Chapitre I

Un jeune homme de lettres

 

 

Origine : Perpignan

Louis Auguste Georges Marie Thomas naquit à Perpignan le 21 avril 1885, la même année qui vit naître d’autres futurs écrivains tels que François Mauriac, André Maurois, Sacha Guitry ou Jules Romains en France, Sinclair Lewis et Ezra Pound aux Etats-Unis, D. H. Lawrence en Angleterre. L’année 1885 fut celle de la mort de Victor Hugo et de la publication par Zola de Germinal, par Maupassant de Bel Ami et par Nietzsche de Also sprach Zarathustra.

Thomas était le fils d’Edouard Michel Thomas, licencié ès lettres et professeur au collège de Perpignan (°Nîmes, 1856) et de Virginie Henriette Caillens (°Aix-en-Provence, 1861), qui habitaient 5bis rue Notre-Dame[1]. Le nom Thomas figure parmi les patronymes les plus répandus en France, Caillens en revanche est un nom de famille typiquement catalan.

La famille comptait des enseignants et plusieurs militaires. Parmi les milliers de Thomas qui participèrent à la guerre de 14-18, rien moins que près de 2.500 porteurs du nom moururent pour la Patrie. Une demi-douzaine de ces militaires était proche famille de Louis Thomas et un général Thomas commanda à Verdun.

Il s’agissait bien, semble-t-il, d’une famille peu banale, dans laquelle était cultivé le souvenir d’un arrière-grand-père monarchiste et légitimiste, qui avait démissionné en 1830 de la Garde Royale lorsque l’usurpateur, représentant de la branche cadette des Orléans, était monté sur le trône. On remémorait sans cesse les excentricités et les magnificences de cet aïeul, caractérisé par Edouard Thomas comme étant l’inoubliable grand-père aux aventures nombreuses. On se racontait également les histoires de deux ou trois oncles qui avaient été des originaux[2]. Quant au père de Louis, il se fit, à l’âge de la retraite et dans la crainte de l’oisiveté, recevoir licencié en droit et à soixante-huit ans il s’inscrivit au barreau[3].

Du côté maternel, la famille comptait un oncle, Antonin Caillens, fonctionnaire de son état, qui fut ami d’Élémir Bourges (1852-1925)[4]. Thomas entra dans l’intimité de l’écrivain célibataire et solitaire et y introduisit également son ami Paul Drouot qui devint un confident de Bourges. Dans les années vingt Thomas caressa l’ambition d’écrire une grande biographie de ce membre fondateur de l’Académie Goncourt et auteur de romans symbolistes, qu’il admirait et dont il avait récupéré beaucoup de documents[5]. Le projet ne se réalisa pas et il lui consacra seulement quelques articles[6].

Études secondaires

Après Perpignan, la jeunesse de Louis Thomas fut ballottée au gré des affectations de son père, de Bône (Algérie) à Châtellerault, de Montélimar et Orange à La Châtre en Berry. A Bône, sa mère le mena maintes fois dans des maisons arabes où il apprit l’art de roter. C’est une politesse du pays, il faut roter après les repas, écrivait Flaubert en 1850 à son ami Louis Bouilhet, lors d’un voyage en Égypte. Plus tard, lorsque Thomas servit en Afrique du Nord pendant la Grande guerre, cela lui valut la réputation d'être un connaisseur des mœurs marocaines[7].

Avant ses dix ans, Louis Thomas lisait les contes et récits de Maurice Bouchor (1855-1929)[8] et s’émerveillait lorsqu’on l’emmenait aux marionnettes[9]. Son enfance fut réglée par une éducation stricte et il disait s’être fort bien trouvé de ce dressage qui était catholique et traditionnel (Je fus élevé dans le respect de l’Église Catholique[10]). A onze ans il apprenait le catéchisme en préparation de sa confirmation. Toutefois il n’attendit pas longtemps avant de se défaire, plutôt bruyamment, de cette éducation, à tout le moins de son aspect religieux.

Ses lectures ‘profanes’ devinrent ensuite des romans du ‘captain’ Thomas Mayne-Reid (1818-1883)[11], avec ses aventures situées dans le Wild West du Texas ou au Mexique. Tout comme Théodore Roosevelt, Vladimir Nabokov et bien d’autres, Thomas devint un enthousiaste de celui qui pendant des années fut l’auteur de romans d’action le plus vendu de par le monde et qui était particulièrement lu par les adolescents en quête d’aventures. A douze ans, d’après ses souvenirs, Thomas se délectait aussi à lire l’Almanach de la Gaudriole et les romans populaires de Jean-Louis Dubut de Laforest (1853-1902)[12] qui, portant des titres tels que La vierge du trottoir, Le dernier gigolo ou La grande horizontale, n’étaient pas précisément de son âge. A quinze ans il lut, en cachette, le Roi Pausole qui paraissait en feuilleton dans Le Journal[13].

