Chapitre III

La Belgique et Raymonde Delaunois

 

Thomas à l’Université Nouvelle de Bruxelles

Revenons quelque peu en arrière afin d’éclairer d’autres aspects des jeunes années de Thomas, aspects littéraires et personnels qui l’amenèrent en Belgique. Ses activités à l’Université Nouvelle, trois publications chez Arthur Herbert à Bruges (1906-1907) et une autre à Mons auprès de la Société Nouvelle (1908) concourent à faire supposer un séjour plus ou moins prolongé en Belgique, sans exclure de fréquents retours à Paris où il resta domicilié. Son mariage avec Raymonde Delaunois en fut la conséquence, sinon la consécration.

C’est en 1905 que Thomas prit ses quartiers à Bruxelles et y suivit des cours à L’Université Nouvelle, institution progressiste issue d’une scission au sein de l’Université Libre de Bruxelles. Cette dernière, championne du libre examen, avait été fondée en 1834 par des libéraux francs-maçons, en riposte à la réouverture de l’université catholique de Louvain et était considérée comme une filiale du Grand Orient de Belgique. L’ULB avait en 1893 connu des remous. Le géographe Élysée Reclus (1830-1905)[1] y avait été nommé professeur, malgré ses sympathies affichées pour le mouvement anarchiste. Des évènements étrangers à l’université l’empêchèrent toutefois de prononcer son discours inaugural. En France, Ravachol (1859-1892)[2] ayant été exécuté en raison des différents attentats qu’il avait commis, l’anarchiste Auguste Vaillant (1861-1894) avait, afin de le venger, lancé le 9 décembre 1893 une bombe à clous de faible puissance dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale. Au cours de l’enquête qui suivit, les frères Reclus furent inquiétés. Ceci amena le pouvoir académique de l’ULB à décider ‘l’ajournement’, autant dire la radiation d’Élysée Reclus. 

Celui-ci ne se laissa pas démonter et avec d’autres il fonda, également à Bruxelles, une Université Nouvelle, ainsi que dans la foulée, une Ecole des Hautes Études, espèce d’université populaire qui se voulait ouverte à tous. Le 5 février 1894 Auguste Vaillant était guillotiné, après avoir crié Mort à la société bourgeoise et vive l’anarchie et le 2 mars Reclus prononçait sa leçon inaugurale lors d’une séance qui se tint dans le grand temple de la loge des Amis Philanthropes. Le corps professoral réunissait une élite progressiste et radicale, souvent liée à la franc-maçonnerie belge, parmi lesquels  les frères d’Élysée, Élie (1827-1904)[3] et Paul Reclus (1847-1914)[4], l’avocat Edmond Picard (1836-1924)[5], le futur Prix Nobel Henri Lafontaine (1854-1943)[6], le romancier Georges Eekhoud (1854-1927)[7], le poète Emile Verhaeren (1855-1916)[8], les juristes et hommes politiques Emile Vandervelde (1866-1938)[9] et Paul Janson (1840-1913)[10], l’homme de lettres et tribun politique socialiste Jules Destrée (1863-1936)[11], le psychiatre Paul Sollier (1861-1933)[12], les sociologues Guillaume De Greef (1842-1924)[13], Roberto Michels (1876-1936)[14] et Enrico Ferri (1856-1929)[15]. Les maçons De Greef, Destrée, Janson, Lafontaine (Vénérable Maître des Amis Philanthropes), Picard et Vandervelde assuraient les liens avec le Grand Orient de Belgique. D’autre part, avec Verhaeren et Eekhoud, Picard et Destrée, les accointances du groupe avec les milieux artistiques et littéraires de La Jeune Belgique et de L’Art Moderne étaient clairs.

L’ULB demeurait plus déiste, spiritualiste ou agnostique qu’athée, plus anticléricale qu’antireligieuse, plus conservatrice que progressiste, plus libérale que socialiste. L’Université Nouvelle attira donc ceux qui prenaient le contre-pied. Ce n’est qu’à la fin de la Première guerre mondiale que les dissidents retourneraient dans le giron de l’ULB, tout en y faisant prévaloir et dans une large mesure triompher leurs principes.

C’est à cette institution que Thomas alla suivre des cours en l’année 1905 et qu’il se fit une série d’amis belges, principalement parmi les jeunes littérateurs. Les liens se confirmèrent. C’est ainsi qu’au cours de l’année 1907-1908, dans la série des Questions littéraires, organisée par l’Institut des Hautes Etudes, Thomas donna une conférence sur Les prosateurs français contemporains, où il succédait à Louis Piérard qui avait eu comme sujet Les poètes français contemporains. Au cours de l’année 1908-1909, dans la série Les romanciers anglais contemporains, il y eut à nouveau une conférence par Thomas sur Thomas Hardy et Rudyard Kipling[16].

Les raisons et la période exacte de son séjour bruxellois, demeurent incertaines. Nous pensons qu’en tant qu’étudiant – pourquoi donc vint-il étudier à Bruxelles ? - il a dû s’y trouver en 1905. De toute façon il apprit à y connaître l’homme de lettres Henri Vandeputte (1877-1952), ainsi qu’en témoigne leur correspondance. Nous en avons des exemples, s’échelonnant d’au moins début 1906 jusqu’à fin 1910, tels qu’ils furent publiés dans le numéro d’août 1906 d’Antée ou tels qu’ils sont conservés dans le Fonds Joseph Altounian. Des lettres adressées par Vandeputte à d’autres correspondants, indiquent des contacts amicaux entre lui et Thomas jusqu’au moins dans les années vingt. Thomas dédia son Douze livres pour Lily à Vandeputte avec la justification parce qu’il est mon ami. Ce dernier collabora au moins une fois à la revue Psyché de Thomas. Leur correspondance démontre que la réserve et le vouvoiement du début firent place à partir de 1908 au tutoiement et aux formules amicales telles que cher vieux, old chap, je t’embrasse, je t’aime. Il semble assez probable que si Vandeputte ne s’était pas trouvé aux Etats-Unis en l’été de 1909, c’est lui qui aurait été le témoin de mariage de Thomas.

Arthur Herbert

Les premières traces de collaboration littéraire belge de la part de Thomas nous mènent à Bruges. Début 1906 s’y fonda une maison d’édition opérant sous le vocable Arthur Herbert Ltd[17]. Qui donc s’abritait derrière ce nom et comment se fait-il que cette maison s’installa à Bruges ? Notre recherche s’est dirigée en premier lieu vers l’Imprimerie Sainte-Catherine d’Edouard Verbeke (Bruges 1881 – 1953), un des fils de l’imprimeur Pieter Verbeke – Loys. En effet, tous les livres édités par Arthur Herbert sortirent de ses presses et portaient comme adresse ‘Porte Sainte-Catherine’, la même que celle de l’imprimeur. Edouard Verbeke ‘voué à son métier comme un moine à son ordre’[18], avait poursuivi ses études d’imprimeur en Angleterre et était devenu à tel point anglophile qu’il avait anglicisé son prénom en Edward. En 1905 il s’établit indépendamment de son père et de ses frères, eux aussi imprimeurs, près de la Porte Sainte-Catherine[19] et continua à entretenir des relations avec des imprimeurs anglais. A Bruges même il trouva un confrère en la personne d’Herbert Arthur Doubleday (1867-1941)[20].

D’après la notice biographique écrite par l’héraldiste et historien Michael Maclagan (Trinity College, Oxford), Herbert A. Doubleday et un frère de sa belle-mère fondèrent en 1891 la maison d’édition Archibald Constable & C°, qui entre autres activités, débuta en 1893 avec les travaux préparatoires pour l’édition de la Victoria History of the Counties of England, série monumentale consacrée à l’histoire des comtés anglais, qui se poursuit jusqu’à ce jour. Doubleday contribua de façon significative à la mise en marche de la série. En 1900 il écrivit un Guide, exposant les buts et le programme de l’ambitieuse entreprise. Il s’attela lui-même aux volumes consacrés aux comtés de Hampshire, Bedford, Essex, Norfolk, Warwick et Worcester. Avant cela il avait déjà réalisé une nouvelle édition des œuvres complètes de Shakespeare.

