouvaient eux aussi peu à peu le chemin des éditeurs[11]. Si Thomas voulait se mêler au débat, il avait donc intérêt à ne pas tarder.

Un nombre d’exemplaires de Nancy-Münster fut envoyé dans les camps de prisonniers et le livre fut également traduit en allemand. Il était inclus par la Propaganda Staffel dans la liste des livres recommandés, arrêtée le 31 décembre 1942. L’Occupant en était très satisfait, comme le soulignait le propagandiste allemand Bernhard Payr, dans son livre-rapport Phönix oder Asche ? Il écrivait : Le sympathique auteur est un vieil officier de la Première Guerre mondiale qui, en dépit de ses cinquante-cinq ans, n’avait pas voulu renoncer à mettre sa vaste expérience et ses capacités militaires au service de l’armée française. (…) Ses notes de journal sur cette époque constituent un mélange, plein de charme, de comptes rendus de choses vécues, d’anecdotes, de réflexions et de souvenirs. Avec une rare franchise, ce vieux baroudeur donne son opinion sur les causes de la défaite, sur la décadence morale de larges couches du peuple français et plus particulièrement de la génération intellectuellement paresseuse de l’après-guerre, sur le triste moral de l’armée française, sur le manque de conscience des hommes politiques et sur les crimes des Juifs et des francs-maçons. (…) Sans relâche, Louis Thomas combat l’étroitesse d’esprit et la lâcheté de très nombreux camarades prisonniers. En mainte occasion, il s’oppose à leurs préjugés avec le bon sens d’un esprit véritablement libre. (…) Soupçonné d’une adoration puérile pour les Allemands, Louis Thomas sait ne pas se sentir concerné par de tels jugements. (…) Ce livre très attrayant et très alerte s’achève sur la constatation qu’il n’y a rien entre la France et l’Allemagne qui pourrait justifier la reprise de leurs explications avec les armes à la main[12].

La libération anticipée dont Thomas avait bénéficié, pouvait-elle être considérée comme anormale ? Après la guerre, certains de ses codétenus de l’Oflag de Münster vinrent affirmer auprès des autorités judiciaires que Thomas s’était trouvé au mieux avec les gardiens allemands et qu’il avait fait des propositions de collaboration afin d’être libéré. Thomas nia vivement toute collusion. Pourtant, on retrouva dans la bibliothèque de l’ambassadeur Otto Abetz le livre consacré par Thomas à Toussenel, avec la dédicace : A Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Abetz, cet ouvrage d’un collaborationniste depuis 1933, avec ses sentiments de vive reconnaissance pour une libération anticipée. D’autre part, les remerciements dans la dédicace du livre Nancy – Münster, adressés à Jean Luchaire, interlocuteur privilégié de l’ambassadeur, laissent supposer par qui celui-ci fut approché. Il n’est pas hasardeux de penser que Luchaire, homme de confiance des autorités allemandes, nommé grâce à eux dès le mois de septembre à la présidence de la toute nouvelle Corporation nationale de la presse française et sur le point de fonder, avec leur bénédiction et leur appui financier, son nouveau journal, cherchait à s’entourer de bonnes plumes qui partageaient ses idées. Son ancienne équipe de Notre Temps faisait partiellement défaut, ce qui devait l’inciter d’aller à la recherche de gens du métier disponibles.

Alors que dans la relation de sa captivité Thomas avait été particulièrement prolixe, son récit se terminait abruptement, sans crier gare, avec le récit du jour de sa libération. Il ne soufflait mot d’une quelconque demande qu’il aurait introduite, d’une proposition qui lui aurait été faite ou de démarches qui auraient été entreprises à son profit. Si en effet sa libération était acquise au bénéfice de sa situation d’ancien combattant de 14-18, il aurait dû y avoir un grand nombre d’autres bénéficiaires, ce qui ne semble pas avoir été le cas. A l’intérieur du camp il semblait y avoir deux moyens d’accélérer la remise en liberté : agir en homme de confiance (V-mann) des Allemands ou collaborer au Trait d’Union, l’hebdomadaire de propagande auprès des prisonniers. Les deux éléments peuvent avoir joué dans le cas de Thomas, qui d’une part parlait l’allemand et d’autre part était en permanence pris par la démangeaison de l’écriture. Evidemment, les Allemands ne permettaient à quelqu’un de partir que dans la mesure où ils espéraient d’encore plus grands services de sa part, une fois rendu à la liberté.

Quelques jours après son retour à Paris, Thomas rencontra Paul Léautaud, qui eut disait-il dans son Journal, grand plaisir à le revoir. Il ne semblait pas malheureux, tout juste un peu maigri, rajeuni disait-il. Il raconta qu’il s’était mis à dire aux Allemands que c’était bien curieux, que lui, directeur de journal ayant été contre la guerre, alors que tous ceux qui avaient poussé à la guerre étaient restés à l’abri, demeurait prisonnier. D’après lui les Allemands avaient fait une enquête et l’avaient relâché[13]. L’explication pouvait être exacte, elle ne contredisait d’ailleurs pas la possibilité d’influences utiles exercées à Paris.

Thomas avait quitté l’Oflag à l’aube et en solitaire, ne mentionnant que le congé qu’il avait pris d’un de ses amis dans la vie et en littérature, Thierry Sandre. Il fut pris en charge par un sous-officier allemand, qui l’accompagna jusqu’à Paris. Dans le train du retour, reconnaissable dans son uniforme d’officier français, il fut très amicalement traité par les militaires allemands. En arrivant en France, il apprit que le même jour de sa libération, le maréchal Pétain avait démis Laval de ses fonctions et l’avait assigné à résidence, tandis que le matin même de son arrivée à Paris, Marcel Déat avait été arrêté sur ordre de Vichy, quoique promptement remis en liberté sur injonction des Allemands. La lutte entre les diverses factions de la collaboration battait son plein.

Thomas y participerait bientôt. La suite montrera que pratiquement dès son retour il établît d’excellents contacts avec les responsables à l’ambassade d’Allemagne à Paris, plus particulièrement avec Gerhard Hibbelen, qui s’employait à mettre la main sur le plus grand nombre possible de maisons d’édition et de groupes de presse. Il eut des contacts tout aussi confiants avec les officiers de la Propaganda Abteilung Frankreich, en particulier avec le Arbeitsführer Walther Schulz qui dirigeait le Gruppe Schrifttum ou Section Littérature et qui présentait Thomas comme un de mes meilleurs collaborateurs et correspondants français[14].

Thierry Sandre

Thierry Sandre (1891-1950), de qui Thomas avait pris congé à Münster, était un ami de longue date. Né à Bayonne le 9 mai 1891, il partageait avec Thomas, son aîné de six ans, le plaisir de se retrouver à Paris entre Pyrénéens, l’un Catalan, l’autre Basque. Par ailleurs, Thomas lui était reconnaissant parce que, à la mort de sa mère, Sandre, demeuré ou redevenu plus pratiquant que lui, avait prêté assistance pour régler les funérailles.

De son vrai nom Charles Moulié, Thierry Sandre n’était pas un inconnu en littérature. Son premier recueil de vers, Les Mignardises, parut en 1909[15], suivi l’année suivante de En sourdine[16], tous deux publiés sous son vrai nom. Monté à Paris, il apprit rapidement à connaître Thomas et écrivit plusieurs articles à son sujet. Devenu le collaborateur du modeste littérateur qu’était le comte Augusto Gilbert de Voisins, celui-ci le prêta, à partir de l’automne 1910, à son ami Pierre Louÿs, menacé de cécité presque totale. Sandre fut pendant plusieurs années le secrétaire dévoué de Louÿs, se chargeant de sa correspondance et lui faisant la lecture à haute voie. Il acquît la réputation de s’identifier à tel point avec son maître, qu’il pouvait parfaitement imiter son écriture...et ne s’en privait pas.

Ce secrétariat ne l’empêcha pas de poursuivre une œuvre personnelle. Il n’avait pas vingt ans lorsqu’il publia son Tombeau de Renée Vivien[17], en hommage à la poétesse saphique qu’il avait connu, sans doute dans le sillage de Louÿs, peu de temps avant qu’elle ne mourût. Ensuite, édité par Louis Thomas et en collaboration avec le poète Marcel Ormoy ps. de Marcel Prouille (1891-1934), il publia Les Poésies de Makoko Kangourou[18], - la période était celle de l’art nègre en peinture - textes en un latin macaronique et avec des onomatopées pré-dadaïstes, soi-disant ‘traduction’ d’un auteur fictif. Pour l’invention d’auteurs inexistants, Sandre n’avait qu’à prendre exemple sur son maître. Quelques années plus tard, le jeune compositeur Francis Poulenc (1899-1963) dénicherait le recueil auprès d’un bouquiniste et s’en inspirerait pour le troisième mouvement de sa Rapsodie nègre, dédiée à Eric Satie et exécutée en première le 11 décembre 1917 au Théâtre du Vieux Colombier.

La Grande Guerre débuta pour Sandre dans l’artillerie, où il fut maréchal des logis et gagna la Croix de guerre. Sur sa demande il passa dans l’infanterie et devint sous-lieutenant des chasseurs à pied. Le 9 mars 1916, près de Douaumont, évanoui lors d’une attaque, il tomba entre les mains des Allemands et passa les années suivantes en captivité en Allemagne, ce qui lui permit d’écrire à loisir. Ce furent d’abord des recueils de vers[19]. A son retour après la guerre, ayant été succédé auprès de Pierre Louÿs d’abord par Robert Cardinne-Petit (1899-1958)[20], puis par Jean Cassou (1897-1986)[21], il devint le secrétaire de l’association des écrivains combattants de 14-18 et édita, en cinq volumes, une Anthologie des écrivains morts à la guerre[22]. Il publia également ses souvenirs de captivité sous une forme romancée et sous le titre Le Purgatoire[23]. Bientôt il atteignit une renommée certaine en obtenant en 1924 le Prix Goncourt pour son roman Le Chèvrefeuille[24]. D’autres romans avaient précédé ou suivirent : Mienne[25] (1923), Panouille (1924)[26], Mousseline (1924)[27], Cocagne (1926)[28], Les yeux fermés (1928)[29], Monsieur Jules (1932)[30], ainsi que des livres pour les jeunes : Robert le Diable[31] et Le corsaire Pellot[32]. Il écrivit également un pamphlet, édité par Louis Thomas[33] et, avec Pierre Benoît (1886-1962)[34] un livre à la gloire de sa région[35].

Ce en quoi toutefois Sandre excellait, c’était dans les traductions ou adaptations de textes grecs, latins ou arabes. Le Chapitre XIII[36] en était un exemple. En outre il traduisit les épigrammes de Rufin[37], Le Livre des Baisers de Jean Second[38], les Tablettes d’une Amoureuse de Sulpicia[39], L’aventure de Héro et Léandre[40] et Les Amours de Faustine de Joachim du Bellay[41]. De l’arabe il traduisit deux romans[42]. Tout en n’étant plus le secrétaire de Louÿs, - après Cassou était venu Jean Thorauer et ensuite Georges Serrières, plus tard l’époux de la veuve Louÿs - Sandre resta son ami et confident, ses conseils étant sollicités par le maître prématurément vieilli et bientôt moribond, et il observait avec effroi un entourage qui profitait de la situation. Sans doute était-il un des rares qui connaissaient déjà l’œuvre secrète de Louÿs, où cet obsédé du coït anal[43] laissait libre cours à ses fantaisies érotiques. Ce n’est qu’après la mort de l’écrivain que la plupart de ces textes paraîtraient, souvent sous le manteau. En 1932 Sandre publia Monsieur Jules, roman à clef dans lequel on découvrait Pierre Louÿs sous le masque du personnage principal. C’était l’époque où Sandre, comme René Benjamin et nombre d’autres, adhérait à L’Action Française, en dépit de la condamnation par Rome et publiait des textes dans les organes de presse du mouvement.

Quelque temps après, la vie de Charles Moulié connut un important revirement. Le 11 octobre 1936 il participa en tant que postulant du Tiers ordre de saint Dominique, à une réunion, 222 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, au couvent du Très Saint Sacrement qui appartenait aux pères dominicains. Il fut inscrit sous le nom de Thierry Sandre, homme de lettres, demeurant 145 rue de Rome à Paris 17ème  et reçut l’habit le 10 janvier 1937 des mains du Père Schaff, prenant le nom, dans l’Ordre, de frère Henri Dominique. L’année suivante, le 9 janvier 1938 il fit profession entre les mains du Père Jean Courtois[44].