Ses idoles étaient les grands sportifs du moment, tels que le cycliste Edmond Jacquelin (1875-1928), coqueluche du public parisien, roi du sprint et champion du monde de vitesse et Fernand Charron (1866-1928), le coureur automobile qui sur sa Panhard Levasseur fut le premier à gagner en 1900 la Coupe Gordon Bennett, suite à un défi que le fabricant de bicyclettes Alexandre Winton lui avait lancé. Ou encore les champions d’escrime et bientôt écrivains Marcel Boulenger (1875-1932)[14], auteur de l’Eloge du snobisme et de l’Apologie du duel et son frère Jacques Boulenger (1879-1944)[15], spécialiste de romans basés sur la littérature médiévale et de la Renaissance.

Les vacances d’été ramenaient Thomas junior en Provence, plus particulièrement près de Beaucaire dans le Gard, où il effectuait de grandes randonnées à bicyclette. Dès sa jeunesse, le rugby fut son sport favori et, une fois qu’il habita Paris, il devint capitaine d’une équipe dans laquelle il retrouvait son condisciple Henri Gadon et qui jouait le dimanche au Parc des Princes[16]. A partir de 1902 Thomas rédigea même pendant quelque temps, pour une feuille illustrée, les comptes rendus de rencontres de compétition[17].

Après avoir poursuivi ses études secondaires en tant qu’interne au lycée de Tours, il entra au mois d’octobre 1900 en rhétorique au lycée Henri IV, situé en plein cœur du Paris intellectuel, Place du Panthéon. Son père avait entre-temps été promu directeur d’une école parisienne et avait élu domicile dans le seizième arrondissement[18]. Au cours de cette année de rhétorique qui menait au baccalauréat, et qui avait comme titulaire de classe le poète Henri Chantavoine (Montpellier 1850 – Paris 1918)[19], qui préconisait une ‘éducation joyeuse’[20],  Thomas fit son apprentissage d’étudiant parisien. Ses locaux préférés étaient ceux où se côtoyaient la bohème littéraire et les filles faciles, soit la Taverne du Panthéon, le café d’Harcourt (à l’angle de la Place de la Sorbonne et du Boulevard Saint-Michel), la Taverne Lorraine où l’on jouait à l’écarté ou encore le François Ier, où Verlaine avait eu ses habitudes. A la belle saison, Thomas et ses amis se retrouvaient au jardin du Luxembourg, où ils s’attardaient autour du parasol blanc sous lequel Antonio de la Gandara (1861-1917) fignolait une de ses nombreuses toiles. Ils se rendaient aussi aux bains mixtes de Charenton, dans le bois de Saint-Cloud et sur les champs de course à Auteuil ou Longchamp[21].

Sa classe comptait une quarantaine de rhétoriciens. En évoquant ses condisciples, Thomas disait : lorsque je me rappelle cette cour où se promenait un si grand nombre de jeunes poètes, je me figure que c’était davantage une réunion de beaux esprits qu’une boîte à concours[22].  

Les amis du lycée

Parmi les amis qui s’intéressaient comme lui aux choses littéraires, Thomas se rappelait Edmond Gojon, Pierre Gilbert, André Provotelle, Antoine Bianconi, Henri Gadon et René Benjamin. Il comptait aussi deux amis un peu plus âgés, ‘vétérans’ qui préparaient le concours d’entrée d’une grande école, Emile Despax et Emile Clermont.

Edmond Gojon (1886-1935)[23] était originaire de l’Algérie et y retourna après ses études à Henri IV. En 1903 il fonda à Alger, avec des anciens camarades de lycée, dont Emile Charles Moussat (1885-1961) la revue L’Essor. Il publia : En Algérie avec les Français (1927) et Cent ans d’efforts français en Algérie (1930). Du point de vue littéraire il écrivit un roman inspiré de ses souvenirs d’enfance, Le petit germinet (1913), un récit, La légende de Barberousse, roi d’Alger (1928) et plusieurs recueils de poèmes: Antiquailles dorées (1904), Les cendres de l’urne (1907), Le visage penché (1910), La grenade (1912), Le jardin des Dieux (1920), pour lequel il obtint le Prix Femina, Le marchand de nuages (1930) et L’Empire de Cérès (1933). Le tout fut édité soit à Paris, soit à Alger. Thomas ne l’oublia pas après le collège, et lui consacra en 1912 dans Le Divan un article en partie élogieux, en partie critique. Il ne craignait pas de se faire paternel dans ses conseils, comme si un vieux Monsieur parlait à un jeune : Je suis persuadé que M. Gojon agirait sagement en prenant une autre direction. Il a trop de sens pour passer son temps à fabriquer un poète académique. Il aime notre langue, il a le goût de la beauté formelle, le sens, l’amour secret de la nature vivante, il a aussi l’intelligence de l’histoire, l’amour du pittoresque. Qu’il cherche à être lui-même avant tout. Qu’il concentre ses qualités en de plus rares et plus succulents poèmes. Qu’il se retrouve à travers les premiers volumes de son œuvre. Il sait qu’il est un des rares jeunes en qui nous avons confiance. Pourquoi s’appliquerait-il à nous décevoir ? Thomas, le polygraphe ne manquait pas de toupet !