Son associé, Archibald Constable était le petit-fils du grand Archibald Constable (1774-1827) qui au début du dix-neuvième siècle avait réussi à faire de sa maison d’édition à Edinburg un centre intellectuel de réputation mondiale. Archibald junior marcha sur ses traces et bientôt la maison londonienne devint une des grandes publishing houses de la capitale. Avant la Grande Guerre déjà, des centaines de livres y furent édités, dans les genres les plus divers. Arthur Conan Doyle y publia The hound of the Baskervilles et Bram Stoker son bientôt mondialement célèbre Dracula. Roald Amundsen et Frietjof Nansen y publièrent le récit de leurs voyages d’exploration. Outre la réédition des œuvres de Walter Scott et de Shakespeare, Constable publia Hilaire Belloc et H. G. Wells. Sa vie durant, Georges Bernard Shaw demeura fidèle à Constable. En les citant, nous nous bornons à une sélection succincte de l’important fonds de cette maison, qui est à ce jour toujours en activité.

Malgré la nette expansion de l’entreprise, Doubleday quitta l’association en 1903 et vint s’établir à Bruges: ‘for a time he lived in Bruges, where he published books in English and French’, écrit Maclagan. Plusieurs raisons pouvaient pousser un jeune anglais à interrompre sa carrière professionnelle pour se joindre à la colonie de Britanniques retraités qui venaient chercher à Bruges la vie à bon marché et l’air salubre. Des difficultés conjugales ou des soucis financiers étaient parfois la cause. Doubleday connaissait au moins le cas du grand sculpteur Sir Alfred Gilbert, qui après une déconfiture retentissante, s’était réfugié à Bruges et avec qui il noua des liens d’amitié[21]. Par ailleurs, la santé d’un des conjoints ou le désir d’offrir aux enfants une éducation catholique constituaient parfois des motifs pour s’expatrier. Les raisons propres à Doubleday sont peut-être à retrouver dans les lettres de sa main qui reposent dans plusieurs archives britanniques[22].

Les allées et venues de Doubleday s’avèrent plutôt compliquées à suivre. Les registres de la population de Bruges le mentionnent en effet comme établi dans la ville en 1903, avec son épouse Kate Lawrence (née en 1870) et leurs deux filles Audrey (née en 1897) et Daphné (née en 1898). Le ménage s’était installé au 7 Quai du Miroir, une maison dix-septième siècle plutôt modeste, déjà habitée par la famille irlandaise Gray. Le registre mentionne toutefois que Doubleday quitta Bruges, sans sa famille, en 1904 pour n’y revenir que le 4 novembre 1909. La liste des résidents anglais publiée à partir de 1909 dans l’Almanach de Bruges, mentionne l’épouse Doubleday, toujours à l’adresse du Quai du Miroir. En 1910 on la retrouve rue Nord du Sablon 21 et ce n’est que dans les listes de 1912, 1913 et 1914 que l’on trouve mentionnés à cette adresse aussi bien Monsieur que Madame Doubleday.

On peut dès lors supposer que de 1904 à fin 1909 il résida ailleurs. Toutefois, il doit avoir séjourné à Bruges fin 1905, début 1906 pour la mise en route de la maison Arthur Herbert. Il est en outre mentionné en février 1907 dans un acte authentique comme étant domicilié à Bruges et en septembre de la même année il dîna chez Alfred Gilbert. Habitait-il éventuellement un des faubourgs ? Mais dans ce cas pourquoi n’aurait-il pas été repris, tout comme sa femme, sur la liste des résidents anglais ? Continua-t-il d’habiter avec sa femme et ses filles à Bruges, tout en étant domicilié ailleurs ? Se fit-il, pour des raisons commerciales ou autres domicilier en Grande-Bretagne et entreprit-il régulièrement des aller-retour entre l’île et le continent ? Il n’aurait pas été le seul à faire la navette entre l’Angleterre et Bruges. Le ‘Roi de l’orchidée’ Fréderic Sander (1847-1920) le fit pendant des décennies[23].

Il semble de toute façon acquis qu’il fonda à Londres une maison d’édition Arthur Doubleday & C°, dont nous avons pu retrouver cinq publications entre les années 1906 et 1911[24]. Le biographe Maclagan, qui ne mentionne pas cette maison, signale que Doubleday fonda en 1908 à Bruges la St.-Catherine Press avec un nommé Cuthbert Wilkinson[25]. En cela il se trompe, car cette maison avait été fondée dès 1905 par Edward Verbeke. Début février 1907 (et non en 1908) l’affaire personnelle de Verbeke fut transformée en société en nom collectif, sous les appellations Edward Verbeke & C° et St.-Catherine Press, avec comme gérants messieurs Doubleday et Verbeke[26]. Que le nom de Doubleday ne fut pas repris dans la raison sociale de la firme, tend à faire supposer que l’associé brugeois avait la prépondérance et sans doute la majorité des parts.

L’année précédente, la maison d’édition Arthur Herbert avait vu le jour. En fait, tenant compte des délais de composition et d’impression, la décision de sa fondation doit avoir été prise dès 1905, très peu de temps après la parution des premiers numéros de la revue littéraire Antée, puisque le premier ouvrage publié – Pain quotidien, d’Henri Vandeputte – se trouvait déjà mentionné dans la livraison de la Bibliographie de Belgique en date du 15-28 février 1906. Aux dires d’Henri Vandeputte, la maison d’édition était une initiative prise conjointement par H. A. Doubleday et Paul Grosfils, qui devint en plus à partir de juin 1906 l’éditeur d’Antée[27]. La correspondance de la jeune maison portait comme adresse Quai du Miroir 7, le domicile des Doubleday. L’hypothèse que l’Anglais ait donné à la maison d’édition ses deux prénoms en ordre inversé, semble plausible. Ne pas lui donner son nom de famille, tout comme ce nom n’apparut pas dans la raison sociale de la société fondée avec Verbeke, ne semblerait-il pas indiquer que pour l’une ou l’autre raison Doubleday ne désirait pas se mettre en avant, du moins pas en Belgique ?

C’est dans le prolongement de la revue Antée, pour laquelle tout le travail était fourni par Henri Vandeputte, du moins l’affirmait-il lui-même, que la maison d’édition Arthur Herbert vit le jour[28]. L’initiative en fut donc prise, toujours selon Vandeputte, par cet autre membre du groupe, devenu peu après l’éditeur d’Antée, le Verviétois Paul Grosfils (1882-1941), lui aussi ami d’André Gide[29]. Malgré son jeune âge il connaissait parfaitement la littérature française du moment et fit un choix judicieux parmi les œuvres des ‘naturistes’  qui, à l’exception de Montfort et de Spaak, se trouvaient au début de leur carrière littéraire, avaient entre vingt et trente ans, et n’avaient pas encore la notoriété qu’ils devaient atteindre plus tard. Comme il le fit savoir à Gide, Grosfils ne voulait publier que ‘des ouvrages d’un certain caractère’, estimant que la publication du roman de Montfort avait été ‘un faux pas de départ’[30]. Gide ne tarissait pas d’éloges pour ce qu’il publiait et exprima le souhait de lui confier quelques uns de ses écrits, ce qui toutefois ne se réalisa pas[31].

Les livres publiés

Quoi qu’il en soit, le nom Arthur Herbert ne pouvait effaroucher des oreilles françaises et sonnait pour elles certainement mieux que Doubleday. En effet, il ne s’agissait pas d’éditer des livres anglais, mais au contraire des livres en français destinés à un public en France et en Belgique. Certains étaient des traductions de l’Anglais. C’était le cas pour L’âge d’homme d’Oscar Wilde, traduit par Paul Grosfils[32] et pour les deux livres consacrés à Arthur Symons et qui avaient Thomas comme cheville ouvrière.

Les neuf auteurs de qui était publié du travail original en français, étaient Français ou Belges. Leurs noms ne suscitent plus guère d’échos en dehors du cercle des philologues et historiens de la littérature, mais au début du vingtième siècle ils jouissaient d’une notoriété naissante. Ils gravitaient autour des grands, en premier lieu autour d’André Gide (1869-1951) et si l’on en juge d’après les études qui leur sont consacrées, ils sont pour l’heure en voie d’être redécouverts.