Le Tiers Ordre de saint Dominique comptait à Paris une centaine de membres, représentants de professions diverses : fonctionnaires, militaires, magistrats, ingénieurs, médecins, pharmaciens, professeurs, industriels, banquiers, experts-comptables, assureurs, commerçants, etc. Sandre y retrouvait en particulier plusieurs écrivains, Vallery-Radot, Veuillot, Ghéon et Massis. Robert Vallery-Radot (1885-1970) était monarchiste, ami de Georges Bernanos qui lui dédia son Sous le soleil de Satan, poète lyrique, romancier et pendant la guerre un des pourfendeurs de la franc-maçonnerie. En 1944 il parvint à se soustraire aux poursuites de l’épuration et ne comparut – librement - qu’en 1951. Il était entre-temps entré dans les ordres et mourut comme moine de l’abbaye de la Trappe à Bricquebec, sous le nom de Père Irénée. François Veuillot (1870-1952), journaliste, ‘catholique intégral’, neveu de Louis Veuillot, était un des principaux rédacteurs du journal La Croix. Henri Ghéon (1875-1944) ps. d’Henri Vangeon, dramaturge, poète, médecin, ami d’André Gide, était en passe de devenir un des auteurs les plus joués, avec ses pièces de théâtre dans le style des ‘mystères’ du Moyen Âge. Henri Massis (1886-1970), connu aussi sous son pseudonyme Agathon, d’abord un proche de Bergson, ensuite un des principaux disciples de Charles Maurras, monarchiste, grand essayiste et polémiste, deviendrait sur le tard (1960) membre de l’Académie française. Parmi ses frères, Sandre trouvait également deux éditeurs de livres religieux, Raphaël Labergerie et Louis Rouart, l’éditeur d’entre autre Jacques Maritain, qui fut également peintre et rénovateur de l’art sacré. Il y trouvait encore d’autres peintres, tels que Georges Desvallières (1861-1950)[45], un converti, fondateur, avec Maurice Denis, des Ateliers d’art sacré et son gendre le peintre-sculpteur Gérard Ambroselli (1906-2000)[46]. Appartenant au monde politique il y avait l’avocat Jean Lerolle (1873-1962), député démocrate chrétien de 1912 à 1936, collaborateur de Marc Sangnier ; Jean Le Cour Grandmaison (1883-1974), député monarchiste de la Loire Inférieure, maire de Guenrouêt, président de la Fédération Internationale des hommes catholiques et une des figures marquantes des Semaines Sociales de France[47] ; le marquis Bertrand de Lur Saluces (1888-1968), copropriétaire des vins Château Yquem et représentant politique du duc de Guise et ensuite du comte de Paris. L’énoncé de ces noms situe le Tiers Ordre des dominicains de l’époque dans la mouvance évidemment très croyante mais en même temps plutôt conservatrice d’anciens de l’Action Française et d’adeptes du retour à la monarchie. Un monde bien différent de celui des dominicains de l’après-guerre et surtout de ceux de l’Église postconciliaire.

La Seconde Guerre retrouva Sandre sous les drapeaux et lui valut un nouvel emprisonnement. Il fut d’abord, du premier juillet au quinze août enfermé près de Nancy dans l’ancienne abbaye cistercienne de Bosserville et il remémora ces semaines dans une publication à l’intention des 640 officiers incarcérés avec lui[48]. A l’Oflag de Münster il récitait quotidiennement les prières de l’Office et écrivit une vie de Jésus pour les jeunes[49]. Il réalisa également une pièce de théâtre, Crux, récit scénique de la Passion, qui fut jouée devant les prisonniers le 9 avril 1941[50].

A moins que Sandre fut libéré au titre de combattant de la Grande guerre, il est probable que, une fois de retour en France, Thomas s’employa à libérer son ami, de qui il savait qu’il avait suivi, en matière d’idées politiques, une évolution similaire à la sienne et était lui aussi devenu un adepte de l’Ordre Nouveau. Tout au début de 1942 Aux Armes de France publiait de la main de Sandre un livre favorable aux Allemands.[51] Il consistait principalement en la relation de la campagne de mai – juin 1940 telle qu’elle avait été établie par l’armée allemande dans ses communiqués quotidiens. Sandre y présentait également la traduction d’un texte analysant le Traité (le Diktat) de Versailles et les causes immédiates de la guerre. Il n’ajoutait pas de commentaires aux textes, la conclusion allant de soi : la France avait trouvé ses maîtres. Un tel livre était dans la droite ligne des deux volumes de documents allemands publiés par Thomas vers la même époque.  En 1943 Sandre publia un texte dirigé contre les Anglais.[52] Inutile de dire que ces livres étaient catalogués par les Allemands parmi les publications chaudement recommandées.

Sandre fut-il inquiété après la guerre ? Il figurait en tout cas sur les premières listes noires établies par le Comité National des Écrivains. Il semble s’être tiré d’affaire. Alors que ses livres du temps de guerre furent interdits, il put dès 1945 en faire rééditer certains autres[53] auprès d’éditeurs spécialisés dans les livres pour la jeunesse, les Éditions de l’Amitié, fondées en 1941 par Georges et Tatania Rageot[54] et les Éditions de l’Écureuil, qui existaient depuis les années trente[55]. On peut d’autre part supposer que sa santé s’était altérée, car en octobre 1950, au seuil de la soixantaine, il mourut. Tout comme Thomas, Thierry Sandre est devenu un quasi-inconnu du monde des lettres en France. Tout au plus un de ses romans, Les yeux fermés, est-il encore repris au catalogue de Gallimard, tout en étant marqué comme indisponible.

Thomas, englouti par la collaboration

A son retour, Thomas retrouva une France où à peu près tout le monde était persuadé que les Allemands avaient gagné, qu’ils seraient les maîtres pour longtemps et qu’il valait mieux se résigner. Un des passages dans le Journal littéraire de Paul Léautaud est à ce sujet exemplatif. Léautaud avait été invité pour un excellent déjeuner chez Jean Galtier-Boissière (1891-1966), le très indépendant écrivain et directeur avant-guerre du Crapouillot. Galtier lui avait assuré que la victoire des Anglais était certaine, que les Allemands se perdraient en Russie, que Pétain comme tous les collaborateurs était un traître et que tous ceux qui s’étaient plus ou moins vendus aux Allemands, seraient fusillés. Quant aux Allemands, il fallait les tuer tous.

Tout cela était dit le 4 juillet 1941. Léautaud n’en revenait pas, se demandant si Galtier était sincère ou s’amusait tout simplement à lancer des paradoxes. Ce qu’il disait, semblait être à ses yeux digne du Père Ubu – Vous êtes Ubu lui-même, lui avait-il répliqué - et il trouva tout cela tellement aberrant qu’il le quitta ne se tenant plus de rire[56]. Cet exemple démontre combien peu nombreux étaient à l’époque les clairvoyants – et ils étaient encore moins nombreux évidemment avant le 22 juin 1941, date de l’invasion de l’Union soviétique par les troupes allemandes - et comme ils étaient accueillis avec une totale incrédulité. Inutile de dire que Thomas, dès avant son retour, était de l’avis de Léautaud.

En aboutissement de son évolution pro-allemande (en 1939 il avait écrit : Il faut, nous français, nous entendre totalement avec Hitler), Thomas se montra complètement gagné à l’Ordre Nouveau et au national-socialisme. Il se lança, dit Dioudonnat, dans une collaboration effrénée avec les Allemands, se signalant par son avidité et son absence de scrupules dans le choix des moyens. La volte-face de ce patriote français, devenu un laquais vénal de l’ennemi, tout en n’étant pas exceptionnelle, demeure largement inexpliquée. Elle est évidemment dans l’esprit du temps, mais tout le monde ne négocia pas le virage aussi radicalement que lui.

Tout d’abord, Thomas devint, on l’aura déjà remarqué à certaines de ses remarques et déclarations, un antisémite méthodique. Ayant manifestement oublié les temps où il vénérait Marcel Schwob, traduisait les écrits des juifs Kahn, Kaufman et Biro, acceptait les dons de nombreux juifs, parmi lesquels Joseph Duveen, pour l’achat d’œuvres d’art françaises, se laissait portraiturer par Léon Bakst, né Lev Rosenberg, faisait la promotion de la musique de Mahler, procurait du travail à Claude Aveline (né Avtsine), tressait des couronnes à Georges Mandel (né Rothschild) et au réfugié Georg Bernhard, - il devint auteur de plusieurs livres racistes et antisémites. Son évolution datait déjà de bien avant la drôle de guerre et avait, depuis l’Armistice pris un tournant décisif.

Fut-il proposé parmi d’autres par les Allemands afin de diriger le Commissariat général aux questions juives, en gestation ? Pierre Dioudonnat assure que Thomas et le journaliste Jacques de Lesdain furent soutenus par les Allemands pour cette fonction, sans toutefois indiquer ses sources[57]. Deux autres auteurs plus récents donnent deux listes de candidats qui furent mis en avant par l’ambassade d’Allemagne et par le Sicherheitsdienst pour s’occuper des questions juives, sur lesquelles Thomas ne figure pas[58]. A moins que d’autres documents ne surgissent, la candidature de Thomas au poste de commissaire général aux questions juives demeure donc incertaine, sinon improbable. Si elle fut posée, elle n’eut de toute façon pas de lendemain, puisque le gouvernement de Vichy, prenant les Allemands de court, nomma à ce poste le député nationaliste Xavier Vallat, qui ne figurait pas, lui non plus, sur les listes de proposition des Allemands. Lorsqu’à partir de janvier 1942 ceux-ci entamèrent la manœuvre visant à remplacer Vallat, Thomas ne fut pas plus mentionné[59].

Quoi qu’il en soit, l’attitude de Thomas à l’égard des juifs était devenue différente de celle qu’il prônait quelques mois auparavant. Encore en 1939 il se réjouissait de ce que le gouvernement Daladier formât rempart contre l’antisémitisme croissant en France. D’autre part, il soutenait l’idée d’offrir aux juifs des territoires d’outre-mer (il proposait la Guyane) où ils pourraient librement s’installer, étant donné que leur situation non seulement en Allemagne, mais dans toute l’Europe de l’Est, y compris l’Union soviétique, devenait intenable. Mis à part l’endroit où il proposait d’installer les juifs, l’idée en soi correspondait à l’idéal sioniste. Il soulignait à cette occasion, pour les critiquer, les réticences sinon le refus des Américains et des Anglais d’accueillir des réfugiés juifs. Il faisait d’autre part l’éloge des qualités intellectuelles du juif Georg Bernhard (1875-1944) qui avait cherché refuge en France[60]. Non seulement ne disait-il donc rien de défavorable à l’encontre des juifs français, il se montrait accueillant envers ceux qui venaient s’y installer. Probablement n’était-il pas partisan de l’afflux de réfugiés juifs prolétaires, ce qui n’était pas par ailleurs considéré comme une manifestation d’antisémitisme. Même le vice-président du Consistoire Juif en France, Jacques Helbronner rejetait en 1936 l’idée d’accueillir les Juifs de l’Europe de l’Est qu’il considérait comme du riffraff, comme le rebut de la société, sans utilité dans leur propre pays et donc à ne pas accepter en France.

Après la défaite, Thomas avait notablement évolué et était devenu raciste et antisémite. Dans une lettre adressée au conseiller allemand Kurt Blanke (1900-1995)[61] des services du Militärbefehlshaber, responsable pour les affaires économiques juives, il écrivait : Je sais ce que je risque à combattre les juifs, sans craindre rien ni personne. Le retournement de conviction était donc important, sinon radical et en cela Thomas n’était évidemment pas le seul. La France étant battue, il fallait des boucs émissaires.

Dès son retour, Thomas choisît son camp. Parmi les différents groupes et courants qui s’offraient à son choix, il se rallia à celui qui avait les préférences de son ami Luchaire. Il adhéra donc au Rassemblement National Populaire, fondé par Marcel Déat (1894-1955) avec la bénédiction d’Abetz. Ce mouvement regroupait bon nombre d’anciens combattants et d’hommes venus des partis de gauche d’avant-guerre. Déat espérait le voir évoluer en parti unique. Les biographes de Déat, Philippe Burrin et Jean-Paul Cointet, s’accordent pour dire que la ligne antisémite du R.N.P. était plus modérée que celle de la plupart des autres organisations impliquées dans la collaboration. Tout d’abord le R.N.P. maintenait la position que les juifs français assimilés et plus particulièrement les anciens combattants des deux guerres étaient des citoyens à part entière et ne pouvaient être inquiétés. Pendant quelque temps il maintint également l’idée que les juifs étrangers « utiles » devaient pouvoir obtenir la nationalité française. Il insista à diverses reprises que les juifs ne devaient pas être mis « en dehors de l’humanité » et avaient droit à un traitement humain. Pour le reste il adhérait à une position « sioniste », préconisant le regroupement de tous les juifs indésirables en Europe ou ailleurs, dans une nouvelle patrie, en Palestine, à Madagascar ou en Guyane. Thomas finît par être considéré comme le spécialiste des affaires juives du R. N. P. Le 1er avril 1944 il donna encore une conférence au cours de laquelle il préconisait toujours la solution de l’état indépendant en de terres lointaines[62].

Certes, l’antisémitisme ne faisait pas défaut dans les rangs du R.N.P. et se renforça à partir de 1943. Lorsque Déat et d’autres déclarèrent après la guerre qu’en toute bonne foi ils avaient cru que le regroupement des juifs à l’Est dans des colonies agricoles, était la première étape vers la réalisation de l’idée d’un État Juif, comme le prétendait la propagande nazie officielle, et assurèrent qu’ils avaient tout ignoré de l’extermination des juifs, ils disaient sans doute vrai. Leurs déclarations en temps de guerre avaient été, selon Burrin, une manière de se rassurer et de se décharger de toute responsabilité envers une réalité qu’ils pressentaient ou qu’ils connaissaient, sans vouloir en savoir davantage. (…). Leur réaction portait, en dépit de tout, un écho de leur passé de gauche et les distingue des autres collaborateurs parisiens. Selon Cointet, le R.N.P. s’efforçait désespérément de tenter de concilier humanitarisme et politique de rejet, défense des droits de l’homme et exclusion[63].

De la même façon Thomas assura, de concert avec Guy Crouzet[64], la ligne antisémite et raciste modérée, si l’on peut dire, dans Temps Nouveaux, le journal dirigé par son ami, l’ancien radical-socialiste Jean Luchaire, autre ami d’Abetz. Nous reviendrons plus loin sur ses positions.