Pierre Gilbert, né Pierre-Thomas Gilbert-Crabos (1884-1914)[24], obtint après Henri IV, en 1903 sa licence ès lettres : il n’avait que dix-neuf ans. Au fil des années il deviendrait un des critiques littéraires les plus appréciés de sa génération. A sa mort le 8 septembre 1914, dans les tranchées de la Marne, il avait déjà publié au moins mille pages serrées, en particulier ses études consacrées à Boileau, Racine et Stendhal. Dans cinquante ans aucun esprit curieux des mouvements de notre génération ne pourra se passer de l’étudier, écrivait Eugène Marsan. Devenu monarchiste sous l’influence de Maurras, et sans doute aussi par suite de son mariage avec la comtesse Marie-Pierre Bernard de Courville, Gilbert était joueur d’échecs émérite et astronome amateur. Thomas disait de lui qu’il avait une des intelligences les plus ordonnées, les plus logiciennes, les plus mesurées qu’il lui ait été donné de rencontrer.

André Louis Provotelle (1886-1915), devint lauréat au concours d’agrégation en 1907, dans la section grammaire. Il partit pour l’Afrique du Nord où il commença une carrière dans l’enseignement et il publia en 1911 à Paris chez Leroux le résultat de ses recherches sur les idiomes berbères de la Tunisie, Étude sur la Tamazir't ou Zénatia de Qalaât Es-Sened (Tunisie)[25], livre toujours considéré à ce jour comme pionnier en la matière[26]. Il reviendrait en France pour s’enrôler dans l’armée et mourir à la guerre[27].

Antoine Jules Bianconi (1882-1915)[28] couronnerait, après Henri IV, ses études à l’Ecole Normale Supérieure en devenant en 1906 lauréat du concours d’agréation, dans la section philosophie. Il devint élève et collaborateur du grand sociologue Emile Durkheim (1858-1917) et entama trois travaux qui eussent été considérables, s’il avait pu les achever. Le premier était l’étude des formes que revêt la raison humaine et pour cela il avait pris l’exemple concret des peuples Bantous. Avec Durkheim il acheva en 1913 une première étude consacrée à l’organisation des Bantous[29]. Son deuxième sujet d’étude était l’Idée de la grâce chez saint Augustin. Et le troisième serait une bibliographie complète d’ethnographie des colonies françaises en Afrique en collaboration avec le neveu de Durkheim, Marcel Mauss (1872-1950)[30], qui au contraire de Bianconi vivrait assez longtemps pour être considéré comme ‘le père de l’ethnologie française’. En plus Bianconi avait écrit son propre cours de philosophie, à l’usage de ses élèves de l’enseignement secondaire et il l’avait utilisé pour ses leçons au lycée d’Amiens[31]. Il fut lui aussi tué au combat.

Henri Gadon (°1884) débuta en poésie avec quelques poèmes publiés dans Le Divan. En 1906 il publia chez Psyché Le chalumeau de Pan, poésies, tandis que Thomas annonçait pour « plus tard », Les violons et les flûtes et Élégies. En 1909 il publia chez l’imprimeur H. Jouve sa thèse de doctorat en droit, intitulée De la Prescription acquisitive des servitudes. Une fois avocat dans son Limoges natal, profession qu’il exerça jusqu’en 1944, il ne semble plus avoir poursuivi ses activités littéraires. Thomas lui dédia son recueil Les cris du solitaire avec en exergue un texte débutant par ‘O mon ami, mon vieil ami, mon seul ami’. Et les Elégies à Henri Gadon se terminaient ainsi :

O mon ami, mon tendre ami, reste avec moi :
Nous serons deux, je sourirai, tu souriras,
Et nous nous tournerons pour nous cacher nos larmes,
Et pour ne pas revoir dans le fond de nos yeux
Les anciennes alarmes
Et le sel des adieux.

René Benjamin (1885-1948)[32] deviendrait le plus connu de cette classe de littérateurs en herbe. En 1915 il obtiendrait le Prix Goncourt, pour son émouvant roman et document de guerre Gaspard et en 1938 il serait élu lui-même membre de l’Académie Goncourt. Auteur de théâtre apprécié et polémiste talentueux à la plume fougueuse et sarcastique, il adhéra à l’Action française au début des années trente. Il n’eut pas peur d’attaquer les juges, les universitaires, la Société des Nations, etc. Dans son ouvrage Aliborons et démagogues il régla leur compte aux enseignants de l’école publique. Il fut aussi l’auteur de biographies bien enlevées, plutôt romantiques qu’historiquement exactes, consacrées à Honoré de Balzac, saint Vincent de Paul, Molière, la reine Marie-Antoinette, Maurras, Mussolini ou encore Sacha Guitry et d’essais sur Barrès, Clémenceau, Joffre, la comtesse de Noailles, etc.  Pendant la Seconde guerre mondiale il se laisserait embrigader par Vichy et deviendrait un des biographes attitrés du maréchal Pétain. Galtier-Boissière notait dans son journal : Quand on a lu ‘Les Sept Étoiles de France’, on se demande une fois de plus si René Benjamin est un imbécile et un lèche pied ou s’il est un sceptique qui brosse des images d’Épinal pour gagner de l’argent en se payant la tête du public. A la Libération, Benjamin fut interné et poursuivi, puis assigné à résidence sans être condamné, mis à l’écart par l’Académie Goncourt et ajouté à la liste des écrivains interdits. Tout cela ne l’empêcha pas, pendant le peu d’années qui lui restaient, d’écrire plusieurs livres consacrés à ses déboires et à ceux de ses compagnons d’infortune. Le premier de ces livres, L’Enfant tué, évoquait le souvenir de son fils unique, Jean-Loup, officier dans l’Armée du maréchal de Lattre, qui était mort pour la France au cours des derniers combats contre les Allemands. Galtier-Boissière qui détestait Benjamin nota méchamment : Du cadavre de son enfant, Benjamin s’est fait un tremplin pour rebondir. En 1948, Benjamin avait encore publié Le divin visage, La visite angélique et La Galère des Goncourt, une charge contre ses anciens collègues. Louis Thomas nota, bien des années plus tard, que René Benjamin avait été pour lui un ami de toujours.