Les auteurs de nationalité française publiés par Arthur Herbert étaient au nombre de quatre. Eugène Montfort (1857-1940), fondateur et propriétaire de la revue Les Marges (1903-1926), fonda en 1908, avec André Gide la Nouvelle Revue Française. La discorde s’installa immédiatement, à cause d’un article critiquant Stéphane Mallarmé, subrepticement introduit par Montfort dans la première livraison. Son roman publié à Bruges, La maîtresse américaine, fut d’après Vandeputte, tiré à cinq mille exemplaires. Francis de Miomandre, ps. de François Durand (1880-1959) obtint, l’année après la publication à Bruges de son volumineux Visages (consacré à André Gide, Remy de Gourmont, Baudelaire, Paul Claudel, etc.), le prix Goncourt pour Écrit sur de l’eau et acquit une certaine célébrité en tant qu’auteur de prose élégante et traducteur de littérature espagnole. Le poète et dramaturge Saint-Georges de Bouhélier ps. de Stéphane Georges de Bouhélier-Lepelletier (1876-1947) eut quelque influence sur l’évolution du théâtre moderne avec Le carnaval des enfants (1910) et fonda plusieurs revues telles que L’Académie Française (1893) et Revue naturiste (1897). De lui Arthur Herbert publia un Choix de pages, avec une introduction par le Belge Camille Lemonnier (1844-1913). Enfin, il y avait notre Louis Thomas, qui en plus des deux livres consacrés à Arthur Symons, fit publier une version plus élaborée de son essai consacré à la maladie et la mort de Maupassant.

Arthur Herbert publia d’autre part cinq auteurs belges. André Ruyters (Bruxelles 1876-1950), directeur polyglotte de la Banque d’Indochine faisait partie du cercle des amis de Gide avec qui il échangea plus de six cent lettres[33]. Herbert publia de lui quelques récits dédiées à André Gide sous le titre Le mauvais riche.

Joseph Bossi, ps. de Christian Beck (Verviers 1879-1916)[34], était violemment anticlérical et antibelge. Il entretint lui aussi une correspondance suivie avec Gide qui le portraitura dans Les Faux-monnayeurs sous les traits de Lucien Bercail[35]. Ce qui parut chez Arthur Herbert fut ce qu’il intitulait de ‘farce’, Ce qui a été ou sera, ou Adam abattu et content[36]et des récits sous le titre Les erreurs. Tout comme Christian Beck, Henri Vandeputte (Bruxelles 1877-1952)[37] avait étudié au collège bruxellois des jésuites de la rue des Ursulines. De lui, Arthur Herbert publia des poèmes sous le titre Pain quotidien [38]. En 1905, sur une idée de Beck, Vandeputte avait pris l’initiative, de concert avec Isi Collin et Louis Piérard, de fonder une revue littéraire sous le nom d’Antée et il en informa André Gide.Malgré la brièveté de son existence, cette revue est considérée comme une des plus importantes revues littéraires belges d’avant la Première guerre mondiale, qui en plus se trouva liée à la fondation de la Nouvelle Revue Française. De Louis Piérard (1886-1951), qui devint plus tard député socialiste[39], la maison brugeoise publia un recueil de poèmes, Images boraines. Un autre recueil, Voyages vers mon pays, fut celui du dramaturge et codirecteur du Théâtre de la Monnaie Paul Spaak (1871-1936), oncle de l’homme d’État Paul-Henri Spaak, et contenait entre autre un poème sous le titre Bruges[40].

Les auteurs publiés par Arthur Herbert appartenaient à l’école dite ‘naturiste’ qui réagissait contre les symbolistes, jugés par eux comme par trop cérébraux et hermétiques. Cela n’empêcha pas que deux des ouvrages publiés chez Arthur Herbert furent dédiés à Rémy de Gourmont (1858-1915), à une époque toutefois où il ne passait plus exclusivement pour être le ‘pape’ du symbolisme. Gourmont s’est par ailleurs taillé une modeste place dans la ‘petite histoire’ de Bruges, en sa qualité d’amant de Berthe de Courrière (1852-1916), la dame hystérique qui fut trouvée, très légèrement vêtue et l’esprit en désordre le long du Rempart des Maréchaux, à l’aube du 8 septembre 1890, après avoir passé la nuit dans la maison de l’abbé Louis Van Haecke (1829-1912), recteur de la Basilique du Saint-Sang[41]. Courrière et Gourmont inspirèrent Joris-Karel Huysmans (1848-1907) pour sa présentation de Van Haecke sous les traits du chanoine sataniste Docre, dans son roman Là-bas (1891). Une petite vengeance à l’encontre du prêtre naïf et des Brugeois, qui avaient retenu Berthe pendant plus d’un mois à l’asile d’aliénés Saint-Julien, n’est pas à exclure.

La fin d’Arthur Herbert

En plus de ses activités pour Antée et pour Arthur Herbert, Vandeputte faisait la navette entre Bruxelles et Paris, travaillait dans l’affaire de produits textiles de son père, échoua dans son mariage et s’attira de lourdes dettes de jeu. Il prit la poudre d’escampette, abandonnant sa femme dans les bras de Grosfils et partit début 1907 pour les États-Unis. De retour en France en 1910 il y prit la direction de La Revue des Français. Après la guerre il devint secrétaire général du Casino d’Ostende et amassa une petite fortune qu’il perdit bientôt aux jeux. Dans les années trente il devint libraire pour finir après la Seconde guerre comme bouquiniste. Il en était alors à sa quatrième compagne et appartenait au cercle des amis de James Ensor.

Après le départ de Vandeputte, Grosfils ne parvint plus longtemps à maintenir la barque à flot. Les pères Vandeputte et Grosfils cessèrent sans doute de jouer aux mécènes pour une revue et pour des publications qui demeuraient par définition déficitaires. Le dernier numéro d’Antée parut le 1er juillet 1907. A la fin du même mois les deux dernières publications d’Arthur Herbert virent le jour et la maison disparut sans laisser d’adresse.

Arthur Herbert consacrait beaucoup de soins à ses publications. L’enseigne en lettres d’or sur fond rouge, comportait comme motif central le B couronné, symbole de la ville de Bruges, avec à gauche et à droite les lettres A et H, tandis que le lion brugeois y figurait également. Les éditions soignées, sous couverture brune, respiraient le goût à l’anglaise. Ces couvertures étaient d’ailleurs fabriquées en Angleterre[42]. Les recueils de poèmes étaient publiés sous le titre Collection d’Antée, soulignant ainsi le lien avec la revue.

Arthur Herbert Ltd. fut un phénomène particulier parmi les éditeurs brugeois du début du vingtième siècle. Non seulement s’agissait-il de livres en français, mais la maison se concentrait sur une seule école littéraire, ayant ses adeptes tant en France qu’en Belgique. Les initiateurs appartenaient aux milieux bourgeois et libre penseurs de la capitale belge, et n’avaient, hormis leur éditeur et leur imprimeur, que peu ou pas de liens avec Bruges. Seul Paul Grosfils semble avoir séjourné de temps en temps à Bruges. Comment et pourquoi les jeunes initiateurs se tournèrent vers Doubleday et Verbeke, demeure inexpliqué.

Gide, Gallimard et Bruges

La brève existence de la revue Antée et de la maison d’édition Arthur Herbert Ltd a  laissé des traces dans le monde tant des imprimeurs brugeois que des éditeurs parisiens. Certains des auteurs gravitant autour d’Antée furent impliqués dans la création de la Nouvelle Revue Française deuxième mouture[43], qui fut également imprimée chez Verbeke. Ce fut l’occasion pour Gide de séjourner à Bruges, e.a. à l’Hôtel de Flandre dans la rue Nord du Sablon, afin d’y effectuer des corrections d’épreuves.