A vrai dire, Thomas avait intérêt à consentir un effort particulier afin de se dédouaner auprès des Allemands, car certains Français étaient allés l’accuser d’avoir été le collaborateur de Georges Mandel et d’avoir propagé des sentiments philosémites et antiallemands. Le capitaine d’infanterie coloniale à la retraite, Paul Sézille (1879-1944), dirigeant de l’association anti-juive La Communauté française et bientôt directeur de l’Institut pour l’Etude des Questions Juives fit parvenir le 11 mars 1941 une lettre dénonciatrice au capitaine Theodor Dannecker du Sicherheitsdienst, accusant Thomas d’avoir avant la guerre fait prévaloir des sentiments antihitlériens et antifascistes[65]. Il fut mal reçu. Dans un rapport du 17 juillet 1941 émanant du Gruppe Schrifttum (Bureau de littérature) dirigé par Walther Schulz, il était dit qu’en général des agitateurs juifs rendaient le travail d’aryanisation plus difficile tandis que le Service de Contrôle des administrations provisoires (SCAP) rendait intentionnellement plus ardue l’aryanisation  des grandes maisons d’éditions juives, de grande importance pour la propagande allemande. Et la note poursuivait : Il s’agit avant tout des éditions Calmann-Levy, où travaille en accord très étroit avec le Gruppe Schrifttum un antisémite déclaré, Louis Thomas, autour duquel on répand du côté français, à commencer par le Service de Contrôle, en passant par le commissaire français aux Questions Juives Xavier Vallat et en allant jusqu’aux milieux qui entourent l’ambassadeur de Brinon, un véritable festival de rumeurs, de calomnies, etc[66]. De là sans doute que Thomas, voulant démontrer qu’il méritait la confiance de l’Occupant, ne se limitait pas à des déclarations modérées mais faisait du zèle et n’y allait pas de main morte dans ses articles publiés par Au Pilori.

Dès son retour en France, de sa propre initiative ou invité à cet effet, Thomas avait pris contact avec les services du commandant militaire, le Militärbefehlshaber, établis en l’Hôtel Majestic. Il y avait été agréé comme homme de confiance, Vertrauensmann, des Allemands. Le premier rapport qu’il fit parvenir, consistait en une analyse des maisons d’éditions Nathan et Ferenczi[67]. Schulz, lui-même à peine nommé à son poste, cherchait à se renseigner et appréciait donc des rapports bien informés, du genre que Thomas pouvait lui fournir.

Puisqu’il choisissait la collaboration, autant en profiter et se conquérir une place au soleil. Dans les mois à venir il serait régulièrement candidat pour des fonctions rémunératrices, en plein accord avec les autorités allemandes. Afin de mettre les chances de son côté il fut de ceux qui devinrent persona grata auprès des frères ennemis dans le camp de l’Occupant, c’est à dire aussi bien auprès des services du Militärbefehlshaber qu’auprès de ceux de l’Ambassade d’Allemagne. Il fallait au moins ces appuis conjoints afin de pouvoir percer, car en face se trouvaient les services français, émanations du gouvernement de Vichy, qui avaient leur propre agenda et leurs hommes à eux. Manifestement, Thomas n’était pas un de ceux-là.

Il chercha et trouva son créneau dans la reprise d’affaires confisquées à leurs propriétaires juifs. Ainsi se fit-il nommer par le Militärbefehlshaber, commissaire gérant des affaires immobilières Bernheim et se domicilia-t-il à l’adresse prestigieuse de celle-ci, 23 rue de l’Arcade. Dans ce dossier il trouva immédiatement Vallat sur sa route, qui s’employait à empêcher que sous le couvert d’aryanisation, les Allemands ne s’infiltrassent dans l’économie du pays. Il s’opposa dès lors violemment à des nominations telles que celle de Thomas, qu’il considérait – ce n’était visiblement pas un secret – comme un agent et un prête-nom à la solde des Allemands. A ce sujet Vallat nota dans ses Mémoires : Dans l'affaire Bernheim frères, le Militärbefehlshaber voulut imposer son commissaire gérant Louis Thomas, rédacteur à La Gerbe [propriété d'Alphonse de Châteaubriant]. Non seulement il ne le put, mais l'aryanisation homologuée ne fut pas reconnue pour la zone non occupée[68]. Le ‘commissariat’ de Thomas ne dura dès lors pas et il fut ‘démissionné’ dans le courant de l’année 1943. Il avait pu toutefois entre-temps, à partir de fin 1942, prendre la direction de la Société immobilière de France, établie à la même adresse.

En quête de maisons d’édition

Toutefois, plutôt que dans les affaires immobilières, c’est dans le monde de l’édition que Thomas chercha à développer ses activités. Il fit partie d’un petit groupe de collaborateurs, agréés tant par l’Ambassade que par le Militärbefehl, qui se mirent au service des Allemands, tout en ne négligeant pas leurs propres intérêts. Le point de départ était que les Allemands voulaient profiter de l’Occupation afin de s’accaparer d’une part aussi importante que possible de tout ce qui touchait à l’édition et à la presse. Reprendre à leur compte les sociétés ayant appartenu à des Juifs, semblait le meilleur moyen pour faire irruption dans les domaines convoités. Pour s’y prendre il convenait d’agir prudemment car, tout en étant les vainqueurs, ils étaient malgré tout tenus à certaines règles, s’ils voulaient éviter d’entrer en conflit ouvert avec les services français, qui gardaient leur mot à dire.

De là, la mise en route de toute une série de manœuvres effectuées par des Français, telles qu’achats, échanges de parts, fusions, changements de nom, etc., allant de pair avec des prêts en sous-main, des reconnaissances de dette, des promesses de revente. Le tout étant ponctué par des nominations de gérants provisoires et d’acquisitions des maisons à aryaniser. Le résultat final devait être la prise de participation majoritaire par des firmes ou des individus allemands. La voie tranquille pour y parvenir était la mise en piste de prête-noms français. Un petit groupe de collaborateurs se retrouva dès lors, dans plusieurs ou dans certains des dossiers traités. Outre Louis Thomas il s’agissait de Henry Jamet (1899-1967), Albert Lejeune (1885-1945), René Lelief (1896-1948)[69], Georges Daudet (1902-1944?)[70], Louis de Lesseps[71] et un colonel Alfred Bocher (1868- ?)[72].

C’est ainsi que Thomas se trouva mêlé dès 1941 à l’aryanisation et à la germanisation des Publications Offenstadt ou Société parisienne d’édition, 43 rue de Dunkerque à Paris. Comme à chaque fois, ce fut l’occasion de conflits opposant le Service du contrôle des administrations provisoires (SCAP), rattaché à partir du mois de juin 1941 au Commissariat de Xavier Vallat (encore lui) et l’Oberkriegsverwaltungsrat (haut administrateur militaire) Dr. Blanke, des services du Militärbefehlshaber. Appuyés à fond par les Allemands, Thomas et ses compagnons l’emportèrent.

La Société parisienne d’édition, fondée vers 1850 par les cinq frères Offenstadt, était spécialisée dans les périodiques pour enfants : Le Petit illustré, L’Épatant, Fillette, L’Intrépide et à partir des années trente Junior, Boum, L’As et Hardi. Les célèbres bandes dessinées des Pieds-Nickelés et de Bibi Fricotin paraissaient dans ces publications. La Société éditait également des journaux féminins et des magazines spécialisés (cinéma, voyage, pêche, bricolage,…). Elle avait en outre racheté L’Almanach Vermot, monument à la gloire du mauvais calembour et de la grosse plaisanterie (toujours édité à ce jour, sous une forme plus moderne, par les successeurs d’Offenstadt, le Groupe d’édition Georges Ventillard).

Les héritiers Offenstadt avaient repris leurs activités après l’Armistice, mais sous la pression de l’aryanisation ils durent bientôt vendre tant bien que mal leur société, qui devint la propriété, au mois d’octobre 1941, d’un groupe formé autour de l’Allemand Gerhard Hibbelen comprenant Louis Thomas, le colonel Bocher et Louis de Lesseps. Sur les 3000 actions, 2304 furent attribuées à Hibbelen, qui prit la présidence. Auparavant il s’était déjà approprié la maison d’édition Le Pont (rebaptisée plus tard en Éditions Pierre Charron). Ce qui prenait insensiblement l’allure d’un groupe de presse important, poursuivait la publication de nombreux titres et en créa de nouveaux.

Hibbelen était un national-socialiste de la première heure. Né le 3 mai 1900 à Aix-la-Chapelle, il fit ses études secondaires à Bruxelles, ce qui faisait qu’il parlait parfaitement le français et pouvait passer pour un Belge, un Suisse ou un Alsacien français, plutôt que pour l’Allemand qu’il était. Jean Luchaire, qui travailla beaucoup avec lui, le décrivit après la guerre comme ‘petit, noir, hargneux, nullement le type allemand’. Il avait pris sa carte du parti à Francfort en 1931, où il avait fondé dès 1923 – d’après ses propres dires – une agence de presse pour la distribution de publications nazies et devint le distributeur officiel pour la région francfortoise du journal national-socialiste Völkische Beobachter, jusqu’à ce qu’en 1935 il fut appelé à Berlin pour y devenir le directeur de la maison d’éditions fondée au sein de l’organisation nazie de loisirs Kraft durch Freude[73]. Il avait entre-temps épousé Margarethe Lanz. Dès le 15 juillet 1940 il était à Paris et devint un des collaborateurs d’Abetz, chargé des questions d’édition. Il devint un des pions de l’ambassade dans les efforts menés pour la mainmise sur la presse et les moyens de propagande en France, même si cela entraînait des luttes avec le Militärbefehlshaber et la Propaganda Abteilung. Hibbelen faisait officiellement partie du personnel de l’ambassade, en tant que secrétaire de légation et de Wissenschaftliche Hilfsarbeiter auprès du conseiller de légation Heinrich Buscher, chef du Service Information et cela lui conférait évidemment un poids certain. Abetz et ses services réussirent un grand coup en s’emparant de Paris-Soir et de ses satellites, volés à Jean Prouvost (1885-1978). A son assemblée générale extraordinaire du 16 mars 1942 (scrutateurs : Louis Thomas et Louis de Lesseps), la Société parisienne d’édition entérina l’acquisition des nombreuses participations qui figuraient jusqu’alors dans le portefeuille du Paris-Soir de la zone occupée. Dès lors, le groupe Hibbelen, soutenu financièrement par l’ambassade, devint l’éditeur le plus important de France, contrôlant environ cinquante pour cent des titres de journaux et hebdomadaires. Un de ceux-ci était L’Equipe, ce qui donnait à Hibbelen la haute main sur le Tour de France.

En novembre 1941 parut le premier numéro de La France socialiste. Sa direction politique fut confiée au député ex-socialiste René Château (1906-1970) et sa direction littéraire à Claude Jamet (1910-1993). Georges Daudet, autre prête-nom des services allemands, figurait comme propriétaire du journal et l’intégra quelques mois plus tard à la Société populaire d’éditions et d’impressions, fondée en juin 1942 par lui-même, René Lelief et Louis Thomas. Cette société fit, elle aussi, bientôt partie du trust Hibbelen.

Thomas fut vers la même époque proposé par le docteur Blanke, chef de la Propaganda Staffel comme administrateur provisoire des Éditions Ferenczi. Son collègue Walter Schulz prévoyait d’autres tâches pour Thomas[74]. Il semble ensuite s’être fait remettre, avec le soutien des Allemands, la gestion de plusieurs autres sociétés telles que Bernard Levy et Gabriel Faure, ainsi que la Librairie Kra. Pour ces trois maisons, nous ignorons ce qui s’est exactement passé. Bien que mentionnées dans l’acte d’accusation après la guerre, il ne semble pas que l’enquête judiciaire se soit préoccupée de ces cas. D’autre part, Pascal Fouché a traité amplement la question de l’aryanisation de la Maison Kra, sans y relier à aucun moment le nom de Thomas[75].

Délateur ?

Pascal Fouché et Dioudonnat soupçonnent Louis Thomas d’avoir été l’auteur de la note de cinq pages adressée en mai 1941 à la Propaganda Abteilung, sous le titre : Violet Trefusis, Gaston Gallimard et l'Intelligence Service. Dans cette note étaient proposées : la suppression immédiate des romans de la juive anglaise Violet Trefusis chez Gallimard, Plon et Hachette ; la mise hors de l’édition française de M. Gallimard, par rachat imposé de sa maison par la Société Le Pont [appartenant à Hibbelen, Thomas et consorts] ; la confiscation des deux propriétés de Violet Trefusis (un hôtel particulier rue de Ranelagh et une tour à Saint-Loup-de-Naud en Seine-et-Marne) et leur vente à la société Bernheim, [dirigée à cette époque par Thomas][76].

Pour rédiger un tel document, il fallait sans nul doute quelqu’un appartenant au sérail littéraire, qui connaissait les différents éditeurs de l’Anglaise, avait repéré ses propriétés et était au courant de la rumeur qui avait circulé avant la guerre au sujet de ses liens présumés avec l’Intelligence Service. Il est presque impossible que Thomas, répandu dans les milieux littéraires, n’ait pas connu la dame très présente et possible qu’il l’ait prise en grippe. Quant à Gallimard, chez qui le prolifique Thomas n’avait jamais rien publié, il était l’éditeur de ceux que Thomas nommait ces jeunes gens de la nuance N.R.F. qui ont si peu de sympathie pour moi, comme leurs aînés d’ailleurs, de la même bande[77].

Si Thomas était l’auteur de ce document effarant, - ce qui n’est toutefois pas prouvé - il ne faisait dans ce cas que mettre en pratique ce qu’il prêchait par ses écrits. Ainsi dans un de ses articles sous le titre Aryanisation – Expropriation, paru le 20 juillet 1941, il concluait : L’intérêt général est d’ailleurs évident : il s’agit d’aider un certain nombre de Français à devenir propriétaire, au moment où les Juifs campés sur la terre de France vont quitter ce pays.