Emile Despax (1881-1915)[33], originaire de Dax, ami d’enfance du futur académicien Pierre Benoît (1886-1962)[34], - ils habitèrent successivement dans la ‘Maison des glycines’ près de Dax, qu’ils chantèrent tous deux - avait passé sa jeunesse aux Comores et à La Réunion, où son père était magistrat, avant de continuer ses études à Paris. Ayant décroché sa licence en droit, il fut d’abord magistrat à Mayotte et à Saigon. Ensuite il passa trois années au cabinet d’un ministre originaire de Dax. Puis il partit en Indochine, d’abord attaché au cabinet du gouverneur général, ensuite comme sous-préfet. Et enfin il devint sous-préfet d’Oloron. Encore collégien il publiait déjà des vers dans Mercure de France, La Plume, L’Ermitage (qui publia en 1905 ses Idylles latines) et La Renaissance latine. Il ne publia que deux recueils de vers : Au seuil de la Lande (1902) et La maison des glycines (1905), pour lequel il obtint un prix de l’Académie française, et qui fut décrit comme ‘une muse triste et tourmentée par l’obsédante pensée de la douleur et de la mort’. Lorsqu’il dédicaça ce second recueil à Louis Thomas, mon ami il y écrivit : perdu rue Clovis, retrouvé rue de Condé, ce qui voulait dire qu’ils s’étaient perdus de vue depuis Henri-IV et s’étaient retrouvés au Mercure de France[35].

Emile Clermont (1880-1916)[36] publierait chez Bernard Grasset, à qui le liait une forte amitié, les romans Amour promis (réédité en 1995) et Laure. Malgré une santé fragile il insista pour partir à la guerre. Le récit de ses combats, sous le titre Le passage de l’Aisne, serait publié partiellement en 1920 et intégralement seulement en 2002[37]. D’autres œuvres publiées à titre posthume furent, Histoire d'Isabelle (publié en 1924) et Les fantômes de la solitude (en 1938). Henry de Maurice Barrès honora sa mémoire et Montherlant disait de lui : Il est le plus grand écrivain français mort à la guerre, à côté de Péguy.

Louis Thomas était donc entouré en année de Rhétorique par des écrivains en herbe, qu’il retrouverait peu d’années après dans le monde de la littérature, mais aussi à la guerre, où tant d’entre eux – Gilbert, Provotelle, Bianconi, Despax, Clermont, d’autres encore - devaient mourir. Au cours de cette guerre il retrouverait également au 66e Bataillon de chasseurs, un autre copain d’Henri IV, Alexandre Berthier, quatrième prince de Wagram (1883-1918). Blessé et capturé, le capitaine Berthier mourut dans une ambulance allemande le 30 mai 1918. Demeuré célibataire, il laissa le souvenir d’un amateur d’automobiles rapides mais surtout d’un grand collectionneur de peintres impressionnistes, possédant entre autres « trente Courbet, quarante Renoir, quarante-sept Van Gogh, vingt-huit Cézanne, quarante Monet, vingt-six Sisley, vingt Pissaro, dix Puvis de Chavanne, onze Degas, douze Manet » : une immense fortune, s’il avait pu les garder, mais le désordre dans lequel il mit ses finances, l’obligèrent à se défaire de la plupart de ces tableaux[38]. A son sujet Thomas écrirait un demi-siècle plus tard : « J’ai connu un seul homme élégant qui était en même temps indifférent à la propreté de sa tenue et parfois même à la netteté de sa propre personne. Mais c’était le premier hiver de la guerre 1914-18 : nous vivions aux tranchées, dans la boue et dans un inconfort singulier. Enfin cet officier extraordinaire était le dernier prince de Wagram et petit-fils du baron Alphonse de Rothschild par sa mère. Étant mon ancien camarade du Lycée Henri IV et commandant la compagnie où je servais comme sous-lieutenant, celui qui se présentait sous le nom de capitaine Berthier, que les autres officiers appelaient Berthier de Wagram et que ses chasseurs dénommaient ‘le prince’, était à ce point paradoxal dans ses propos, téméraire au combat et fantaisiste dans ses curiosités et ses allures, qu’il pouvait tout se permettre. Le matin de brouillard cependant, où avec deux officiers, il fit une reconnaissance entre les lignes, ne portant ni cuirs ni arme, avec une seule molletière et des galons décousus, je fus si fâché en le voyant rentrer dans nos lignes si mal ficelé, que je lui fis une réprimande comme s’il eût été mon cadet[39]. »