L’accueil qu’il y reçut fut tellement à son goût qu’il confia l’impression de plusieurs de ses ouvrages aux Presses Sainte-Catherine, tout d’abord en 1911 C. R. D. N., la première version de Corydon, imprimé à seulement 12 exemplaires ! Suivirent : Isabelle (1911), Le retour de l’enfant prodigue (1912), la traduction de L’Offrande lyrique de Rabindranath Tagore (1913 et 1914), Les Caves du Vatican (1914), Souvenirs de la Cour d’Assises (1914), La Symphonie Pastorale (1919), Si le grain ne meurt, tome I (1920) et tome II (1921). Ces trois derniers à seulement 12 exemplaires et sans nom d’éditeur, alors que les autres mentionnaient les Editions de la Nouvelle Revue Française. Suivirent encore, en impressions d’environ 500 exemplaires : Corydon (1924), Incidences (1924) et Si le grain ne meurt (1924). Le tout fut couronné par les Oeuvres complètes en quinze volumes, à partir de 1933, signés Editions Gallimard.

D’autre part, Gide présenta Edward Verbeke à Gaston Gallimard, ce qui eut pour résultat qu’en 1913 fut fondée la S.A. Imprimerie Sainte-Catherine, avec Gallimard comme actionnaire majoritaire et André Gide, Jean Schlumberger et d’autres collaborateurs de la NRF comme ‘petits porteurs’, aux côtés de Verbeke.

L’imprimerie acquit une réputation mondiale, tant pour la publication de travaux scientifiques en de nombreuses langues ‘exotiques’ que pour l’impression sur papier bible. Bon nombre des ouvrages publiés par Gallimard furent imprimés à Bruges, y compris de nombreux volumes de la prestigieuse Collection de la Pléiade. La présence Gallimard à Bruges prit fin en 1988, à la suite des disputes entre successeurs, qui secouèrent la maison parisienne. Les Presses Sainte-Catherine, laïcisées en Catherine Press, furent reprises par une famille d’imprimeurs et éditeurs brugeois, qui poursuivirent encore pendant quelques années les activités spécialisées ayant faites la réputation de la maison[44].

Ainsi, avec au départ un Anglais, un Verviétois et un Brugeois, une imprimerie et maison d’édition en terre flamande a contribué de plus d’une façon à la diffusion de bon nombre d’écrivains français, certains parmi les plus grands du vingtième siècle : l’Europe des lettres ‘avant la lettre’[45].

Antée

Revenons encore à Antée, revue qui pendant les années 1905-1907 réunissait des jeunes Belges aux ambitions littéraires. Ils y publiaient en premier lieu leurs propres textes, mais également ceux de nombreux écrivains, parmi les plus grands de l’époque. Pendant la courte période de son existence, la revue publia des inédits de Maurice Maeterlinck, Emile Verhaeren, Lucien Jean, Arthur Toiseul, Colette Willy, Francis Jammes, Anna de Noailles, Henri de Régnier, Charles Van Lerberghe, Francis Carco, Aubrey Beardsley, Stuart Merrill, etc. Pouvoir y publier signifiait donc qu’on s’y retrouvait en excellente compagnie. La collaboration de Thomas à cette revue au credo essentiellement ‘naturiste’ ou ‘naturaliste’, en opposition au courant symboliste, qui avait été fondée par Vandeputte et ses amis, lui permit de rencontrer dans les cercles littéraires de la capitale belge de jeunes écrivains tels que Christian Beck, écrivant sous les pseudonymes Joseph Bossi et Fabrice, qui à cette époque n’était pas encore le père de la future romancière Beatrix Beck (née en 1914) et auquel Thomas consacra un article chaleureux dans son livre Vingt portraits.

Il est certain que Thomas rencontra également Paul Grosfils, qui s’occupait avec Beck et Vandeputte de la publication d’Antée et qui était à l’origine des éditions Arthur Herbert à Bruges, ainsi que d’autres littérateurs du même groupe, tels Isi Collin (1878-1931), Leopold Rosy (1877-1968) et André Ruyters. Ce dernier fut sur le point de prendre la relève de Vandeputte et de Grosfils pour la revue Antée, sans y réussir. Elle cessa bientôt de paraître.

Antée faisait appel pour chaque livraison à un littérateur parisien afin qu’il fournisse une contribution sous le titre Dieu à Paris. Thomas le fit avec un long article publié au mois d’août 1906[46]. Vandeputte n’en fut pas très satisfait, peut-être le trouva-t-il trop long. Lorsqu’il sollicita une même collaboration d’Henri Ghéon il lui écrivit : C’est comme Lucien Jean[47] que nous entendons cette rubrique, non comme Louis Thomas. Ce n’était pas l’avis de tout le monde, car lorsque Vandeputte fit la même demande à Paul Léautaud celui-ci lui répondit : Le titre de votre rubrique m’embarrasse, et je n’ai pas tout à fait tort, puisque de tous ceux qui l’ont tenue jusqu’ici il n’y a encore que Thomas qui s’en soit bien tiré[48]. Dans son Journal, Léautaud disait même qu’il n’y avait que Thomas qui  s’y soit montré brillant[49].

A partir de 1905 Thomas collabora à de nombreuses publications belges : Revue de Belgique (dans le giron maçonnique), Le Thyrse (revue fondée en 1899, qui se maintint jusqu’à la mort de son principal animateur, Leopold Rosy), L’Art Moderne, En Art, La Société Nouvelle (revue socialiste, surtout littéraire, dirigée par Piérard), Le Progrès, Le Florilège, Marsyas, La Vie intellectuelle, La Belgique française, La Province, Le Tout Liège, La Musique internationale, Le Journal de Liège, Les Visages de la Vie, Le Cynique.

Le mariage

Les relations de Louis Thomas avec les jeunes littérateurs belges de l’époque se trouvent  confirmées par le fait que Louis Piérard fut son témoin de mariage[50]. Le tout jeune Piérard né à Frameries le 7 février 1886 (mort à Paris en 1951), s’intitulait lui aussi homme de lettres, n’ayant en tout et pour tout encore qu’un seul recueil de poèmes à son actif, paru auprès des Éditions Arthur Herbert à Bruges. Jeune père de famille (sa fille, devenue plus tard l’épouse du ministre socialiste belge Marc-Antoine Pierson et qui devait suivre son père sur la voie de la littérature, sous le nom de Marianne Pierson-Piérard, était née en 1907), il était à cette époque encore lié à sa commune natale de Frameries, où résidait également la mère de Raymonde Delaunois, la mère de la future épouse de Thomas. C’est à Mons qu’il éditait une revue, La société nouvelle complétée d’une maison d’édition du même nom[51] chez qui Thomas fit paraître ses Tablettes d’un cynique. Toutes ces activités n’empêchaient pas Piérard de séjourner fréquemment à Paris ou dans le Midi de la France, où il rencontrait Louis Thomas et Lionel de Rieux, parmi d’autres, comme il en témoigne dans sa correspondance avec Vandeputte. Il allait mener ensuite de front ses activités littéraires, sa profession de journaliste et sa carrière politique, au cours de laquelle il fut bourgmestre de la minuscule commune de Bougnies et, de 1919 jusqu’à sa mort, député socialiste de Mons.

Le second témoin au mariage de Thomas, Irénée Van der Ghinst (1884-1949) représentait le cercle de joyeux drilles dont les jeunes époux faisaient partie. Il avait quelques jours plus tôt décroché à l’Université Libre de Bruxelles son diplôme de docteur en médecine et s’était engagé dans les services de santé de l’armée. Ce jeune homme né à Bruges, où son père Irénée (1845-1921) était médecin généraliste et Vénérable Maître de la loge La Flandre, devait plus tard ouvrir un cabinet dentaire à Watermael lez Bruxelles et professer à l’Université Libre de Bruxelles. A sa mort on se rappelait que Van der Ghinst avait dans sa jeunesse pris une part active aux aspirations de la jeunesse intellectuelle d’avant 1914 lorsque, passionné d’indépendance, il fréquentait des groupements à tendances libertaires. Sans adhérer au parti socialiste, Van der Ghinst en devint un des conseillers et fut grand ami du leader du Parti ouvrier belge, Emile Vandervelde et du littérateur flamand August Vermeylen.