Le 17 juin 1941 l’Arbeitsführer Walther Schulz ordonna le retrait immédiat par Gallimard (qui se répandit en plates excuses) du dernier roman de Trefusis, Les causes perdues, tandis que ses livres antérieurs étaient également ajoutés à la liste des œuvres prohibées[78].

Que Thomas avait de toute façon d’excellents contacts avec les services de l’Occupant, est démontré par une note établie par un SS-Obersturmbannführer ou lieutenant-colonel (sa signature n’est pas déchiffrable sur cette note), qui rendait compte d’un déjeuner et d’une discussion qu’il avait eus avec le comte René de Chambrun (1907-2002), gendre de Laval, le 21 avril 1943. Le colonel  mentionnait que ce rendez-vous lui avait été ménagé par l’intermédiaire de l’écrivain Louis Thomas. Le compte-rendu de l’entrevue devait être transmis au SS-Standartenführer (colonel) Helmut Knochen (1910-2003), chef de la Sicherheitspolizei et une copie adressée au Bureau IV B, le service des affaires juives[79].

Calmann-Levy

Comme toutes les autres sociétés appartenant à des Juifs, la Maison Calmann-Levy (fondée en 1836) devait se plier aux exigences de l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940, qui la plaçait sous la direction d’un commissaire gérant, chargé d’assurer la bonne marche de la société et de lui trouver un acquéreur aryen[80]. Les autorités françaises tout en acquiesçant à la spoliation des Juifs, s’employaient à contrecarrer des initiatives qui avaient pour but, tel était le sentiment général, de faire vendre les sociétés juives à des acheteurs allemands. La parade française consista en l’installation d’un Service du contrôle des administrations provisoires (SCAP), qui à partir du 19 juin 1941 fut rattaché au Commissariat aux Questions Juives. Au SCAP revenait le mandat de mettre en place des administrations provisoires pour les sociétés juives (un décret du 10 septembre 1940 avait déjà prévu la nomination d’administrateurs provisoires dans les entreprises désertées par leurs dirigeants), de surveiller leur gestion et d’assurer la vente de l’entreprise (sous-entendu à des Français), sous l’œil vigilant du ministère des Finances. Afin de donner une base légale aux compétences françaises en la matière, les lois du 22 juillet et du 17 novembre 1941 furent promulguées, permettant au Commissaire aux Questions Juives de nommer des commissaires provisoires, avec le pouvoir de vendre les entreprises juives à des acquéreurs non-juifs. Les ordonnances allemandes et les lois françaises se chevauchaient et parfois se contredisaient, tandis que plusieurs services allemands et français se mêlaient de leur exécution. Une chose toutefois demeure certaine : en fin de compte les Allemands avaient toujours le dernier mot.

Dans ce cadre général et se basant sur l’ordonnance allemande du 18 octobre 1940, le Tribunal de Commerce de la Seine avait dès le 22 janvier 1941 commis le nommé Léon Pioton[81] en tant qu’administrateur provisoire de Calmann-Levy. C’est sur l’initiative du président du Syndicat des Éditeurs, René Philippon (1891-1972), que les différentes maisons d’édition appartenant à des Juifs (Nathan, Ferenczi, Calmann-Levy), avaient été pourvues d’un administrateur, afin de prendre les devants et dans l’espoir que les Allemands laisseraient les français veiller eux-mêmes à l’aryanisation de ces maisons.  Pioton était probablement un expert judiciaire qui avait la confiance du Tribunal, car fin août 1944, après la Libération, le Tribunal de Commerce le nommerait à nouveau administrateur provisoire de la société, entre-temps rebaptisée en Éditions Balzac. Balzac, le créateur de types israélites antipathiques dans ses romans, était une référence incontournable pour tout antisémite quelque peu lettré.

Dès début février 1941 les autorités françaises constatèrent que les Allemands n’entendaient nullement se laisser mettre hors jeu dans une question qu’ils estimaient être de la plus haute importance. Sans tarder, le commissaire nommé par le Tribunal pour la maison Ferenczi, Raymond Durand-Auzias (1889-1970)[82] fut démis et remplacé par Jean de la Hire (1878-1956)[83], directeur du journal Le Matin, et homme de confiance de l’Occupant. Chez Nathan le même Durand-Auzias serait bientôt remplacé par le journaliste Edmond Pistre (1876-1942)[84]. En ce qui concerne Calmann-Levy, les autorités françaises apprenaient que Pioton serait probablement démis au profit de Louis Thomas[85]. Thomas fut en effet mêlé à l’affaire, mais pas tout à fait comme la rumeur l’avait laissé entendre. Pioton, personnage neutre qui n’avait pas l’heur de plaire aux Allemands fut, ici également sans égards pour le Tribunal, démissionné et remplacé par le nommé Gaston Capy, hôtelier de son état. Thomas avait d’ailleurs élu domicile en son hôtel au 33, place de la Madeleine[86]. L’initiative pour le remplacement à la tête de Calmann-Levy semble bien avoir été prise par Thomas, qui put compter sur l’appui de Walther Schulz. Le 5 mars 1941 c’était chose faite et quelques jours plus tard Capy et Thomas se rendirent sur place afin de débarquer Pioton et le directeur littéraire Marc Thébaut.

Léautaud n’en revenait pas : Il n’a pas été long à se débrouiller depuis son retour de captivité, se disait-il. Qu’il devienne directeur de Calmann-Levy le dépassait : Louis Thomas directeur de la Maison Calmann-Levy ! C’est un monde ! Une pareille maison ! Il faut tout de même une certaine compétence, un certain savoir, une certaine culture littéraire, une certaine valeur morale. J’en suis tombé de mon haut. Car manifestement Thomas ne répondait pas d’après lui à de telles exigences. En le rencontrant, le lendemain d’avoir appris la nouvelle, il ne put sans doute pas se retenir de faire l’une ou l’autre remarque, à laquelle Thomas répondit modestement qu’il n’était nommé que directeur littéraire[87].

Devant son éviction, Pioton toutefois ne s’inclina pas. Sans doute soutenu par les services judiciaires français, il ne tarda pas à informer le SCAP et les Allemands, de ce que Capy trainait un casier judiciaire fourni, avec deux condamnations pour vol, tandis que son hôtel était connu comme lieu de prostitution, fréquenté par les classes huppées de la capitale. Pioton argua en plus que Capy était l’homme de paille de Louis Thomas. Il avait dès sa prise de fonction, passé 27 contrats avec Thomas en sa qualité d’écrivain et lui avait consenti une avance immédiate de 5.000 francs de droits d’auteur, prise dans la caisse de Calmann-Levy. Ensuite il l’avait nommé à la fonction de directeur littéraire, avec un salaire mensuel de 6.000 francs, alors que son prédécesseur avait touché 1.500 francs par mois. Pour comble, Capy négociait la vente de la société à Thomas pour la somme de 1.250.000 francs, soit la moitié de sa valeur réelle, payable en mensualités de 30.000 francs. Tout cela permit à la SCAP de mettre sous les yeux de la Propaganda Abteilung un dossier défavorable à Capy et à Thomas, et de demander la révocation du premier. Malgré le fait que les deux compères avaient investi Calmann-Levy avec leur accord, les Allemands ne purent décemment faire autrement que de se séparer d’eux, ou à tout le moins de Capy.

Le 20 juin 1941 Capy démissionna pour raisons de santé. Thomas demeura provisoirement seul maître à bord. Début juillet le Commissariat aux questions juives, devenu compétent en la matière, proposa le journaliste Georges Suarez (1890-1944)[88] à la succession de Capy. Quoiqu’il s’agissait d’un collaborationniste bon teint, peut-être jugé trop Vichyiste, les Allemands (sous l’influence de Thomas ?) refusèrent. Ensuite les Français proposèrent l’écrivain et dramaturge Jacques Audiberti (1899-1965)[89] : nouveau refus. Puis le poète Marc Chesneau (Rouen 1899 - Stockholm1980)[90] : refus encore.  Ce n’est que le 15 octobre que l’éditeur et libraire Jean Flory (1903-1961)[91] fut nommé administrateur provisoire par les Allemands eux-mêmes, au grand dam du Commissariat général aux questions juives, laissé dans l’ignorance. Quinze jours plus tard Flory congédia Thomas et se mit à la recherche d’un acquéreur.

Sur ces entrefaites, de mars à octobre, beaucoup de choses s’étaient passées. Thomas était resté le patron pendant plus de six mois et avait mis en chantier un nombre appréciable de publications. Encore au mois d’octobre il se présentait comme le patron de C.-L. à l’occasion d’une enquête effectuée par Hubert Forestier (1898-1971)[92] pour un nouveau périodique catholique, Liber. Cahiers du livre (1941-1945). Thomas y qualifiait Calmann-Levy de Maison fin de race, tout en reconnaissant qu’elle devait poursuivre la tradition avec ses auteurs de grande vente, Pierre Loti, Anatole France, René Bazin, Alexandre Dumas père, Guy Chantepleure et, dans une moindre mesure Renan. Thomas ne mentionnait pas Colette. Pour l’immédiat, il déclarait qu’il ne croyait pas en l’avenir de la littérature française et préférait publier des livres d’histoire et de mémoire[93]. Il publia en tous cas un livre du vieux collaborateur d’Edouard Drummont, Jean Drault[94], Histoire de l’antisémitisme en France, ainsi qu’une ‘édition revue et augmentée’ en 1944, sous le sigle des Armes de France.

Les sigles figurant sur les livres publiés attestent de la confusion qui régna tout au long des années 1941 et 1942. Certains livres de cette période portent sur la première page de couverture la mention Editions C.-L., (Thomas ne voulait évidemment plus faire figurer le patronyme israélite en toutes lettres), tandis qu’à l’intérieur, en première page, l’imprint Aux Armes de France disparaissait régulièrement sous une étiquette également au nom de l’éditeur C.-L., alors que l’achevé d’imprimer indiquait en clair que l’impression s’était bien faite pour le compte de Aux Armes de France. D’autre part, la quatrième page de couverture portait un extrait de catalogue avec un grand nombre de livres, dont certains étaient en effet édités par les Armes de France, mais dont le plus grand nombre appartenait à Calmann-Levy, et ne fut d’ailleurs jamais autrement publié que sous ce nom.

Thomas avait de toute façon consenti d’importants efforts pour que l’affaire soit réglée en sa faveur. Alors qu’il aurait pu espérer être le seul candidat à la reprise, d’autres s’étaient mis sur les rangs. Dès le mois de mars 1941, le président du Syndicat des éditeurs, René Philippon (1891-1972)[95], avait alerté tous ses collègues de ce qui se manigançait autour des maisons d’édition juives (Calmann-Levy n’était en effet pas le seul cas, il y avait également Ferenczi, Nathan, et d’autres) et les avait incités à faire des offres d’achat, afin de garder ces maisons en mains françaises. Dans la première quinzaine d’avril une dizaine d’éditeurs se réunissait, afin d’étudier l’offre à introduire. Ils eurent l’idée malencontreuse de contacter d’autres collègues encore, parmi lesquels le Mercure de France. Au patron de cette vieille maison, Jacques Bernard (1880-1952), devenu collaborationniste, le secrétaire de Gallimard avait confié que l’intention présidait de faire un achat fictif, dans le but de rendre la société à ses propriétaires juifs, une fois les Allemands partis. Bernard se hâta de faire rapport de sa conversation auprès de Schulz. Il n’empêche que les éditeurs poursuivirent sur leur lancée. Le 25 avril Philippon et son adjoint Marcel Rives (1902-1977)[96] se rendirent auprès des services allemands à l’Hôtel Majestic, afin de solliciter leur bienveillance pour l’achat préconisé qui ferait de Calmann-Levy une société 100 % aryenne.

Thomas, mis au courant, se rendit compte qu’il fallait brûler les concurrents de vitesse. Capy, encore en place à cette époque, remit le 27 avril un rapport dénonçant le projet des éditeurs et proposant la cession immédiate de Calmann-Levy à Thomas, qui offrait selon lui les meilleures garanties. Thomas pour sa part sollicita l’appui de Luchaire, auprès duquel il insista surtout sur la nécessité d’empêcher à Gallimard et à Fayard, chefs de file du groupe d’éditeurs intéressés, de réussir. Tout en revenant sur ce qui avait été dit à Jacques Bernard, concernant la revente de la maison aux propriétaires juifs, le jour où les Allemands auraient quitté la France, il affirmait que la maison Gallimard était influencée par des Juifs (il citait le directeur commercial de la maison Louis-Daniel Hirsch[97], le créateur de la collection de la Pléiade Jacques Schiffrin (1892-1950)[98] et le critique d’art Florent Fels (°1893)[99]) et que d’autre part  Jean Fayard (1902-1978) jouait double jeu : tout en publiant des livres anodins à Paris, son beau-frère Fernand Brouty (1885-1973) publiait en zone libre des textes favorables aux thèses gaullistes[100].

En même temps, Thomas engagea une campagne de presse dans La Gerbe[101], La France socialiste[102] et Au Pilori[103], donnant des précisions sur ce qui se passait dans les coulisses et présentant la vente à Thomas comme acquise. Un des journalistes, Jean Drault, savait de quoi il parlait, puisqu’il était en passe de publier un livre grâce à Thomas. Cela n’empêcha pas les éditeurs d’introduire leur offre d’achat s’élevant à 3,5 millions de francs et début mai les propriétaires de Calmann-Levy signifiaient leur accord sur tous les points du contrat proposé. Cette offre à un prix nettement meilleur, venait évidemment entraver la vente à Thomas. Aussi Capy fit-il le mort, occasion que le SCAP saisit pour exiger sa révocation et obtenir sa démission. C’était la période de ce que Schulz avait appelé le véritable festival de rumeurs, de calomnies à l’encontre de Thomas. Et toutes ces rumeurs coûtèrent donc, si pas la tête de Thomas, du moins celle de Capy.