Un autre camarade de classe, André Dunoyer de Segonzac (1884-1974)[40], deviendrait un des peintres de renom de l’époque. Selon Thomas, ils commirent ensemble leurs premières frasques, avec des jeunes filles folles, dans les jardins du Luxembourg[41]. Puis ils poursuivirent tous deux leurs chemins différents, sans toutefois se perdre complètement de vue. Après la Seconde guerre, Dunoyer de Segonzac eut à endurer les mêmes ennuis que Thomas, quoique dans une mesure bien plus bénigne. Comme Derain, Vlaminck, Maillol et Van Dongen, il s’était montré un peu trop souvent à l’Institut allemand à Paris et, surtout, avait participé à un voyage culturel en Allemagne, avec visite chez Arno Breker, ce qui servait la propagande allemande. Il fut rapidement pardonné et poursuivit sa brillante carrière, à tel point que lorsqu’en 1954 Elisabeth II d’Angleterre vint en visite officielle en France, le Président de la République René Coty lui offrit une œuvre de Dunoyer en cadeau.

Arrivé de province, le jeune Thomas se laissait épater par des types comme Gilbert-Crabos, toujours en jaquette gris perle et Despax, élégant, serré dans sa redingote, qui connaissait Henri de Régnier (1864-1936), Alfred Vallette (1858-1935) et Rachilde (1860-1953)[42], ainsi que Marcel Schwob (1867-1905) et son épouse, l’actrice Marguerite Moreno (1871-1948). Connaître Rachilde signifiait être invité au Guignol Rachilde, (comme disait Paul Léautaud), le salon littéraire que la cofondatrice du Mercure de France tenait chaque mardi, où les novices côtoyaient les pontifes autant que les bas-bleus. C’est sans doute Despax, publiant en 1902 son premier modeste recueil de poèmes dans cette maison[43], qui y introduisit Thomas.

1900

L’année 1900 était celle de l’Exposition universelle et des Jeux Olympiques de Paris. C’était aussi le temps où la lutte pour la révision du procès Dreyfus battait son plein. La peine du capitaine venait d’être ramenée à dix ans et il avait été libéré. Son acquittement et sa réhabilitation formaient désormais l’enjeu. Alors que ce but fut atteint en 1906[44], Thomas faisait encore référence sans aucune nuance, deux ans plus tard, dans ses ‘mémoires’ à l’affaire d’un capitaine juif que l’on avait puni de ses traîtrises en l’envoyant au diable[45]. D’après lui, la plupart des professeurs et élèves à Henri IV était nationaliste et antidreyfusarde, tout comme l’était son milieu familial. Quant au ministre des Armées, le général Louis André (1838-1913)[46], celui de l’affaire des fiches[47], il était traité dans ces milieux de ‘franc-mouchard ‘ et de dégoûtant[48]. Lorsque Thomas eut le nez fêlé et que Despax écopa d’un œil au beurre noir au cours d’une échauffourée entre dreyfusards et antidreyfusards, les professeurs les retinrent après la classe afin de pouvoir leur serrer la main.

Autre élément qui échauffait les esprits en ce début de siècle : les relations tendues avec l’ennemi héréditaire, l’Angleterre. L’affaire de Fachoda avait en 1898 ranimé les anciennes querelles. La guerre en Afrique du Sud ne fit qu’envenimer les relations, la France, comme la majeure partie de l’Europe, prenant fait et cause pour les Boers, contre les Anglais accusés de mener une guerre inhumaine. Louis Thomas était mêlé à la foule, lors de l’entrée triomphale du président Paul Kruger à Paris à l’automne de 1901. La baronne Emmuska Orczy (1865-1947), l’auteur du roman historique à grand succès The scarlet Pimpernel, vivait à Paris à cette époque et a rapporté l’évènement dans ses mémoires : Le jour de son arrivée et les jours suivants, les rues étaient inondées de drapeaux et noires du monde qui accueillait l’illustre visiteur aux cris de 'Vive Kruger!' 'Vive les Boers!' De toutes les fenêtres, femmes et enfants lançaient des fleurs et des confettis au passage du landau ouvert transportant le défenseur héroïque de la liberté de son pays. Parmi d’autres lieux il se rendit au Quartier Latin, à l’invitation des étudiants de la Sorbonne et de différentes écoles et collèges. Sur le Boul’Mich des milliers de jeunes se bousculaient pour le voir passer et l’acclamer.

Certes, trois ans plus tard l’Entente Cordiale augurait d’une meilleure compréhension entre les deux pays, à tout le moins au niveau des responsables politiques, le scepticisme réciproque chez les bourgeois et la méfiance populaire demeurant. Louis Thomas démontra quant à lui son intérêt pour le monde culturel britannique, en traduisant et publiant de nombreux écrits d’Arthur Symons. La Première Guerre ayant achevé de faire de lui un anglophile, ce n’est qu’à partir de 1940 qu’il donnerait libre cours à des sentiments viscéralement antibritanniques, qui avaient dans de nombreux milieux repris le dessus. 