Comme il était de mise dans leurs milieux, tant Piérard que Van der Ghinst furent membres actifs du Grand Orient de Belgique. Thomas fut-il lui aussi initié ? Nous n’en avons aucune preuve, seulement la certitude qu’il avait pas mal d’amis qui se situaient dans la mouvance maçonnique, puisque - outre ses deux témoins -, Isi Collin, Léopold Rosy, Christian Beck et Henri Vandeputte[52] étaient ou devinrent membres soit des Amis Philanthropes, soit d’autres loges belges. Thomas n’a jamais fait allusion à une quelconque appartenance à la loge et de toute façon, après 1940, il tomberait tête baissée dans le panneau des attaques contre la judéo-maçonnerie.

Raymonde Delaunois

L’épisode bruxellois dans la vie de Thomas eut sans nul doute comme conséquence principale qu’il apprit à connaître une jeune fille qu’il demanda en mariage. Nous ne connaissons pas la date exacte de leurs premières relations, qui doivent se situer entre 1905 et 1909.

Le 14 août 1909, déclinant fièrement la profession d’homme de lettres, Thomas épousa à Ixelles-lez-Bruxelles Raymonde Delaunois, de quelques mois sa cadette et cantatrice de son état. Elle était née le 12 octobre 1885, de la jeune belge Marie Sidonie Delaunois († 1954), qui avait mis au monde à Paris (Xe) son enfant né hors mariage. Il se chuchotait que le père était un médecin marié. Une autre source disait qu’il s’agissait d’un comte chez qui Marie Sidonie avait été servante. Après la naissance, elle s’en était allée habiter Frameries, près de Mons (Hainaut), où Raymonde reçut la première partie de son éducation. Elle y connut sans nul doute Louis Piérard, de quatre mois son cadet et sans doute même furent-ils condisciples.

Alors qu’elle chantait lors d’une distribution de prix à son école, ses professeurs lui donnèrent le conseil de suivre des cours. De 1900 à 1902 elle apprit le chant et le piano au Conservatoire de Mons auprès du professeur Achille Tondeur (1856-1915). Celui-ci envoyait les meilleurs éléments de sa classe au Conservatoire de Bruxelles, où ils pouvaient se perfectionner sous la direction de Désiré Demest (1864-1931). Ce fut le cas de Raymonde, qui trouva logis auprès du frère de sa mère, établi dans la capitale. Tout en quittant Frameries, elle y reviendrait souvent. Ayant atteint une certaine notoriété, elle y donna chaque année un concert.

Aux antipodes de ses deux premiers livres autobiographiques, avec ses propos salaces de jeune dévergondé, Thomas offrit à sa nouvelle épouse en cadeau de noce le volumineux recueil de vers, qui n’avait pas eu l’heur de plaire aux dirigeants du Mercure de France, Les douze livres pour Lily, qui chantait son amour éperdu avec des mots presque chastes. Afin de pouvoir subvenir aux besoins du ménage, il donnait des leçons particulières de philosophie et de mathématiques, tandis que chaque fois qu’il parvenait à vendre quelques-uns de ses articles, au prix de deux sous la ligne, le couple s’imaginait nager dans l’opulence et faisait la fête avec les amis.

Ils s’installèrent d’abord, pour environ un an, au 18 boulevard Emile Augier (16e arrondissement). C’est là qu’ils passèrent le fameux hiver de 1910 au cours duquel les crues de la Seine provoquèrent la pire des inondations. Thomas ne  semble pas en avoir souffert outre mesure écrivant à Vandepute : Je vis dans une ville où tout est coupé par l'inondation. Gai! Je m'en fous![53] A partir du mois de juillet 1910 ils emménagèrent au sixième étage d’un immeuble moderne, 5 avenue de Messine, qu’ils décorèrent à leur goût. Afin de faire illusion de richesse, ils couvrirent les murs de l’appartement d’un papier d’apprêt d’un jaune rutilant, se donnant l’illusion, sous le ciel pâle de Paris, d’un été éternel, lumineux, chaleureux, enthousiasmant, fructueux…[54].

Les amis s’amenèrent pour y passer d’agréables moments. Lorsque l’un d’entre eux, le comte Lionel des Rieux, fut provoqué en duel par un anarchiste qu’il avait insulté, Raymonde Delaunois lui inculqua en catastrophe les rudiments de l’escrime, ce qui lui permit de gagner le combat.  Au sujet de ces réunions d’amis, Raymonde a raconté dans Le Divan une anecdote. Par un bel après-midi d’été, les fenêtres étant ouvertes, un des copains s’amusa à lancer par la fenêtre quelques livres sans intérêt en criant à chaque fois bien fort ‘Encore un livre de Jules Bois’. Or, Jules Bois (1867-1943)[55], adepte de l’occultisme et auteur de livres ésotériques, ami de Joris K. Huysmans, d’Éric Satie et de Joséphin Péladan, habitait l’appartement en dessous et gardait lui aussi les fenêtres ouvertes. Après quoi, les rencontres dans la cage d’escalier furent glaciales. Que Bois était l'amant de la grande chanteuse d'opéra Emma Calvé (1858-1942), rivale de Raymonde Delaunois dans l’interprétation de Mignon et de Carmen, ajoutait sans doute au malin plaisir que celle-ci prit vingt ans plus tard, à remémorer cette gaminerie.

En 1904 ou 1905 et donc bien avant qu’il ne convolât avec Raymonde Delaunois, Thomas avait procréé à nouveau, une fille cette fois, dont il n’épousa pas la mère. Il garda semble-t-il le contact, car encore en 1952 cette fille s’adressait à son sujet au Parquet de Paris, signant à cette époque comme Veuve de Greef[56]. Peut-être vivait-il en ce début du siècle comme il l’a décrit pour d’autres : Rien, ici-bas, ne vaut le plaisir d’avoir vingt ans, quatre sous dans la poche, une maîtresse sotte et fraîche et de ne jamais penser à quelque chose de sérieux ni de triste[57].

L’union Thomas – Delaunois demeura stérile, après une fausse couche, suite à une grossesse extra-utérine. Il n’y avait sans doute que peu de place pour des enfants auprès d’un couple dont chaque partenaire poursuivait une carrière absorbante et dont au moins le mari menait une vie extraconjugale compliquée. Disons quelques mots de son itinéraire à elle, qui ne fut pas sans influence sur celui de Louis Thomas.

Promotion de Debussy et d’autres compositeurs inconnus

Au début de sa carrière, Raymonde Delaunois interpréta surtout des compositeurs contemporains, avec une prédilection pour Claude Debussy. Thomas était déjà introduit dans les milieux musicaux. Sans doute quelques petits articles musicaux dans Psyché, signés Maxel étaient-ils de sa main. Dès 1907 il tenait une rubrique Poésie et musique dans le Mercure musical. A ce périodique collaboraient de grands noms tels que Romain Rolland, Ernest Ansermet, Wanda Landowska, Emmanuel Chabrier, Richard Strauss, Vincent d’Indy et des amis de Thomas, tels Alexandre Arnoux, le Belge René Lyr et l’Anglais Arthur Symons. Le plus actif dans cette revue était Louis Laloy, secrétaire général de l’Opéra de Paris et grand publiciste en matière de musique française contemporaine qui l’absorbait, à côté de son intérêt pour tout ce qui était chinois, de la poésie jusqu’à l’opium.

A peine installé à Paris, le jeune couple Thomas se retrouva dans le premier cénacle parisien qui, chez Laloy, promouvait la musique de Debussy. En entrant chez les Laloy, on était projeté en Extrême-Orient. Les meubles, les tapis, les cigarettes douces, le thé de Chine et peut-être une vague odeur d’opium créaient une atmosphère mystérieuse et envoûtante[58]. Ainsi se le rappelait le pianiste Ennemond Trillat, qui fit la connaissance de Louis Thomas et de Raymonde chez Laloy. Thomas, sans insister qu’il s’agissait de son épouse, la vantait auprès de Trillat comme une chanteuse à laquelle il prédisait un avenir « debussyste » et l’invita à l’accompagner[59]. Il s’en suivit des activités que l’on ne peut décrire que comme étant une véritable campagne de publicité en faveur du compositeur. Laloy venait de terminer la première biographie consacrée à Debussy et Thomas se proposa de la publier, ce qui se fit l’année même dans la collection des bibliophiles fantaisistes. D’autre part, par le truchement de la Société des dilettantes, qu’il venait de fonder, Thomas organisa un concert, le 2 Décembre 1909 en la Salle Mors, Rue des Marronniers dans le seizième arrondissement. Le concert, entièrement consacré – c’était une première mondiale - à des œuvres de Claude Debussy, fut précédé d’une allocution par Louis Laloy. Les deux interprètes étaient le pianiste Ennemond Trillat et la jeune épouse de Thomas, Raymonde Delaunois. Trillat interpréta Children’s Corner et Raymonde Delaunois chanta La Grotte, le Colloque sentimental et les Chansons de Bilitis[60]. Il s’agissait d’un concert gratuit, sur invitation, dans l’espoir que les mélomanes avertis qui s’y rendraient, organiseraient à leur tour des soirées.