Rien ne se passa ensuite, jusqu’à la nomination de Flory. Le délai de l’offre des éditeurs réunis, encore confirmée début juillet, étant écoulé, différentes autres offres furent remises au nouveau commissaire. Les maisons Fayard et Gallimard introduisirent séparément une offre, la première le 31 octobre 1941 pour 2,2 millions de francs, la seconde le 20 janvier 1942 pour 2,5 millions de francs. Ces propositions étaient en retrait sur celle faite en début d’année par les éditeurs réunis. En effet, cette offre prévoyait une reprise pour 2 millions de francs, augmentée de 1,5 millions de francs pour les sommes dues à des tiers, alors que les nouvelles offres étaient faites nette de tout passif à notre charge. Afin de démontrer leurs bonnes dispositions envers l’Occupant, Fayard et Gallimard promettaient tous deux qu’ils confieraient Calmann-Levy à la direction de Paul Morand (1888-1976), bien connu pour être un partisan de l’Ordre Nouveau.

Avaient également exprimé leur intérêt, Les Presses Universitaires, Albin Michel et Laurent Rombaldi, le libraire installé dans le hall du Théâtre Saint-Georges. Les deux premiers ne donnèrent pas suite, tandis que le troisième confirmait son offre le 23 janvier 1942, au même prix que Gallimard. Le 4 février 1942 une quatrième offre, également au même prix, était faite au nom d’un groupe d’auteurs et d’héritiers d’auteurs, liés à Calmann-Levy. Restait une cinquième offre, pour 2,4 millions de francs, introduite le 12 janvier 1942 par Henry Jamet et Albert Lejeune. Il était évident pour les initiés que cette offre avait été élaborée en étroite collaboration avec les services allemands, plus particulièrement avec Karl Epting (1905-1979), le directeur de l’Institut allemand et avec Gerhard Hibbelen. La correspondance retrouvée prouve que les candidats n’agissaient qu’en tant que prête-noms et que le transfert de tout ou partie des parts en mains allemandes, suivrait, une fois la transaction réglée.

Flory transmit début février 1942 son rapport sur les cinq offres au Commissariat général aux questions juives, qui se tourna à son tour vers le Syndicat des éditeurs pour avis, tout en faisant remarquer que le groupe formé par Messieurs Albert Lejeune et Henry Jamet était celui qui a le plus de chance d’être agréé par les Autorités d’Occupation. Message parfaitement reçu par le destinataire qui, sous la signature de son président René Philippon répondit que les cinq groupes présentés correspondaient à ses préoccupations de voir les affaires israélites d’édition continuer leur activité, en conservant leur indépendance financière et un caractère uniquement français. Il retenait trois maisons qui lui paraissaient particulièrement qualifiées (sans donner d’arguments pour écarter les deux autres) : Fayard et Gallimard en raison de leur expérience d’éditeurs ; Jamet-Lejeune, en raison de ses appuis auprès de l’Institut Allemand. Une réponse plus roublarde et plus servile aurait été difficile à trouver.

Aussi, malgré une dernière intervention de Gaston Gallimard (1881-1975), le directeur de l’aryanisation économique au Commissariat général aux questions juives, Yves Regelsperger[104] rédigea un rapport retenant les trois mêmes candidats, tout en donnant la préférence au groupe Jamet-Lejeune en ces termes : Il y a des risques à ce que les 2 éditeurs [Fayard et Gallimard] puissent avoir pour arrière pensée, en achetant Calmann-Levy, de supprimer un concurrent dans un avenir plus ou moins éloigné, alors que le groupe Lejeune-Jamet s’est engagé vis à vis des auteurs qui font le fond de Calmann-Levy, à continuer les engagements anciens et à faire de cette firme une affaire purement française, s’étant engagé au surplus, à des échanges culturels avec le Reich. Pouvait-on mieux servir les Allemands au doigt et à l’œil ? C’était vraiment aller tout à fait au-devant de leurs désirs. Inutile de dire que peu après, pour être exact le premier avril 1942, les Allemands entérinaient la vente à Lejeune-Jamet. Le règlement définitif de la transaction prit encore pas mal de temps. Ce n’est que les 31 juillet et 31 août 1942 que les contrats de vente furent signés, pour un montant de 3 millions de francs ; ce n’est finalement que les 16 et 23 février 1943 que les autorités allemandes confirmèrent leur accord. Le 26 février 1943 les fonctions de Flory prenaient fin.

En fait, Jamet, Lejeune et le troisième compagnon qui les avait rejoint, René Lelief, avaient berné tout le monde, pour autant que tous n’étaient pas conscients de ce qui se tramait et n’avaient pas pudiquement détourné le regard. Ce que les Allemands avaient voulu faire avec Louis Thomas, se réalisait finalement avec trois autres de leurs affidés. Les Archives Nationales offrent les preuves que  l’achat de Calmann-Levy se fit avec l’argent de Hibbelen, transmis par chèques à Lelief, Jamet et Lejeune. Calmann-Levy était bel et bien devenu une maison allemande.

Le 12 mars 1943 le nom encombrant de Calmann-Levy disparut pour faire place à celui de Société Lejeune, Lelief, Jamet et Compagnie, avec comme nom commercial celui de Editions Balzac. Le véritable propriétaire montrait déjà le bout du nez en adjoignant un cogérant allemand, un Herr Seydel, lié à Hibbelen et représentant à Paris du groupe allemand Mundus, la société qui était une émanation directe du ministère de la propagande, dirigé par Goebbels. A l’ambassade de la Rue de Lille on avait des raisons de sabler le champagne…

Reste à savoir, si savoir l’on peut, où dans cette affaire Thomas se situait vis à vis des Allemands. L’épisode Calmann-Levy demeure en effet à cet égard assez obscur. Il semble bien que, en plus des difficultés causées par le Commissariat général aux questions juives et par le Syndicat des Editeurs, les ambitions divergentes des instances allemandes contribuèrent à retarder un règlement définitif. Thomas fut-il vraiment dans ce dossier le candidat de la Propaganda Abteilung et de Schulz contre l’ambassade, alors que dans plusieurs autres cas il était à chaque fois intimement lié aux activités de Hibbelen, l’homme de paille d’Abetz ?

Pascal Ory qui a décrit Thomas comme un aventurier des lettres, discrédité dans les milieux journalistiques[105], a mené Barbara Lambauer à la conclusion qu’à l’ambassade d’Allemagne on lui était peu favorable, non seulement par son collaborationnisme affiché, mais aussi par ses manœuvres d’enrichissement personnel[106]. Il serait bien utile que soit produit un document confirmant une telle assertion, car que l’on fût collaborateur, à plus forte raison affiché, ne pouvait tout de même pas être considéré comme tellement négatif aux yeux des Allemands, tandis que l’enrichissement personnel n’effrayait nullement Abetz, Hibbelen et consorts. Comme nous l’avons indiqué, Thomas participa de près à différentes opérations de mainmise de l’ambassade sur la presse, ce qui semble indiquer le contraire de la méfiance. Dans le cas de Calmann-Levy, l’Ambassade aurait initialement proposé la reprise par l’Allemand Horst Wiener, des Éditions Beck[107] de Munich et du côté français soit un directeur de Payot, Georges Poupet[108], soit un collaborateur de Bernard Grasset (1881-1955), Robert de Châteaubriant, fils d’Alphonse, tous deux Vertrauensmann. Devant la candidature de Thomas, poussée par Schulz, les services de l’ambassade ne semblent pas avoir insisté, si tant est qu’ils aient fait des propositions différentes[109].

Jusqu’à preuve du contraire, nous pensons dès lors que Thomas, même lorsqu’il était soutenu par le Militärbefehlshaber, demeurait persona grata auprès des services d’Abetz, plus particulièrement auprès de Hibbelen, et que la confiance était réciproque, à moins qu’en poursuivant des visées personnelles, il n’ait joué successivement sur les deux tableaux, modifiant ses allégeances au gré des évènements.

Aux Armes de France

Si du côté français, certains auraient pu croire que dans l’affaire Calmann-Levy, Louis Thomas avait mordu la poussière, ils durent déchanter. En effet, Thomas ne s’était pas laissé écarter sans plus. Il était même parvenu à fonder pendant la courte période de sa direction, sa propre maison d’édition sous l’enseigne Aux armes de France, utilisée jusque là comme nom supplétif par Calmann-Levy.

Avec Flory il signa dès novembre 1941 une convention lui permettant de garder cette enseigne et de séparer ses comptes de ceux de la maison mère. Jamet et Lejeune entérinèrent cet accord, avant même d’être propriétaires, confirmant que Thomas reprenait à son nom personnel les livres parus sous sa gestion et les contrats signés. La note de la Propaganda Staffel expliquant la dissociation des deux maisons, et les copies des échanges entre Jamet et Thomas démontrent que les Allemands y étaient mêlés, et que l’accord au profit de Thomas fut réglé par Walther Schulz, qui en remerciement des loyaux services rendus, lui permettait de continuer l’exploitation de Aux Armes de France, à une époque où la création de nouvelles entreprises était devenu quasiment impossible.

Son départ de la direction de Calmann-Levy semblait donc un règlement à l’amiable au lieu d’une mise à pied. En plus il garda un certain temps ses bureaux au 3, rue Auber (qui resta l’adresse et le siège de Calmann-Levy jusqu’au début du 21ième siècle[110]), pour ensuite entamer une vie quelque peu nomade et de s’installer avenue des Champs Elysées, puis au 23 Rue Chauchat et enfin au 55 Avenue Georges V. Les transactions Calmann-Levy et Aux Armes de France donnèrent lieu à de nombreux échos dans la presse, ainsi dans Je Suis partout du 17 juillet 1942 (Indiscrétions), dans Comœdia du 29 août 1942, dans La Gerbe du 10 septembre et dans Le Figaro du 15 septembre. Comme à chaque fois l’information principale semblait concerner l’activité de Thomas et sa nouvelle adresse, on peut supposer qu’il était à l’origine de ces échos.

Chez Paul Léautaud, toujours à l’affût du moindre potin, autre son de cloche. Ayant remis une recommandation de sa main à l’attention de Thomas, pour quelqu’un qui voulait trouver le Comte de Monte Christo, édité par Calmann-Lévy et devenu introuvable, la personne se présentant aux bureaux de cette maison s’entendit dire : « M. Louis Thomas ne fait plus partie de la maison. Il fait des affaires au marché noir ». Voilà bien qui ne m’étonne pas de lui, concluait Léautaud[111].

Que penser des activités déployées par Aux Armes de France ? Thomas ne semble pas avoir attiré beaucoup d’auteurs sous sa bannière. Il édita un modeste texte de son ancien condisciple d’Henri IV René Benjamin[112], demeuré son ami, qui dans sa jeunesse avait lui aussi décrit ses souvenirs de guerre dans Gaspard (prix Goncourt 1915) et qui était pour l’heure le biographe quasi officiel du maréchal Pétain. D’un autre fervent pétainiste, Jean de la Varende (1887-1959) il publia un opuscule touristique[113].

Tirant plus à conséquence était la publication de trois livres de son chef de file en collaboration, Marcel Déat[114]. Curieusement, dans ses mémoires politiques, Déat ne se rappelait plus que d’un seul de ces livres, et écrivait : J’avais eu le temps de faire imprimer un petit livre qui, sous le titre « Pensée allemande et pensée française », contenait les deux conférences que j’avais faites au cours de l’hiver. L’affaire avait traîné, on avait eu du mal à obtenir du papier. Finalement, j’avais trouvé en la personne assez étrange de Thomas, que je ne connaissais pas autrement, un éditeur débrouillard[115]. Déat disait-il vrai, ou n’avait-il pas fait le rapprochement entre Thomas l’éditeur et Thomas le collaborateur de son mouvement et de son journal ? Et que voulait donc dire cet assez étrange ?

Plus étonnante sous l’enseigne des Armes de France était la signature de Colette[116], mais il s’agissait d’œuvres ‘empruntées’ à Calmann-Levy. Thomas réédita en 1944 un petit livre de son ami Léo Larguier[117] ainsi que la monographie que le grand critique musical Louis Laloy avait consacré en 1909 à Debussy. Il est certain que l’ex-mari de Raymonde Delaunois et l’ancien secrétaire général de l’Opéra de Paris se connaissaient depuis longue date, puisque c’était dans la collection des bibliophiles fantaisistes que le livre avait initialement paru. Autre publication, les Mémoires du duc de Broglie, était la suite d’un volume déjà paru sous la même enseigne avant la guerre[118].

Il y avait également dès 1941 trois livres de circonstance dans le style ‘Ordre Nouveau’. Le premier, de Christian Habrioux[119] racontait avec humour et ironie, l’histoire au jour le jour d’un rappelé de septembre 1939, jusqu’à son retour dans ses foyers en août 1940. Il ne donnait aucune appréciation sur la situation politique ou sur les Allemands. En revanche sa description sobre de l’armée française et de sa déroute, avec des portraits peu flatteurs d’un certain nombre de ses officiers, portait en soi l’accusation que la France n’était pas préparée à s’opposer à l’ennemi,

Avec Alexandre Zévaès, pseudonyme de Gustave Bourson (1873-1953), Thomas prenait à bord un des grands noms du socialisme d’ancien régime. Avocat et député, Zévaès avait appartenu dès avant la Première Guerre au mouvement socialiste, dans lequel il était devenu influent, d’abord aux côtés de Guesde, ensuite de Jaurès. Proche de Déat pendant la Seconde Guerre, il collabora à L’Œuvre y tenant une rubrique d’histoire. Dans le contexte de l’Occupation, il paraissait bien singulier qu’il publiât un livre consacré à Jaurès, présenté comme un apôtre du rapprochement franco-allemand[120]. Jaurès cautionnant en quelque sort le collaborationnisme, il fallait y penser ! Les options de Zévaès pendant l’occupation ne semblent pas lui avoir causé de préjudice, car dès 1945 il reprenait l’édition de ses écrits. En 1951, mine de rien, il publia une nouvelle biographie de Jean Jaurès. En début du livre figurait la liste d’une cinquantaine de publications de sa main, sans que son faux-pas de 1941 n’y fût mentionné !