Étudiant

Le baccalauréat réussi, 1902 fut vraiment pour Thomas l’année de l’accession à l’âge adulte. Les romans qu’il lisait se situaient, c’était une habitude, plutôt au-dessus de son âge : Aphrodite de Pierre Louÿs, Le Lys Rouge d’Anatole France et La Double Maîtresse d’Henri de Régnier. Mais n’était-il pas un adulte précoce ? Pour passer de la théorie amoureuse à la pratique, l’endroit préféré était le Bal Bullier, dans le quartier Montparnasse, où on apprenait les nouvelles danses et où on s’affichait avec sa petite amie[49]. En quittant l’établissement, on prenait le Boulevard Saint-Michel et, éméché comme on l’était, on chantait à tue-tête une complainte grivoise sur la mort du peintre académique Benjamin Constant (1845-1902)[50], décrit par Thomas comme étant, même de son vivant considéré, à juste titre, le plus creux et le plus froid des pompiers[51]. Ensuite on allait boire une soupe à la Brasserie Balzar, rue des Écoles. Enfin, on louait une chambre à l’Hôtel Royer-Collard, un peu en souvenir de Verlaine, surtout pour y trousser la petite amie du moment. D’autres fois on entraînait celle-ci au Casino de Paris pour y assister à des combats entre les lutteurs poids lourds Laurent le Beaucairois et Constant Lauvaux, un Belge de Florennes connu sous le nom de Constant-le-Boucher[52].

En dépit des filles, des bistrots, du sport, de la littérature et des bagarres politiques, ou grâce à tout cela, Thomas semble s’être acquis une solide culture, quoique nous ne disposions que de bribes d’information concernant la poursuite de ses études. Il fit en 1902 une première année de philosophie, qui se solda par un échec aux examens : le garçon de dix-sept ans avait passé trop de temps dans les bras d’une jeune femme, de sept ans son aînée. La liaison donna lieu à la naissance d’un fils, qui ne vécut que quelques jours. Plus de vingt cinq ans plus tard Thomas se souviendra, non pas de la date exacte de la naissance, mais de l’évènement qui eut lieu le même jour, la mort du pape Léon XIII, ce qui nous permet d’y accoler la date du 20 juillet 1903. Cela correspondait exactement à l’âge qu’il se donnait au moment de l’évènement : dix-huit ans et trois mois[53]. Quatre ans plus tard il se vanterait auprès de Paul Léautaud des enfants qu’il avait à droite et à gauche et de ses aventures de femmes[54].

A la même époque, afin de pourvoir aux suppléments de dépenses occasionnés par son mode de vie, Thomas donna des cours particuliers de mathématiques à des élèves d’un collège de frères marianistes. Il avait seize – dix sept ans !

En novembre 1903 Thomas s’inscrivit à la faculté de médecine, ce qui lui permettait de faire sans tarder le service militaire obligatoire, qui pour les candidats médecins était réduit à dix mois. Affecté aux services de santé à Caen, n’ayant que peu de choses à y faire, il employa son temps à lire les grands auteurs, à faire l’amour et probablement – en supposant que son premier roman était autobiographique et en se référant à ce qu’il avait confié à Léautaud - à procréer un autre enfant.

A l’automne 1904 il reprit ses études de philosophie à la Sorbonne et suivit des cours pratiques à la clinique psychiatrique Sainte-Anne sous la direction du grand psychologue et médecin Georges Dumas (1866-1946)[55]. Suivre ce genre de cours, en réalité des ‘dialogues’ entre le psychiatre et des ‘cas intéressants’ parmi les malades mentaux, était très à la mode.  Roger Caillois a évoqué comment lui-même, Claude Lévi-Strauss et Henri Michaux participèrent à de telles séances sous la direction du professeur Dumas[56]. Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, Paul Nizan, Jacques Lacan, Jean Delay, parmi d’autres, assistèrent également à des cours de Dumas.

Thomas se remit d’autre part sur les bancs de ‘rhétorique supérieure’ du Lycée Condorcet parmi plus jeunes que lui, afin de, amoureux du classique, y apprendre le grec[57]. Fin de l’année il assista à l’Ecole des Hautes Études aux derniers cours consacrés à François Villon, par un Marcel Schwob très malade et bientôt moribond. Après la mort de Schwob, Thomas lui consacrerait un petit livre.

Premières publications

En effet, Thomas s’était mis à publier. A peine âge de dix-huit ans il put goûter le plaisir de voir apparaître son nom au sommaire d’une revue prestigieuse, le Mercure de France. Dans le numéro de décembre 1903, tel un parfait érudit, il y publiait et commentait sur huit pages quelques lettres inédites de Chateaubriand à Sainte-Beuve. Deux mois plus tard quelques lettres supplémentaires du même auteur au même destinataire remplissaient six pages de la même revue. En septembre 1904, un troisième article, de douze pages celui-là, présentait avec d’autres lettres inédites de Chateaubriand. Thomas avait trouvé là un sujet d’intérêt et de publication qu’il poursuivrait assidument pendant plus de vingt ans.