Ce fut le cas et dans les mois qui suivirent, le duo Trillat – Delaunois se produisit dans de nombreux salons, e. a. chez le peintre Jacques Emile Blanche (1861-1942), chez le comte de Grammont[61], chez la baronne Stern, chez une Miss Brooks. Il y a lieu de noter que parmi les mélomanes amis de Debussy se trouvaient Pierre Louÿs, André Gide, Marcel Proust, Henri de Régnier, qui se laissaient avec plaisir inviter aux concerts donnés en l’honneur de leur ami. Ennemond Trillat se rappelait le concert chez la baronne Stern, au Faubourg Saint-Honoré : Des valets en culotte courte et en bas blancs nous faisaient pénétrer dans un atrium rutilant de lumière, les portes s’ouvraient sur le sanctuaire où régnait la baronne : on la découvrait reposant sur un fauteuil qui ressemblait à un trône hiératique. Telle l’impératrice Théodora échappée des mosaïques de Ravenne... C’est dans ce lieu que l’on découvrait la « Musique moderne », les voix étaient feutrées, tout éclat aurait été une faute de goût[62]. Les deux artistes se produisirent également avec leur programme Debussy au « Five o’clock » organisé par Le Figaro, où on retrouvait le Tout-Paris.  Le « debussysme » était lancé.

Raymonde Delaunois n’en resta pas là et se fit entendre en dehors de Paris, tant en France qu’à l’étranger. Évidemment elle se rendit à Bruxelles, où elle fut la première à interpréter les Chansons de Bilitis. Thomas faisait fonction d’impresario et l’accompagnait. Avant le concert il donnait une introduction. Bientôt le couple partit vers les grandes villes de l’Europe continentale. Thomas en profitait pour se renseigner et écrire des articles pour les journaux parisiens. Raymonde elle, ramena de ses passages à Prague, Vienne et Munich des œuvres de compositeurs de l’Europe de l’Est, tels que Zdenek Fibich (1850-1900), Vitezslav Novak (1870-1949) et Vaclav Suk (1861-1933), qu’elle s’employa à faire connaître en France et en Belgique. Le fait que son mari fonda,  encore du vivant du compositeur, une société parisienne en l’honneur de Gustav Mahler (1860-1911), peut faire supposer que les Lieder de ce compositeur figuraient également à son répertoire.

En 1913 elle se produisit au Théâtre national de Prague et à l’Opéra de Budapest, dans les rôles principaux de Mignon et de Carmen. Les critiques furent extrêmement élogieuses, tant en ce qui concerne la qualité de sa voix que de ses aptitudes de comédienne et de son renouvellement des personnages. Elle-même ou son impresario (Thomas ?) fit imprimer un dépliant avec le texte des nombreuses critiques flatteuses parues dans les journaux tchèques, hongrois et allemands.

A l’Opéra de New York

L’année d’entrée en guerre fut difficile pour les arts lyriques mais 1915 signifia un tournant important dans la carrière de Raymonde Delaunois. Tandis que son mari était parti à l’armée, elle fut engagée par le Metropolitan Opera de New York et elle parvint à quitter l’Europe. Le 1er novembre 1915 elle débarqua à New York du Rochambeau[63] sur lequel elle avait embarqué à Bordeaux[64]. Au Met, elle retrouvait une ambiance très européenne, puisque le directeur en était Giulio Gatti-Gasazzo (1869-1940), ancien directeur de la Scala et le chef d’orchestre attitré Arturo Toscanini (1867-1957), tandis que Enrico Caruso (1873-1921) et Fédor Chaliapine (1873-1938) y tenaient les grands rôles masculins.

Raymonde avait-elle déjà traversé l’Atlantique avant la guerre ? Sa nièce, Francine Delaunois, garde le souvenir de ce que l’on racontait dans la famille que Raymonde avait failli s’embarquer sur le Titanic (1912) et que lors d’une traversée peu de temps après, Caruso se trouvait également à bord. Il est certain que début 1915 elle se trouvait dans le Nord de la France, où elle apprit la mort d’un ami d’avant-guerre, le poète Jean-Marc Bernard. Son arrivée avec le Rochambeau, le 1er novembre 1915, est le premier rapporté dans les archives de l’immigration d’Ellis Island. Elle s’en retourna en France dans le courant de 1916, pour reprendre, sur le Rochambeau la route des Etats-Unis à l’automne de cette même année et y arriver le 25 octobre[65]. A nouveau, une fois la saison terminée elle s'en retourna en France et en novembre 1917 elle embarqua à Bordeaux sur l'Espagne[66], pour débarquer à New York le 31 octobre[67]. Si l'on se fiait aux archives new-yorkaises de l’immigration, elle n’aurait plus ensuite fait de va-et-vient jusqu’à son retour définitif en France de 1926. Il n’en est toutefois rien, ces archives étant lacunaires. Ses apparitions au Met et ailleurs prouvent sa présence annuelle aux Etats-Unis. Il faut supposer que chaque année, tout comme son mari, elle venait passer ses étés en France. Elle était en tout cas à Paris le 2 juillet 1923.  

La mezzo soprano Delaunois débuta dans les petits rôles : Siegrune dans Les Walkyries, une Geisha dans l’Iris de Mascagni, une Vendeuse de fleurs dans Parsifal, Puck dans Oberon de Weber, Myrtale et également Crobyle dans Thaïs de Massenet (sous la direction de Pierre Monteux). Puis vinrent les rôles plus importants : Musetta dans La Bohème, Lola dans Cavalleria Rusticana, Cherubina dans les Noces de Figaro, Siebel dans Faust, Stephanie dans Roméo et Juliette de Gounod (dans lequel Beniamino Gigli jouait le rôle principal), Mallika dans Lakmé de Léo Delibes,  Preziosilla dans La Forza del Destino de Verdi  (Caruso en était la vedette) et Féodor dans le Boris Godounov de Moussorgski (dans lequel Chaliapine brillait). Elle joua des rôles dans plusieurs créations du Met, comme p. ex. : Don Ella dans Francesca da Rimini de Ricardo Zandonai (1916), Tyltyl dans l’Oiseau Bleu de Albert Wolff, basé sur la pièce de Maurice Maeterlinck (1919), Annette dans Die Polnische Jude de Karl Weiss (1921), Juliette dans Die Tote Stadt de Erich Korngold, basé sur le Bruges la morte de Georges Rodenbach (1922), Lehl dans Snegovrotchka de Rimsky Korsakov (1922) et Kaled dans Le Roi de Lahore de Jules Massenet (1924). La première mondiale de la pièce de Maeterlinck, jouée le 27 décembre 1919, fut sans nul doute un moment de gloire pour Raymonde. Non seulement interprétait-elle le rôle principal, le Prix Nobel était lui-même présent et l’orchestre était dirigé par le compositeur. Dans la salle se trouvaient tous les Belges et Français qui comptaient à New York et aux Etats-Unis, et qui avaient payé une forte somme pour assister à cette soirée, organisée au profit des bonnes œuvres de la reine des Belges et du président de la République française.

On remarquera que les prestations de Raymonde Delaunois n’incluaient que peu de pièces du grand répertoire, mais des œuvres en majorité nouvelles, qui pouvaient être caractérisées comme difficiles. Sans doute étaient-ce les pièces qu’elle préférait, écrivant plus tard qu’en poursuivant sa carrière au Met, elle était entrée dans le commerce de l’épicerie, c. à. d. que je chante au théâtre, tantôt de la musique et tantôt des choses qui n’en seront jamais. Travailler au Met signifiait également participer chaque année aux tournées qui étaient organisées dans les grandes villes des Etats-Unis.