En publiant d’Emmanuel Moravec, La stratégie nouvelle (1942), qu’il préfaça, Thomas semble avoir voulu faire plaisir tant à une ancienne connaissance et collègue d’avant-guerre qu’aux Allemands. Le colonel Emmanuel Moravec (1892-1945), ancien journaliste, professeur à l’Ecole militaire de Prague, ministre de l’éducation et de la propagande sous le protectorat nazi, était un des importants collaborateurs tchèques.

En 1942 parut un livre de propagande, traduit de l’allemand par Louis Thomas, écrit par un colonel d’état-major suisse du nom de Daeniker, avec pour titre Commandement et esprit militaire allemands 1939-1940, évidemment tout à la gloire du génie militaire allemand. Début 1942 il y eut aussi le livre pro-allemand de son ami Thierry Sandre[121] et, vers la fin de l’Occupation, trois livres ‘neutres’ de Paluel-Marmont[122], Alice Verlay-Frapié[123] et Daniel Mornet[124]. Vraiment le stricte minimum : en tout moins d’une vingtaine de livres, nombre inférieur à celui des livres que Thomas fit sortir de sa propre plume… On peut donc douter s’il s’agissait vraiment d’une bonne affaire.

A moins que, ce qui est bien possible, Thomas ne désirait à dessein pas trop utiliser le papier, fortement contingenté, pour d’autres, voulant privilégier ses propres livres. Rééditer ou recycler ses anciens écrits ne lui demandait qu’un minimum d’effort pour une recette qui était double, une fois en tant qu’éditeur, une fois en tant qu’auteur. La fringale de la lecture était grande et Paul Léautaud nota ce que Thomas lui avait déclaré à ce sujet : En ce moment, tout se vend. Vous pouvez éditer n’importe quoi. Au bout de quinze jours il n’y en a plus. On n’a même pas besoin de mettre en vente. Des courtiers enlèvent les livres par ballots pour la province[125].  Mis à part certains de ses livres consacrés aux chasseurs cyclistes et à la Première guerre, les livres de Thomas ne s’étaient jamais bien vendus. Il en avait même tiré une certaine gloire de ne publier que pour une petite élite intellectuelle. Même des tirages modestes de 500 exemplaires n’avaient à l’époque pas été épuisés.

Et voilà que les circonstances lui permettaient de publier ses écrits à des milliers d’exemplaires et de faire de certains d’entre eux de nombreuses réimpressions.

Qu’il faisait à cette occasion du marché noir, n’était pas impossible. Le papier mis à la disposition de chaque éditeur devint de plus en plus limité, mais cela n’empêchait pas qu’il s’en trouvait suffisamment au marché noir. Thomas n’était certainement pas le seul à s’y approvisionner, mais étant en même temps l’éditeur et l’auteur, il pouvait sans problème ajouter des exemplaires au tirage officiellement accordé.

Un autre élément à souligner est que Thomas garda de bons contacts avec ceux qui avaient pris sa suite chez Balzac, ex-Calmann-Levy, plus particulièrement avec le directeur, Henry Jamet, un autre des confidents d’Otto Abetz. Avec lui il fonda fin 1943 La Chronique de Paris, mensuel portant l’ambition de remplacer la Nouvelle Revue Française sabordée par Drieu et d’offrir une nouvelle tribune à Brasillach et autres dissidents de Je suis partout[126]. Quelques grands noms de l’époque (Pierre Drieu la Rochelle, Robert Brasillach, Lucien Rebatet, Ramon Fernandez, Marcel Aymé, Marcel Jouhandeau, Jacques Chardonne, André Thérive, Jean de la Varende, Henriette Blond, Paul Fort, Henri Poulain, André Fraigneau, F. P. Alibert, André Salmon et plusieurs autres) assurèrent aux neuf numéros parus de novembre 1943 à juillet 1944 une bonne tenue.

Mercure de France

Avec Calmann-Levy et Aux Armes de France, avec la Société parisienne d’édition et la Société populaire d’édition et d’impression, Louis Thomas n’avait pas encore atteint la limite de ses ambitions, à moins que ce ne furent celles de sa disponibilité aux missions imposées par ses maîtres. Il jeta également son dévolu sur le Mercure de France.

Cette respectable Maison avait eu, après la mort de son fondateur Vallette,  l’écrivain Georges Duhamel comme son patron jusqu’en 1940. Tout en demeurant le principal actionnaire, il s’était effacé devant son co-directeur, Jacques Bernard, qui était resté seul et avait résolument tiré la carte de l’Ordre Nouveau. Fin 1942 Bernard invita Duhamel à lui vendre ses actions, disant que les Allemands l’y poussaient parce qu’ils voulaient voir la société entre les mains d’un de leurs fidèles. Devant le refus de Duhamel, Bernard distribua ses parts entre plusieurs amis, afin d’ainsi disposer de plus de voix, sinon de la majorité, à l’assemblée générale. Toutefois, Duhamel en fit autant, déjouant ainsi le stratagème. Les disputes se prolongèrent jusqu’à la Libération et ne furent donc pas suivies d’effet.

Un des amis introduits par Bernard était Louis Thomas, qui se trouva porteur (sinon propriétaire) de 110 actions. Lorsque le 28 avril 1944 une assemblée générale eut lieu, il s’avéra que Bernard et Thomas, qui en principe étaient complices, se combattaient. Thomas, mis en appétit par les actions en sa possession, s’était mis en tête qu’il pouvait aussi bien essayer d’acquérir la majorité. Il s’était rendu au bureau de Duhamel à l’Académie Française, et l’y avait sommé de lui vendre ses actions, sous peine de représailles de la part des Allemands. Duhamel l’avait éconduit, mais n’avait pas manqué de révéler machiavéliquement la démarche de Thomas à Bernard, qui en fut furieux[127].

Dans ces conditions, les assemblées générales des actionnaires, où tout le monde se retrouvait, Rachilde, Léautaud, Duhamel et sa famille, Bernard et ses affidés, Louis Thomas, etc, se déroulaient dans une atmosphère électrique. Lorsqu’au cours de l’assemblée de décembre 1943 une question fut posée au sujet de l’immeuble du Mercure, Bernard fit remarquer la présence à la réunion d’un éminent marchand de biens, qui pourrait répondre. Cet éminent marchand étant Thomas, Léautaud fit tout haut la remarque en voilà une référence. Thomas en fut évidemment très vexé et lui écrivit à ce sujet[128].

La descente aux enfers

Vint la Libération. Dès le mois de juillet Thomas s’était décidé à chercher refuge en Espagne afin de gagner ensuite l’Argentine. Il voulut toutefois au préalable régulariser la situation en épousant son amie Christiane Lamarre. Les formalités administratives prirent du temps et lorsque le 7 août ils se marièrent enfin, la route du Midi était barrée par l’avance des troupes alliées. Il ne restait plus que la fuite vers l’Est. Vers le 10 août 1944 Louis Thomas abandonna son domicile du 18 rue Marbeuf. Sa fuite fut interrompue de façon dramatique le 13 août à Coulommiers (Seine-et-Marne), où sa Peugeot fut attaquée par un avion de chasse allié et s’enflamma. Les trois passagers furent grièvement blessés et transportés à l’hôpital local. Jacqueline Féry, fille de Paul Féry et de Christiane Lamarre, âgée de douze ans, mourut à quinze heures, tandis que Christiane Lamarre s’éteignait le même jour à vingt-trois heures trente.

Dix jours plus tard, en dépit de ses graves blessures, Thomas partit en direction de l’Allemagne, expédié contre son gré par les Allemands, affirma-t-il plus tard. Du 25 août au 3 septembre il fut retenu en Alsace et de là évacué sur Fribourg-en-Brisgau. Quelques jours plus tard il échoua à Sigmaringen, où le gratin des collaborateurs français en fuite, Pétain et Laval en tête, séjournait. D’après ses dires, Thomas y fut approché par Jean Luchaire qui lui proposa de devenir le porte-parole du gouvernement de Sigmaringen sur les ondes d’une éphémère Radio France. Dans un rapport établi plus tard pour le parquet, il est écrit que Thomas eut également des contacts avec Déat, Darnand et de Brinon et qu’il aurait refusé leur offre du portefeuille des finances dans un chimérique et hypothétique gouvernement en exil.

Dans le hall d’un hôtel à Constance, Thomas rencontra Pierre Laval. Celui-ci fut tellement saisi par son déplorable état physique et mental, qu’il lui promit un passeport allemand afin de pouvoir se rendre en Suisse pour s’y faire soigner. Grâce à Abetz, également échoué à Sigmaringen avec femme, maîtresse et  trésor de guerre, constitué de pièces d’or et d’œuvres d’art volées, Thomas obtint sans tarder le précieux document. Grande fut toutefois sa déception lorsque, se présentant à la frontière le 11 septembre, il dut se rendre à l’évidence que de tels documents ne représentaient plus rien et qu’il fut refoulé. Il prit alors ses quartiers dans la petite commune de Dornbirn pour, lorsque vint le grand froid, se replier sur Constance. Dans la nuit du 15 au 16 avril 1945, les troupes alliées approchant, il passa clandestinement en Suisse, où il se fit immédiatement appréhender et incarcérer à Schaffhausen. Il ne lui restait plus d’autre choix que de se laisser livrer ou de se livrer lui-même aux autorités françaises.

Thomas décida de prendre les devants et de monnayer son ralliement, moyennant le blanchiment de son passé. Il se tourna à Genève vers l’officier de renseignement français Bocher qu’il avait connu pendant la Première guerre au Maroc et celui-ci le dirigea vers les Services de la Sécurité du Territoire à Annemasse et à Annecy, où Thomas arriva le 19 mai 1945. Forcé ou de son plein gré il remit à la douane en gare d’Annemasse 100.000 francs français et cinq plaques de platine de 255 gr. qu’il portait sur lui[129]. Il se mit ensuite ‘à table’. Il croyait en effet être en possession de renseignements qui pourraient lui servir de monnaie d’échange. A Sigmaringen un milicien du nom de Jocelyn Maret lui avait raconté en long et en large comment lui et d’autres, qu’il avait nommés, avaient sur les ordres de Joseph Darnand et de Max Knipping, assassiné Maurice Sarraut (le 2 décembre 1943), Jean Zay (le 20 juin 1944 ) et Georges Mandel (le 7 juillet 1944).

Après l’avoir entendu, les enquêteurs, qui ne l’avaient pas arrêté, invitèrent Thomas à se rendre à Paris afin de s’y mettre à la disposition de la Sécurité du Territoire et d’aider dans la recherche des assassins en question. Le 31 mai 1945 Thomas quitta Lyon et se rendit à Paris où il fut à plusieurs reprises interrogé, sans être pour le moins inquiété. Ce n’est que le 21 juin qu’il se trouva confronté au commissaire Même, qui lui déclara à brûle-pourpoint qu’il ne s’intéressait nullement à ces histoires d’assassinats, mais à Thomas lui-même.


[1] Emmanuel BERL se fit lui aussi le porte-parole de cette information dans son hebdomadaire Pavés de Paris du 3 février 1939.

[2] En citant Boronali, Thomas référait au célèbre canular monté par Roland Dorgelès. Sous l’oeil d’un huissier, Dorgelès fit exécuter une toile par Lola, l’âne qui appartenait à Frédé, le patron du Lapin Agile, en attachant une brosse à la queue frétillante de l’animal. L’oeuvre “abstraite” fut présentée au Salon des Indépendants de 1910 sous le titre Coucher de soleil sur l’Adriatique comme due à un représentant de la nouvelle école des “excessivistes”, le peintre italien Joachim-Raphael Boronali (anagramme de Aliboron, le nom de l’âne dans la fable de La Fontaine, Les voleurs et l’âne). Le canular fit grand bruit à l’époque. Le tableau appartient maintenant à la collection Paul Bédu, conservée au Musée de Milly-la-Forêt.

[3] Camille MAUCLAIR, La Crise de l’art moderne, Paris, Imprimerie CEA, 1944 (brochure dans laquelle il se réjouissait des mesures antijuives qui avaient permis de fermer les  galeries juives et exclure des journaux les critiques juifs.)

[4] Li discours di Capoulié à la Santo Estello, 1941-1982, Edicious Parlaran, 1994, p. 115.

[5] H. COSTON, Edouard Georges Boris, dans : Dictionnaire, II, p. 70-72.

[6] H. COSTON, Dictionnaire II, p. 71. L’endroit où se trouve la référence est « colorée », le contenu de la lettre ne l’est pas.

[7] Jacques BENOIST-MECHIN, La moisson de quarante, Paris, Albin-Michel, 1941.

[8] Jean MONTIGNY, Toute la vérité sur un mois dramatique de notre histoire, Clermont-Ferrand, Ed. Mont-Louis, 1940.

[9] Henri MASSIS, Les idées restent, Paris, Lardanchet, 1940.

[10] Anatole de MONZIE, Ci-devant, Paris, Flammarion, 1941 -  Bertrand de JOUVENEL, Après la défaite, Paris, Plon, 1941 -  René BENJAMIN, Le printemps tragique, Paris, Plon, 1941 – Jean MONTIGNY,  Heures tragiques de 1940, la Défaite, Paris, Grasset, 1941.