La même année parut de lui un article de quarante pages dans Les Annales du Midi, consacré à la vie privée de Guillaume de Nogaret, le conseiller et garde des sceaux du roi Philippe le Bel, natif de Perpignan.

De tels articles d’érudition, parus dans deux revues sérieuses et sévères dans la sélection des textes, sous la signature d’un presqu’encore adolescent, paraît étonnant. Thomas doit sans nul doute avoir été conseillé et aidé dans ces publications. Ce conseiller doit plus que probablement avoir été son père, qui lui aussi publiait[58]. Une telle précocité promettait[59].

Andries Van den Abeele


 
[1] Perpignan, état-civil.
[2] L. THOMAS, Traité de courtoisie, p. 176.
[3] V. LLONA, Louis Thomas. Le barreau de Paris n’a pas pu me confirmer son inscription. Il se peut évidemment que ce fut dans un barreau de province.
[4] J. VIER, Elémir Bourges, dans : Dictionnaire de biographie française (DBF), T. VI, 1954, 1482.
[5] L. THOMAS, Bourges et la “Nef”, dans: Mercure de France, 1927, p. 294-308.
[6] Plus tard s’y attelèrent : Raymond SCHWAB (1884-1956), Les Oeuvres complètes. Elémir Bourges, 1852-1925. Sous la hache. Précédé de la vie de l'auteur par Raymond Schwab, Paris, Bernouard, 1929 ; Raymond SCHWAB, La vie d’Elemir Bourges, Paris, Stock, 1948 ;  André LEBOIS (1915-1978), La Genèse du Crépuscule des Dieux, Paris, L’Amitié par le Livre, 1954 ; Louis BUZZINI, Elemir Bourges, Histoire d'un grand livre "La Nef", Paris, Au Pigeonnier, 1951 ; Marie G., Elemir Bourges ou l’éloge de la grandeur, Paris, 1974.
[7] Idem, p. 20.
[8] M. PREVOST, Maurice Bouchor, dans: DBF, T. VI, 1954, 1233.
[9] Revue Psyché, p. 89.
[10] L. THOMAS, Conseils aux dames, p. 78.
[11] Joan STEELE, Captain Mayne Reid, Boston, Twayne Publishers, 1978.
[12] L. MARTAL, Jean-Louis Dubut de Laforest, dans: DBF, T. XI, 1967
[13] Le récit de Pierre Louÿs parut du 20 mars au 7 mai 1900 dans Le Journal.
[14] M. PREVOST, Marcel Boulenger, dans: DBF, . VI, 1358.
[15] L. THOMAS, Vingt portraits, p. 110.
[16] Psyché, 1906, p.
[17] L. THOMAS, Yette, p. 164.
[18] Il y habitait d’abord rue de Passy et ensuite 7, rue Lekain.
[19] M. PREVOST, Henri Chantavoine, dans: DBF, T. VIII, 1959.
[20] H. CHANTAVOINE, L’éducation joyeuse. En vacances. En Famille, Paris, Hachette, 1910.
[21] L. THOMAS, Yette, p. 34, 53, 76
[22] L THOMAS, Yette, p. 32.
[23] H. BLEMONT, Edmond Gojon, dans : DBF, T. XVI, 513.
[24] Eugène MARSAN, Pierre Gilbert, dans : Le Divan, 1915-18, p. 438-452 ; H. BLEMONT, Pierre Gilbert-Crabos, dans : DBF, T. XVI, 1985, 12. Pierre Thomas Gilbert Crabos, né à Paris le 14 juin 1884, lieutenant au 107e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi à Chatel Raould St Louvent (Marne) le 8 septembre 1914.
[25] A Paris aux Editions Leroux, (Publications de la Faculté de Lettres d’Alger), 1911.
[26] Ahmed BOUKOUS, Le Berbère en Tunisie, Études et Documents Berbères, 4, 1988, pp. 77-84
[27] André Louis Provotelle, né à Malesherbes (Loiret) le 4 juillet 1886, soldat de 2e classe au 153e régiment d’infanterie, mort des suites de ses blessures à Pont-à-Mousson (Meurthe et Moselle) le 28 mai 1915).
[28] M. PREVIOST, Antoine Bianconi, dans : DBF, T. VI, 1954, 387
[29] Organisation juridique et sociale des Bantous congolais, dans: l'Année sociologique, no 12, 1913, pp. 384 à 390.
[30] M. FOURNIER, Marcel Mauss, Paris, Fayard, 1994.
[31] Marcel MAUSS, In memoriam. L’oeuvre inédite de Durkheim et de ses collaborateurs, 1925. Texte reproduit dans Marcel MAUSS, Oeuvres 3 Cohésion sociale et division de la sociologie (pp.473 à 499). Paris, Les Éditions de Minuit, 1969. Antoine Jules Bianconi, né à Digne (Basses Alpes) le 23 juillet 1882, sous-lieutenant au 72e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi à Mesnil (Marne) le 5 mars 1915.
[32] R. D’AMAT, René Benjamin, dans : DBF, T. V, 1951, 1415-16 ; Pierre CARDINNE-PETIT, Présence de René Benjamin, Paris, 1948. Cardinne-Petit (1899-1958), secrétaire de Pierre Louys en 1916-17, journaliste pendant la Seconde guerre à La Gerbe et à L’Appel, fit à la Libération huit mois de prison et figura sur la liste des écrivains interdits. Il publia par la suite des livres critiquant l’Épuration.