Raymonde Delaunois n’atteignit pas la stature de ‘grande diva’ et se maintint dans le groupe honorable des actrices appréciées, sans accéder au tout premier rang. La grande star du Met à l’époque était Géraldine Farrar (1882-1967). Toutefois, auréolée par ses succès américains, Delaunois fut invitée en 1921 à l’Opéra Comique de Paris où elle reprit les rôles dans lesquels elle avait naguère brillé : Carmen et Mignon. Déjà en 1919 elle avait interprété le rôle de Clairette, dans La Fille de Madame Angot, au Théâtre de la Gaieté lyrique. Elle profitait de ses vacances annuelles en Europe pour se produire de ci de là, comme au mois d’août 1922 au Casino d’Ostende. Elle y fut l’hôte, avec Thomas, de leur ami Henri Vandeputte, devenu directeur du Casino, qui la décrivait comme suit dans une lettre à Victor Llona, lui aussi grand amateur d’opéra : Elle a une voix admirable et un jeu froid. Toujours oiseau, avec peu de cœur et peu de cervelle, mais charmante[68]. A l’occasion de ce séjour à Ostende, qui ne fut sans doute pas le seul, on peut s’imaginer que le couple fit la connaissance de James Ensor, ami de Vandeputte. Thomas le décrivait comme le plus grand peintre belge du début du XXe siècle, coloriste rutilant, évocateur visionnaire, satirique à la flamande. Et lorsqu’il ajoutait c’est le plus original, le plus ironique des hommes et en même temps le plus doux à fréquenter[69], on ne se trompera pas en estimant qu’il y avait eu en effet fréquentation entre eux.

Chaque année, c’était devenu une routine, Raymonde retournait à New York pour la saison au Metropolitan et pour la tournée des grandes villes. Il y avait aussi des soirées particulières. C’est ainsi que le New York Times du 11 février 1924 rendait compte d’une soirée de concert, au cours de laquelle l’orchestre de l’Opéra accompagna les chanteurs-vedette Ponselle, Gordon, Wells et Mellish, Kingson et Picco. L’orchestre exécuta aussi le Shéhérazade de Maurice Ravel, avec en soliste Raymonde Delaunois. Au cours de la même soirée le celliste Jean Gerardy interpréta des œuvres de Saint-Saëns, Bach, Schuman et Davidoff.

Fin 1926, son contrat terminé après douze saisons au Met, où elle avait joué 32 rôles au cours de 315 représentations, Raymonde Delaunois revint définitivement en France, et y poursuivit sa carrière en se produisant sur plusieurs scènes. Elle chanta une dernière fois publiquement en 1943. Quand vint l’âge de la retraite, elle continua à donner des cours de chant et de piano.

Afin de donner un aperçu général de la carrière de Raymonde Delaunois, nous avons parcouru les années à grands pas. Dans le prochain chapitre nous reprenons le fil du parcours de Louis Thomas à partir d’environ 1908.

Andries Van den Abeele


 
[1] F. STOCKMANS, Elysée Reclus, in : Biographie nationale, T. XXXIV, 1967-1968, 671-690. Le grand géographe Reclus fut partisan de la Commune et du mouvement anarchiste dont il fut un des premiers théoriciens.
[2] J. MAITRON, Ravachol et les anarchistes, Paris, Gallimard, 1992.
[3] Ethnologue, directeur de la Bibliothèque Nationale sous la Commune, promoteur de l’union libre (Le mariage tel qu’il fut et tel qu’il est, 1907).
[4] Médecin qui vulgarisa la cocaïne comme anesthésique local et publia un Traité de chirurgie (1875) et un Traité de thérapeutique chirurgicale (1883).
[5] R. WARLOMONT, Edmond PICARD, dans : Biographie nationale, T. XXXIV, 1967-1968, 644-658. Sénateur socialiste, promoteur de littérature sociale et d’art progressiste, avocat et auteur dramatique. A la fin du 20ième S. ses déclarations antisémites furent exhumées et firent scandale.
[6] Sénateur socialiste, juriste de droit international, co-fondateur du Mundaneum (Institut international de bibliographie), pacifiste et Prix Nobel de la Paix (1913)
[7] R.-O.-J. VAN NUFFEL, Georges Eekhoud, dans : Biographie nationale, T. XXXV, 1969-1970, 207-222. Ecrivain décrivant les opprimés de sa Campine natale et les aléas de sa condition d’homosexuel. Un procès retentissant le condamna, avec Camille Lemonnier, pour écrits attentant aux mœurs en raison de son roman homosexuel Escal Vidor, publié par Mercure de France (1899).

[8] G. DOUTREPONT, Emile Verhaeren, dans : BN, T. XXVI, 1936-1938, 623-633; R. MORTIER, Emile Verhaeren, dans: BN, T. XXXII, 1963-1964, 706-716. L’idéalisme socialisant, le sentiment cosmique, l’humanisme fraternel, rapprochaient le poète des autres initiateurs de l’Université Nouvelle.

[9] Emile Vandervelde, dans : Nouvelle biographie nationale, T. I, 344. D’origine bourgeoise, Vandervelde devint député socialiste (1894), ministre d’état et ministre dans le cabinet de guerre (1914-1918), plusieurs fois ministre entre 1919 et 1937. Président du Parti Ouvrier Belge et en 1900 de la Deuxième Internationale.
[10] J.-L. DE PAEPE, Paul Janson, dans : BN, T. XL, 1977-1978, 476-531. Député, puis sénateur libéral (progressiste), membre de la Première Internationale, juriste, pourfendeur de la mainmorte cléricale. Au sein du Grand Orient de Belgique il faisait souvent partie de la minorité contestataire.
[11] Jules Destrée, dans : Nouvelle Biographie nationale, T. V, 117. Député socialiste et ministre des Sciences et des Arts (1919-1921), écrivain, critique d’art, promoteur du Mouvement Wallon.
[12] Neurologue et psychiatre français, médecin ayant traité Marcel Proust pour ses problèmes psychiques après la mort de sa mère, spécialiste des traitements de l’hystérie et des intoxications chimiques. (G. DUMAS, Décès de Paul Sollier, dans : Annales médico-psychologiques, 1933, n° 2.)
[13] L. VIRé, Guillaume De Greef, dans : BN, T. XXXVII, 1971-1972, 358-373. Sociologue de l’école de Comte et Proudhon. Membre de la Première Internationale.
[14] Elève de Max Weber, économiste et sociologue allemand,  théoricien de la démocratie moderne et du socialisme. Il établit la ‘loi d’airain de l’oligarchie’, comme résultat de ses recherches sur les élites intellectuelles en politique. Il évolua du socialisme au fascisme et s’établit en Italie. (W. RÖHRICH, Robert Michels, vom sozialistisch-syndikalistischen zum faschistischen Credo, Berlin, 1971)
[15] Homme politique italien, spécialiste du droit pénal, introducteur de la sociologie dans l’étude de la criminalité, professeur à Rome. Après avoir été longtemps socialiste, il devint lui aussi fervent fasciste. Th. SELLIN, Enrico Ferri, 1856-1929, dans: Hermann Mannheim (Ed.), Pioneers in Criminology, Londres 1960.

[16] Liber memorialis de l’Institut des Hautes Études de Belgique, 1976, pp. 50 et 56.