[11] Quelques exemples: Maurice GUIERRE, Marine Dunkerque, Paris, Flammarion, 1942 -  Jean LABUSQUIÈRE,  Vérités sur les combattants (Grandes batailles de mai-juin 40), Paris,
Lardanchet, 1941 - Jean LABUSQUIÈRE, Nouvelles vérités sur les combattants. Nouveaux récits des grandes batailles de mai-juin 1940, Paris, Lardanchet, 1941 – Paul MOUSSET, Quand le temps travaillait pour nous, Paris, Grasset, 1941 (Prix Renaudot 1941) – René ROQUES, Le sang de nos fautes, Paris, Albin Michel, 1941 – Guy DESCHAUMES (ps. de Gérard Chaumette), Derrière les barbelés de Nuremberg, Paris, Flammarion, 1942.

[12] G. LOISEAUX, La littérature de la défaite et de la collaboration, p. 236-237.

[13] P. LEAUTAUD, Journal, T. XIII, p. 250 (18 décembre 1940).

[14] P. FOUCHE, L’Edition française, Tome I, p. 119.

[15] Paris, Editions Le Nain Rouge.

[16] Paris, Ed. G. Ficker.

[17] Thierry SANDRE, Le Tombeau de Renée Vivien, Paris, Sansot, 1910.

[18] Thierry Sandre & Marcel ORMOY, Les Poésies de Makoko Kangourou, Paris, Dorbon, Les bibliophiles fantaisistes, 1910.

[19] Le pourpre et le crêpe, sous le pseudonyme Jean DUMOULIN (1917), Le Fer et la flamme (1919), Fleurs du désert (1921) et Crux.

[20] Cardinne-Petit, pendant la Seconde guerre journaliste à La Gerbe et à L’Appel, fit à la Libération huit mois de prison et figura sur la liste des écrivains interdits. Il publia par la suite des livres critiquant l’Épuration.

[21] Cassou fut au contraire un grand résistant. Inspecteur des monuments historiques (1932), Compagnon de la Libération, il fut après la guerre directeur du Musée national d’art moderne à Paris (1945-1965).

[22] Publié chez Ed. Malfère, Amiens, 1924-1926.

[23] Thierry SANDRE, Le Purgatoire, souvenirs d’Allemagne, Amiens, Edgard Malfère, 1924. Les têtes de chapitre en donnent le contenu: Prisonnier. Des chambrettes à Rouvrois. De Rouvrois à Pierrepont. L'usine de Pierrepont. La quarantaine. Le saloir de Mayence. Le camp de Mayence. Le camp de Vöhrenbach. Têtes de boches. Les évasions. L'hôpital d'Offenburg. La faim en Allemagne

[24] Thierry SANDRE, Le Chèvrefeuille, Paris, Gallimard, 1924.

[25] Thierry SANDRE, Mienne, Amiens, Edgard Malfère, 1923.

[26] Thierry SANDRE, Panouille, Paris, Nouvelle Revue Française, 1924.

[27] Thierry SANDRE, Mousseline, Amiens, Edgard Malfère, 1924.

[28] Thierry SANDRE, Cocagne, Paris, Librairie de France, 1926, texte définitif, Paris, La nouvelle Revue Critique, 1927

[29] Thierry SANDRE, Les yeux fermés, Paris, Nouvelle Revue Française, 1928, roman qui figure toujours au catalogue de Gallimard (collection blanche).

[30] Thierry SANDRE, Monsieur Jules, Paris, Albin Michel, 1932.

[31] Thierry SANDRE, L’histoire merveilleuse de Robert le Diable, remise en lumière pour édifier les petits et distraire les autres, Paris, Les Arts et le Livre, 1925 et 1927.

[32] Thierry SANDRE, Le corsaire Pellot qui courut pour le roi, pour la république et pour l'empereur et qui était Basque, Paris,  (1932)

[33] Thierry SANDRE, Apologie pour les Nouveaux Riches, Paris, Messein, Société des Trente, 1920.

[34] Pierre Benoît eut, tout comme Sandre, des difficultés à la Libération, pour cause de sympathies actives envers le régime de Vichy. Il passa quelques mois en prison à Dax et à Fresnes, mais ne fut pas poursuivi et garda son siège à l’Académie française. Son roman Fabrice (1956) raconte l’histoire d’un combattant des deux guerres, fusillé par les libérateurs de 1944. Il resta fidèle à la mémoire du maréchal Pétain et à ses amitiés, e.a. avec Paul Morand.

[35] Pierre BENOIT & Thierry SANDRE, Le visage de la France : Gascogne, Guyenne, Côte d’Argent, Pyrénées, Béarn, Côte Basque, Ed. Horizons de France, 1927.

[36]Thierry SANDRE, Le chapitre treize d’ATHENEE, Amiens, Edgard Malfère, 1924, traduit nouvellement du grec.

[37] Paul René COUSIN & Thierry SANDRE, Les Épigrammes de RUFIN. Tirées de l'anthologie grecque, publiées pour la première fois en Édition collective, avec des notes, une traduction et un essai sur la vie du Poète, Paris, Albert Messein, Société des Trente, 1922 et (texte revu et augmenté), Amiens, Malfère, 1925.

[38] Thierry SANDRE, Le Livre des Baisers. Texte latin de Jean SECOND, accompagné d’une traduction de Thierry Sandre, précédé d’un poème de Pierre LOUYS, suivi de quelques imitations de Ronsard, J.-A. Baïf, Remy Belleau, le tout dédié à l’unique Psyché, Amiens, Edgard Malfère, 1922 (réédition par Renaudot et Cie, Paris, 1989)..

[39] SULPICIA., Tablettes d'une Amoureuse publiées par Thierry SANDRE, Paris, Les Amis d'Edouard, 1922.

[40] Thierry SANDRE, La touchante Aventure de Héro et Léandre. Remise au jour, traduite en prose nouvellement, et publiée, avec la translation en vers qu'en fit Clément MAROT, deux épîtres supposées d'Ovide, un poème de Schiller, une ode burlesque de Scarron, et quelques autres pièces utiles ou curieuses, Amiens, Edgard Malfère, 1924.

[41] Thierry SANDRE, Les Amours de Faustine, poésies latines de Joachim DE BELLAY, traduites et publiées... par Thierry Sandre, Amiens, E. Malfère, 1923

[42] Jurgi ZAÏDAN, Al Abbassa et Allah veuille !  Zaïdan (1861-1914) était un Libanais orthodoxe, journaliste, historien et romancier.

[43] Pascal MERCIER, Un destin balzacien, dans: Le Monde, 25 juillet 2002.

[44] Archives de la Province française des pères dominicains, Archives du Couvent de l’Annonciation, 222 rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris, IV-16- Annonciation-R-103 et R-107, n° 3134.

[45] Georges Desvallières, élève d’Elie Delaunay et Gustave Moreu, se convertit en 1904.

[46] Gerard Ambroselli qui, avec son épouse, eut 18 enfants, fut proche du général de Lattre de Tassigny, qui fit de lui “l’imagier” de l’Armée d’Alsace en 1940 et de la Première Armée française en 1944

[47] De lui a paru: Vers une nouvelle France, Paris, Flammarion, 1937.

[48] Il y a quelques problèmes concernant le titre exact de cette publication. A la Bibliothèque Nationale nous avons trouvé : Thierry SANDRE, La Chartreuse de Bosserville, Avec 12 illustrations de R. Bornier, F. Denant. H. Pendariès, J. Roussel, A. Saget, J. Zimmermann, Bordeaux, Delmas, 1941, in 16°, 97 p. Ce livre semble avoir été republié par Delmas en 1950. D’autre part, nous avons retrouvé une autre description avec un titre plutôt curieux : Thierry SANDRE, .dont 45 de cellule, Bordeaux, Ed. Delmas, 1941, in 8°, 95 p., ouvrage orné de dessins en deux teintes, de lettrines, de culs de lampe sur vergé de hollande, 640 exemplaires, spécialement imprimés pour les officiers prisonniers à la Chartreuse de Bosserville du ler juillet au 15 août 1940. Il est donc possible qu’il s’agisse de deux publications différentes.

[49] Thierry SANDRE, I.N.R.I., la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec illustrations de Hervé Des Hameaux, Paris, P. Lethielleux, 1942, 58 p.

[50] Thierry SANDRE, Crux, récit scénique de la Passion [Munster-en-Westphalie, Kasino de l'Oflag VI D, 9 avril 1941], publié la même année chez Delmas à Bordeaux, 52 p. sur 220 exemplaires.

[51] Thierry SANDRE, Calendrier du Désastre d’après les documents allemands, Paris, Aux Armes de France, 1942 (mais l’éditeur mentionné sur la couverture est C.-L.).

[52] Thierry SANDRE, Lettre sans humour à sa Majesté la Reine d’Angleterre, Paris, Jean-Renard, 1943.

[53] Robert le Diable, Éditions de l’Amitié, 1945 ; Formosine, Éditions de l’écureuil, 1946.

[54] Lorsque Tatiana et Georges Rageot fondent les Editions de l’Amitié-G. T. Rageot en 1941, ils connaissent déjà bien le livre pour la jeunesse. Georges Rageot était avant-guerre directeur commercial chez Hachette (fait prisonnier en 1939 et libéré en 1941) tandis que Tatiana, sa femme, qui parle cinq langues, était traductrice. Ils avaient été chargés de créer et de diriger chez Aubier une collection de livres pour enfants. Souhaitant offrir à leurs lecteurs des livres « instructifs et attrayants », leur « donner autre chose à lire que la Comtesse de Ségur ou Jules Verne et leur faire découvrir à travers des romans d’auteurs étrangers la vie des enfants des autres pays », les Rageot lancent la collection « Les heures joyeuses ». Le slogan de la maison est : « Le tour du monde avec les heures joyeuses ».
En 1946 naît « La vie des grands musiciens » et la distribution des livres est confiée à Hatier. En 1950, les éditions Rageot reprennent la revue « Terre des Jeunes », créée pour les préadolescents par un groupe de professeurs toulousains. Cent treize titres sont publiés dans la collection « Les heures joyeuses » entre 1941 et 1959.
En 1956, Tatiana Rageot (Georges Rageot est décédé en 1950) s’associe avec la Librairie Hatier à laquelle est confiée la commercialisation de la production. Elle continuera à diriger la maison jusqu’en 1971. La structure sera ensuite confiée à leur fille Catherine Scob, et à partir de 2000 à la fille de celle-ci, Caroline Westberg. Près de 200 titres sont publiés dans la collection de l'Amitié. Apparaissent ensuite toute une série de collections dérivées, dont Ma première amitié, en 1978 et Jeunesse poche en 1971, la première collection de poche pour les jeunes (en quatre séries, policier, aventure, anticipation, espionnage). Ces collections ont fait découvrir des nombreux auteurs, comme Michel-Aimé Baudouy, Anne C. Veslty, Yvan Maufret, Betsy Biars, Maria Gripe ou Susie Morgenstern. Tout ces titres se retrouvent aujourd'hui dans la collection Cascade, créée en 1989. Avec une vingtaine de titres par an, elle se décline par thème, aventure, policier, contes.

 [55] L’Ecureuil étant encore en activité au début des années soixante.

[56] P. LEAUTAUD, Journal littéraire, T. XIV, p. 9-10 (vendredi 4 juillet 1941)

[57] P. DIOUDONNAT, L’argent nazi, p. 127-128.

[58] B. LAMBAUER, Otto Abetz, p. 315-316  cite les noms avancés par l’ambassade pour devenir membres actifs ou consultatifs de l’Office central juif (donc pas seulement pour la fonction de commissaire): liste “Abetz”: Marcel Bucard, Darquier de Pellepoix, Jean Boissel, Pierre Clémenti, Serpeille de Gobineau, Céline, Georges Montandon, Jacques de Lesdain; liste “Ihlefeld”:  Bernard Faÿ, Léon de Poncins, Darquier de Pellepoix, Montandon, Serpeille de Gobineau, Céline. L’auteur renvoie aux documents V-65 et V-66 du Centre de documentation juive contemporaine. L. JOLY, Xavier Vallat, p. 213, donne deux listes quelque peu différentes, pour lesquelles il donne comme référence: Archives municipales de Lyon Fonds Vallat, 21ii-48, soit: liste “Abetz”: Marcel Bucard, Jean Boissel, Pierre Clémenti, Serpeille de Gobineau, Jean de la Hire, comte Armand de Puységur; liste “Ihlefeld”: Boissel, Bucard, Montandon, Céline, Georges Batault, Darquier de Pellepoix, Bernard Faÿ, Léon de Poncins et Georges Vacher de la Puge

[59] L. JOLY, Darquier de Pellepoix, p. 141.

[60] Georg Bernhard, professeur d’économie, journaliste, homme politique libéral de gauche, député au Reichstag pour le Deutsche Demokratische Partei de 1928 à 1930 et rédacteur en chef du journal berlinois Vossische Zeitung. Ses livres furent brûlés publiquement le 10 Mai 1933. Il s’exila à Paris où il fonda les journaux Pariser Tageblatt et Pariser Tageszeitung, destinés aux émigrants allemands, mais qui furent également diffusés en Allemagne. Voir: Michaël KLEIN, Georg Bernhard. Die politische Haltung des Chefredakteurs der Vossischen Zeitung 1918-1930, P. Lang Verlag, 1999.

[61] Avant la guerre Blanke était avocat à Celle et avait quitté le parti nazi en 1938. Pendant toute la guerre il fut responsable en France de l’aryanisation des biens économiques. Il ne fut jamais poursuivi. De 1964 à 1973 il fut bourgmestre de Celle.