[33] Edmond PILON, Emile Despax, dans: Le Divan, 1915-18, p. 479-490; Tristan DEREME, Emile Despax dans sa sous-préfecture, dans: Le Divan 1915-18, p. 528-535 ; Fr. D’AMAT, Emile Despax, dans : DBF, T. X, 1965, 1508. Louis Emile Despax, né à Dax (Landes) le 16 septembre 1881, sous-lieutenant au 249e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi à Moussy (Aisne) le 17 janvier 1915.
[34] J.-H. BORNECQUE, Pierre Benoît, le magicien, Paris, Albin Michel, 1986.
[35] Catalogue Vente publique bibliothèque Jean-Marie Moulin, 18 décembre 2003, Paris, p. 26.
[36] R. LIMOUZIN-LAMOTHE, Emile Clermont, dans : DBF, T. VIII, 1959, 1490 ; Etudes et souvenirs sur Emile Clermont, 1927 ; Louise CLERMONT, Émile Clermont, sa vie, son oeuvre, Paris, Grasset, 1919. Emile Clermont, né le 15 août 1880 à Auzat s/ Allier (Puy de Dôme), sous-lieutenant au 67e régiment d’infanterie, tué à l’ennemi pendant la bataille de la Marne le 5 mars 1916.
[37] Arrivé sur le front le 12 septembre 1914, Clermont rédigea, à la demande de son colonel, un récit quasi officiel des journées de combat des 12, 13 et 20 septembre 1914. C'est, selon le jugement de Cru, un "beau marbre de style académique", aussi froid qu'impersonnel. (Témoins, p.113-115).
[38] F. LALLIARD, La fortune des Wagram, p. 330.
[39] L. THOMAS, Traité de courtoisie, p.  141.
[41] L. THOMAS, 120 peintres, p. 78
[42] Rachilde, ps. de Marguerite Eymery (1869-1953), fonda avec son mari Alfred Vallette (1858-1935) le Mercure de France et à partir de 1890 tint salon, où elle attirait les jeunes écrivains.
[43] Au seuil de la Lande, 32 p.
[44]  3 juillet 1906: annulation de la décision du conseil de guerre de Rennes de 1899 sur la condamnation de Dreyfus “prononcée par erreur”; 13 juillet 1906: Dreyfus est réintégré comme chef d’escadron, est nommé commandant et décoré de la légion d'honneur.
[45] L. THOMAS, Yette, p 60. Comme on le sait, Dreyfus fut relégué au bagne de l’Ile du Diable.
[46] H. ALLORGE, Louis André, dans: Dictionnaire de biographie française, (DBF), T. II, 1936, 931-33
[47] Le général André, ministre de la Guerre (1901-1904), avait fait établir confidentiellement pour chaque officier, avec l'aide des loges maçonniques du Grand Orient de France, une fiche sur laquelle étaient consignées ses opinions politiques et son comportement religieux, et dont dépendait tout avancement. Il s'agissait, à la suite de l'affaire Dreyfus, de privilégier la progression des officiers républicains au détriment de celle des nationalistes catholiques ou des monarchistes.
[48] L. THOMAS, Yette, p. 66
[49] L. THOMAS, Yette, p. 87
[50] M. L. BLUMER, Benjamin Constant, dans : DBF, T. IX, 1961, 499. François Jean-Baptiste Constant, dit Benjamin Constant (1845-1902) fut élève à Toulouse puis à Paris chez Cabanel. Spécialiste de scènes espagnoles et marocaines. Ayant abandonné le thème orientaliste, il se consacra à la peinture décorative et surtout aux portraits de personnalités en vue, tant en France qu’en Angleterre. Il connut un grand succès et devint Membre de l’Institut.
[51] L. THOMAS, Yette, p. 91 ; L. THOMAS, 120 peintres, p. 53.
[52] L. THOMAS, Yette, p 164.
[53] L. THOMAS, Vieux?, dans: Le Divan, 1931.
[54] P. LEAUTAUD, Journal, T. II, p. 87 (23 novembre 1907).
[55] St. LE TOURNEUR, Georges Dumas, dans: DBF, T. XII, 124
[56] R. CAILLOIS, Discours de réception de C. Levi-Strauss à l’Académie Française, 27 juin 1974.
[57] Les douze livres pour Lily, p. 219.
[58] Dans les Annales du Midi, de 1904, pp. 358 et ss., un A. Thomas publia Le plus ancien témoignage sur Guillaume de Nogaret.
[59] Une autre publication de 63 pages parut en 1903 à Genève sous le nom de Louis Thomas, avec comme titre La réhabilitation publique de J.-J. Rousseau. Je n’ai pas eu ce texte en mains, et j’exprime des doutes sur l’attribution à Louis Thomas. Mais la note bibliographique que j’ai retrouvée mentionne bien à la suite du nom Louis Thomas, ‘né en 1885’.
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