[17] Le ‘Limited’ servait sans doute de façade, car il n’y a pas trace de la déposition d’un acte de constitution auprès du greffe du Tribunal de Commerce à Bruges, ni de parution au Moniteur Belge.
[18] J. SCHLUMBERGER, Œuvres, Tome VI, Gallimard, Paris, 1960, p. 369.
[19] A. VAN DEN ABEELE, Inventaris van drukkers, uitgevers en boekhandelaars in Brugge, 1800-1914, [Inventaire des imprimeurs, éditeurs et libraires à Bruges, 1800-1914], dans: Brugs Ommeland, 2001, pp. 5 tot 31, numéros 092bis et 162.
[20] M. MACLAGAN, Herbert Arthur Doubleday, dans: The Dictionary of national biography 1941-1950, Oxford University Press, 1959, p. 217-18.
[21] R. DORMENT, Alfred Gilbert, New Haven and London, 1985, p. 263.
[22] E.a. avec le 9ième duc d’Argyll (1845-1914) à la Cambridge University Library, avec l’historien et avocat William Pailey Baildon (1859-1924) dans les West Yorkshire Archives, Bradford, avec l’éditeur du “The Ancestor”, Oswald Barron (1868-1939) dans le West Sussex Record Office et avec l’historien Edward Owen (1853-1943) à la National Library of Wales.
[23] A. SWINSON, Frederick Sander: the orchid king, London, 1970.
[24] E.a. en 1906 et 1907 deux volumes du “Great Roll of the Pipe” (pour les années 1177-78 et 1178-79) publiés par la Pipe Roll Society, fondée en 1888. Les Pipe Rolls (documents fiscaux) sont parmi les plus anciens documents concernant l’Angleterre.
[25] Cuthbert Wilkinson publia en 1914 auprès de la Saint Catherine Press à Londres un recueil de poèmes Songs of the plains. Auprès du même éditeur et chez d’autres il publia des guides touristiques pour Epsom (1910), Chichester (1937) et la Région des Lacs (1939).
[26] Greffe du Tribunal de Commerce à Bruges, 13 mars 1907; Annexes du Moniteur Belge du 20 mars 1907, p. 1073, n° 1363.
[27] Henri Vandeputte et les lettres (texte autobiographique), dans: La Flandre littéraire, revue mensuelle, 1926, n° 5, p. 3-23. Vandeputte se trompe lorsqu’il écrit: Paul Grosfils monta avec un anglais Doubleday la Saint-Catherine Press à Bruges: c’est tout au plus la maison d’édition Arthur Herbert qui entre en ligne de compte pour une fondation commune.
[28] Henri Vandeputte et les lettres, o.c..
[29] Victor MARTIN-SCHMETS, Sur les traces de Paul Grosfils, dans: Bulletin des Amis d’André Gide, 1993, p. 43-55.
[30] A. GIDE, Correspondance, Paris, Gallimard, 1976, p. 672.
[31] Jean WARMOES, Présence d’André Gide, Bruxelles, 1970, p. 59.
[32] Une autre édition porte l’imprint J. B. Leclercq, Lembeck.
[33] P. MASSA, André Ruyters, faux nietzschéen, vrai moderne, dans: Bérénice, Revista quadrimestrale di studi comparative e richerche sulle avanguardie, Le péfuturisme belge, Pescaro, 1993, pp. 205-214; Claude MARTIN et Victor MARTIN-SCHMETS (éditeurs), Correspondance André Gide – André Ruyters, Lyon, 1990.
[34] M. DECAUDIN, Christian Beck, papillon de l’avant siècle, dans Bérénice, pp. 181-188; Marie-José HOYET, Entre romantisme et modernité: Christian Beck, l’éternel errant, dans: idem, pp. 195-204; P. DELSEMME, Ecrivains belges franc-maçons de jadis et de naguère, dans: Hervé HASQUIN (ed.), Visages de la franc-maçonnerie belge du XVIIIe au XXe siècle, Bruxelles, 1983, pp. 297-354.
[35] André GIDE, Lettres à Christian Beck, Bruxelles, 1946; Pierre MASSON, Christian Beck, dans: Bulletin des Amis d’André Gide, 1993, p. 57-64; Pierre MASSON, Gide et Beck, Correspondance, Genève, 1994.
[36] Déjà publié en 1898 chez Balat, Bruxelles.
[37] L. SOMVILLE, Henri Vandeputte, le naturisme dans le texte, dans: Bérénice, pp. 215-222; V. MARTIN-SCHMETS, Henri Vandeputte, Dossiers L, Arlon, 1992.
[38] Imprimé sur 320 exemplaires.
[39] Paul VAN MOLLE, Le Parlement Belge, 1894-1972, Anvers, 1972, p. 271.
[40] Publié dans: Fernand BONNEURE, Brugge beschreven, Bruxelles, 1984, p. 119.
[41] Herman BOSSIER, Un personnage de roman : le chanoine Docre de ‘Là-bas’ de J. K. Huysmans, Bruxelles, 1943; Herman BOSSIER, Geschiedenis van een romanfiguur. De ‘chanoine Docre’ uit Là-bas van J. K. Huysmans, Hasselt, 1965.
[42] V. MARTIN-SCHMETS, Sur les Traces…, o.c., p. 53.
[43] M DECAUDIN, L’année 1908 et les origines de la Nouvelle Revue Française, dans Revue des sciences humaines, 1952, p. 347-358 ; Auguste ANGLĚS, André Gide et le premier groupe de La Nouvelle Revue
Française,
Gallimard, tome 1, 1978, tomes 2 et 3, 1986. Le numéro 1 Gide-Montfort fut considéré comme nul et non avenu, et on repartit trois mois plus tard avec un nouveau numéro 1.
[44] Au cours de l’année 2001 l’entreprise a été scindée entre deux propriétaires distincts: la Catherine Press (principalement travaux de reliure) et la Tiger Publishing Systems (impression et logiciel)
[45][45] Je remercie Hubert Van Maele (Catherine Press, Bruges), Michelle Simpson (archiviste  A. & C. Black, London), † Pierre de Boisdeffre (Paris), Christian Angelet (Université de Gand), Victor Martin-Schmets (Namur) et Pascal Mercier (Université de Sheffield).
[46] Antée, 2e année, n° 3, 1er août 1906, pp. 216-40.
[47] Pseudonyme de Lucien Dieudonné (1870-1908), collaborateur au  Mercure de France. Sa contribution parut dans le numéro d’octobre 1906 d’Antée, p. 482-489. Celle d’Henri Ghéon parut dans le numéro de janvier 1907, p. 852-859.
[48] Paul LEAUTAUD, Correspondance générale – 1878-1956, p. 224 et 236.
[49] P. LEAUTAUD, Journal, T. I, p. 299 et 338 (août 1906).
[50] Piérard avait déjà écrit au sujet de Thomas, dans La Terre (Mons), le 31 mars 1907 et dans La Société Nouvelle (Mons), janvier 1908.
[51] Les Editions de la Société Nouvelles publièrent e. a.: Elie RECLUS, Le mariage tel qu’il fut et tel qu’il est. Avec une allocution d’Élisée Reclus, Mons, 1906.
[52] Le 6 juin 1910 Vandeputte remit au Vénérable maître des Amis Philanthropes (Bruxelles) le professeur Henri Lafontaine, futur prix Nobel de la Paix, sa demande d’admission et son CV.
[53] Fonds Altounian, carte postale du 28 janvier 1910.
[54] L. THOMAS, Conseil aux dames, p. 140.
[55] Dominique DUBOIS, Jules Bois (1868-1943). Le reporter de l’occultisme, le poète et le féministe de la belle époque, Marseille, Arqa Rditions, 2004.
[56] Archives Nationales, dossier judiciaire Thomas.
[57] L. THOMAS, André Rouveyre, p. 17.
[58] E. TRILLAT, Cahier de souvenirs, Vol. I, p. 189 (inédit).
[59] C. EMERY, Ennemond Trillat, musicien lyonnais, p. 10.
[60] F. LESURE, Claude Debussy, p. 314.
[61] Par ailleurs, président de la Ligue française pour la protection du cheval.
[62] E. TRILLAT, Cahiers de souvenirs, Tome I, p. 175 (inédit).
[63] Paquebot, dit ‘à classe unique’, construit en 1911, qui pendant la Première guerre, fit la navette entre Bordeaux et New York.
[64] Archives des services d’immigration,  Ellis Island, New York.
[65] Idem.
[66] Paquebot de la Transat, construit en 1909 et faisant un service régulier sur le Mexique et sur New York.
[67] Idem.
[68] Lettre Vandeputte à Llona du 16 aoüt 1922 (Bruxelles, Archives et musée de la littérature, 624 I/23.)
[69] L. THOMAS, 120 peintres, (…), p. 82.
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