[62] Paris, Centre de documentation juive contemporaine, CXCIII-203.

[63] P. BURRIN, La dérive fasciste, p. 452-453; J. P. COINTAT, Marcel Déat, p. 278-281.

[64] Crouzet fut journaliste dans les années trente à La grande revue et participait déjà aux réunions franco-allemandes, sous l’égide d’Abetz et de Luchaire. Partisan d’un racisme “à la française” et de lois racistes sur le modèle allemand. En 1944 il prit la fuite avec sa femme et se trouva à Baden, puis à Sigmaringen, où il participa aux dernières activités organisées entre collaborateurs de diverses tendances. Début 1947 il fut condamné à la perpétuité.

[65] P. M. DIOUDONNAT, L’argent nazi, p. 232; Paris, Centre de documentation des questions juives, lettre de Sézille à Dannecker.

[66] Archives Nationales, AJ 40, dossier 1006.; P. FOUCHé, L’édition française, T. 1, p. 132.

[67] P. FOUCHE, L’édition française, T. 1, p. 119.

[68] X. VALLAT, Le nez de Cléopâtre, p.

[69] Fut en 1941 le directeur de Détente, hebdomadaire de la famille française. Fut, à la Libération, inculpé d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

[70] Jean Galtier-Boissière cite ce nom comme étant le pseudonyme d’un certain Delhomme. Georges Oltramare le signale également et le décrit ainsi: Delhomme, dit Georges Daudet, intriguait contre moi. Je n’aimais pas sa face lunaire et sa voix fluette. Il laissait entendre qu’il agissait au nom de Laval. Quant à Laval il aurait dit de lui: Ce Daudet a milité en faveur de la Collaboration bien avant la guerre (G. OLTRAMARE, Les souvenirs nous vengent, p. 149.)

[71] Est-ce le même que nous retrouvons en 1971, dans: William. B. COHEN, Empereurs sans sceptre. histoire des administrateurs de la France d'outre-mer et de l'ecole coloniale, traduit par Louis de Lesseps et Camille Garnier, Paris, Berger-Levrault, 1971 et encore en 1971 en tant que coauteur avec Lemoine Randal de La langue à toutes les sauces, Paris, Calmann-Levy?

[72] Par ailleurs propriétaire de 33 % de la Nova-Film SA, entreprise de collaboration. Il était ‘chargé de mission’ auprès du Groupe Collaboration d’Alphonse de Chateaubriant, prolongement du Comité France-Allemagne d’avant la guerre.

[73] A. THOMALLA, Der Trust Hibbelen, o. c., p. 8.

[74] P. FOUCHE, L’édition française, T. 1, p. 148.

[75] Idem, T. 1, p. 149-150.

[76] Idem, T. 1, p. 175; P. DIOUDONNAT,  p. 207-208.

[77] V. LLONA, Louis Thomas, p.

[78] Archives Nationales, AJ46 1006; P. FOUCHE, L’édition française, p. 175-176; P.M. DIOUDONNAT, L’argent nazi, p. 207-208

[79] Centre de Documentation Juive Contemporaine, Paris.

[80] Nous nous sommes basés principalement sur P. FOUCHE, T. I., pp. 126-142, qui a lui-même basé son historique sur: Archives Nationales, Paris, Commissariat général aux questions juives, dossier AJ 38 2308 et Commission nationale interprofessionnelle d’épuration F 12 9640; également sur P. M. DIOUDONNAT, L’argent nazi, p. 213-218..

[81] Un Léon Pioton avait en 1922 soutenu en Faculté de droit de Paris une thèse sur ‘La loi de huit heures dans la marine marchande’.

[82] Durand-Auzias devint après la guerre président de la Commission d’épuration de l’édition.

[83] Jean de la Hire, de son vrai nom le comte Adolphe d’Espie, n’ayant pu réaliser son ambition de devenir un grand écrivain, devint à tout le moins un écrivain prolifique de romans populaires. Il ne signa pas moins de 300 titres de romans dont certains dépassèrent les 100.000 exemplaires. Il donnait dans bien des genres : science-fiction, westerns, policiers, aventures d’anticipation, histoires de cape et d’épée, récits sentimentaux, histoires de boy-scouts, etc.

[84] Pistre publiait sous le nom de Caraguel. Il avait en 933 déjà écrit un livre anglophobe, réédité avec un supplément de chapitres en 1940. Il fut encore repris en 1944 sur la liste des auteurs interdits, quoiqu’il était mort en 1942.

[85] P. FOUCHE, L’édition française, T. 1, p. 362-367, Lettre de février 1941 du ministre des Finances au général Huntzinger sur les participations allemandes dans des maisons françaises d’édition ou de distribution (Archives Nationales, F 41 258).

[86] L’adresse héberge toujours un hôtel, jusqu’à ce jour, portant présentement le nom de Emeraude Madeleine Plaza.

[87] P. LEAUTAUD, Journal, T. XIII, p. 315-317 (1 et 2 avril 1941).

[88] Suarez, essayiste, journaliste, thuriféraire du maréchal Pétain fut le premier journaliste à être condamné à mort et exécuté, dès le 9 novembre 1944.

[89] Audiberti, romancier, poète et surtout dramaturge, collabora occasionnellement à certaines feuilles collaborationnistes (Comoedia p. ex.).

[90] Devint après la guerre professeur de littérature et de civilisation française à Stockholm (Alliance française), président de l'association des professeurs de français résidant en Suède, vice-président de l'Union des français de Suède, président-fondateur des Amis suédois de la Culture française.

[91] Voir : Jean Flory, 1903-1961, impr. J. Zichieri, 1962

[92] Fut directeur des Cahiers du spiritisme et de la Revue Spirite ainsi que président de l’Union Spirite (1931-1971).

[93] P. FOUCHE, L’édition française, Vol. I, p. 241.

[94] Jean Drault (1866-1951), pseudonyme d’Alfred Gendrot, auteur de romans populaires et à succès (il créa des personnages comme le soldat Chapuzot et Galupin), collabora à La Libre Parole, le journal antisémite de Drummont et fut toute sa vie un pourfendeur de juifs ce qui l’amena inévitablement vers la collaboration avec les nazis. A 80 ans passés il fut condamné, pour mourir peu après.

[95] Editeur, directeur chez Armand Colin et Plon. Accusé après la guerre de collaboration, il put se faire disculper et l’affaire fut classée sans suite.

[96] Même remarque comme pour Philippon. Après la guerre il devint directeur du commerce intérieur au Ministère de l’Industrie.

[97] Membre du comité de lecture de la maison Gallimard, directeur commercial à partir de 1922.

[98] Schiffrin, Juif originaire de Baku en Russie, co-fonda avec André Gide en 1923 la Bibliothèque de la Pléiade, intégrée dans Gallimard en 1933. Il accompagna Gide lors de son voyage de 1936 en URSS et fit des traductions d’auteurs russes. En 1941 il quitta la France et fonda à New-York, les Editions Jacques Schiffrin qui éditait des auteurs français, e. a. Gide. Il rejoignit ensuite l’éditeur Kurt Wolff, fondateur de Panthéon Books, qui dès 1944 édita le Journal de Gide. Schiffrin mourut à New York en 1950. (Voir: André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, Ed. La Fabrique, 1999).

[99] Le critique d’art Florent Fels (né Felsemberg en 1893, décédé à Monaco en 1977), coéditeur de la revue Action, éditeur de la revue L’Art Vivant, publia beaucoup sur Utrillo, Picasso, Matisse, Vlaminck, Max Jacob James Ensor, etc. Après la guerre, directeur artistique de Radio Monte Carlo. Il eut une fille, Alicia Felsemberg (1917-1964) de l’actrice Valentine Tessier (1892-1981), qui avait été la maîtresse de Gaston Gallimard. Voir : Florent FELS, L’Art vivant de 1900 à nos jours, Pierre Cailler, Genève, 1956

[100] Brouty dirigeait la revue Candide, qui était dès avant la guerre d’esprit antiparlementaire, antirépublicain, vivement anticommuniste, au fond, antidémocratique, et aux accents antisémites. Il continua la publication en zone libre, soutint le régime de Vichy avec modération sans tomber dans le collaborationnisme, mais fut interdit à la Libération.

[101] Entourloupettes, dans: La Gerbe, 1er mai 1941.

[102] Jean DRAULT, Histoire juive. Calmann-Levy et Propper, dans: La France socialiste, 7 mai 1941.

[103] Manigances de judéophiles, dans: Au pilori, 12 juin 1941.

[104] Regelsperger avait été administrateur de la Banque de France. Il avait en 1926 soutenu une thèse de doctorat en droit à l’Université de Paris sur ‘L’impôt sur le chiffre d’affaires’

[105] Pascal ORY, Les collaborateurs, Paris, 1975, p. 154.

[106] Barbara LAMBAUER, Otto Abetz, p. 362.

[107] La grande maison d’édition et imprimerie Beck Verlag, fondée en 1763, existe toujours. Elle est e. a. specialisée dans les livres juridiques.

[108] Il fut aussi avant la guerre directeur littéraire chez Plon.

[109] Les candidatures Poupet et Châteaubriant sont mentionnées dans B. LAMBAUER, Otto Abetz, p. 361 (sans référence), mais ne figurent pas dans l’historique détaillé de la reprise de Calmann-Levy donnée dans l’étude du spécialiste en la matière, P. FOUCHE, L’édition française, T. 1, p. 126-142.

[110] Depuis, l’éditeur a déménagé au 31 rue de Fleurus, 75006 Paris, l’adresse de Stock, Hattier/Didier, Fleurus, Foucher, Hazan et autres éditeurs du Groupe Hachette.

[111] P. LEAUTAUD, Journal littéraire, T. XV, p. 125 (21 mai 1943).

[112] De cet auteur il publia une plaquette de 24 pages, La solitude d’Antoine, Aux Armes de France, 1941. Première édition après la parution dans Le Petit Parisien du 4 mars 1941. Texte écrit à l'occasion de la représentation donnée en 1941 par la Comédie Française en l'honneur d'André Antoine (1858-1943), fondateur et directeur du Théâtre Libre, du Théâtre Antoine, animateur de l'Odéon et pionnier du cinéma. Je ne suppose pas (n’ayant pas pu lire ce texte) qu’il s’agissait d’un hommage au directeur de théâtre de qui Benjamin s’était moqué dans son Antoine déchaîné (1923) et à qui l’avait opposé un procès retentissant. Dans une introduction, Louis Thomas faisait allusion au "changement de propriétaires et de nom" des éditions Calmann-Lévy.

[113] Le Mont Saint-Michel (1941 et 1942)

[114] Le parti unique (1942, articles parus dans L’Oeuvre du 18 juillet au 4 septembre 1942);  Le parti unique (1943, nouvelle série d’articles parus dans L’Oeuvre),  Pensée allemande et pensée française (1944).

[115] M. DEAT, Mémoires politiques, p. 866.

[116] Quatre publications: Mes cahiers (1941),  Le pur et l’impur (1941), De ma fenêtre (1942), Paris de ma fenêtre (1944).

[117] Léo LARGUIER, Roses de papier, récréations grammaticales et littéraires, Paris, Aux Armes de France, 1944.

[118] Mémoires du duc de Broglie ( Jacques Victor Albert, 1821-1901), Tome 2, 1870-1875. Avec une préface par son petit-fils le Duc de BROGLIE (Maurice) de l'Académie Française

[119] La déroute 1939-1940 (1941, onzième édition en 1942). Nous n’avons retrouvé aucune autre trace de cet auteur. Pourrait-il s’agir d’un pseudonyme ?

[120] Un apôtre du rapprochement franco-allemand, Jean Jaurès (1941).

[121] Et qui portait bien le nom des Editions C.-L.

[122] Albert Paluel-Marmont (1895-1959), L’épopée du transsaharien (1944). Paluel-Marmont, écrivain prolifique, aussi bien avant et pendant qu’après la guerre, sur des thèmes sahariens et africains, ainsi que sur les traditions militaires françaises, fut également un des thuriféraires du maréchal Pétain avec e. a. Il était une fois un maréchal de France (1943).

[123] Alice Verlay-Frapié, épouse du romancier Léon Frapié (1863-1949) était auteur de livres pour enfants, e. a. La marchande de chevaux de bois (1944), illustrations de Jan Tronquet.

[124] De cet auteur : Jean Racine (1944). Le grand connaisseur de l’histoire de la littérature et professeur à la Sorbonne Daniel Mornet (1878-1954) publia chez plusieurs éditeurs pendant la guerre. Pourquoi ce seul livre chez Thomas? Se connaissaient-ils en tant qu’écrivains de souvenirs de guerre? Thomas avait-il des lots de papier à offrir? Pour Mornet, l’auteur e.a. de Les origines intellectuelles de la Révolution française, et de Histoire de la littérature et de la pensée française contemporaines, livres encore réédités et consultés de nos jours, voir: Mélanges d’histoire littéraire offerts à Daniel Mornet, Paris, Nizet, 1951.

[125] P. LEAUTAUD, Journal littéraire, T. XV, p. 203 (3 novembre 1943).

[126] P. FOUCHE, L’édition française, p. 364 et 770 (note 215)

[127] Archives nationales, Z6 65 1031; P. LEAUTAUD, Journal littéraire, T. XV, pp. 252-255, 262, 275, 322; Georges DUHAMEL, Le livre de l’amertume, p. 316-321; P. FOUCHE, L’édition française, T. 2, p. 82 et 206.

[128] P. LEAUTAUD, Journal littéraire, t. XV (1 janvier 1944)

[129] Archives Francine Delaunois, deux récipissés de la douane d’Annemasse, datés 19 mai 1945.

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