Bernard-François de Chauvelin,

préfet du département de la Lys

 

I.
Après le 18 Brumaire

Le coup d’état des 18 et 19 Brumaire VIII (samedi 9 et dimanche 10 novembre 1799) et le remplacement du Directoire par le Consulat, dont la nouvelle se répandit à Bruges dès le mardi 12 novembre, fut généralement accueilli avec soulagement[1]. Le gouvernement du Directoire, caractérisé par son comportement fanatique, avait sombré dans le chaos et l’anarchie. La ‘Deuxième Terreur’, introduite après le coup d’état du 18 Fructidor V (14 septembre 1797), s’était surtout occupée à persécuter les ministres du culte catholique[2], à éliminer les symboles religieux de l’espace public et à vendre et démolir églises et couvents. A Bruges, les victimes matérielles de cette hargne étaient la cathédrale Saint Donat, l’abbaye de l’Eekhoute, les couvents des augustins, des dominicains, des carmes, des franciscains, des sœurs grises, des clarisses, des urbanistes, d’autres encore[3]. Les ci-devant nobles, même ceux qui s’étaient déclarés en faveur de la révolution, s’étaient à nouveau trouvés en difficulté. Enfin, le Directoire, régime corrompu, s’était montré incapable de faire face aux problèmes économiques, à la crise monétaire et aux revers militaires[4].

Le sentiment généralement partagé était que le général Bonaparte deviendrait l’homme fort et serait en mesure de rétablir l’ordre. Le chroniqueur Joseph Van Walleghem, toujours bien informé et observateur perspicace des fluctuations dans l’opinion publique à Bruges, exprima immédiatement sa satisfaction : Tous furent saisis par une joie extraordinaire et prévoyaient un terme prochain à tous nos malheurs, misères et calamités (...) en apprenant qu’une dépêche venait d’annoncer à l’administration centrale du département que le Directoire, le Conseil des 500 et celui des 250 Anciens avaient tous été éliminés et menés à Saint-Cloud, tandis que le général Bonaparte, avec Moreau[5], s’était mis à la tête des forces armées[6].

Le Triumvirat, en premier lieu le premier consul, décida immédiatement des changements importants à tous les niveaux[7]. Un décret du 29 brumaire an VIII, nomma des envoyés spéciaux des consuls, chargés d’aller dans chaque département donner des informations de première main. Ils étaient en même temps pourvus de pouvoirs étendus et de pleins pouvoirs, afin de prendre sur place les décisions qui s’imposaient. L’envoyé pour le département de la Lys fut Alexandre Crochon[8], ancien membre du Conseil des 500. Il arriva à Bruges le 17 décembre 1799 en venant de Gand par la barque et assuma pendant plusieurs jours la direction effective du département. Il fut accueilli avec toutes les marques de respect dues à une haute personnalité, salves de coups de canon et drapeaux flottants inclus[9]. Un des sièges à l’administration centrale étant à pourvoir, il nomma immédiatement Jacques Mazeman de Couthove (1768-1837), habitant de Poperinge[10]. Le commissaire du Directoire Fournier et le secrétaire du département Hénissart lui firent remarquer qu’il s’agissait d’un ex-noble, inéligible à la suite du décret du 9 frimaire VI (29 novembre 1797) qui bannissait les ci-devants de fonctions officielles, mais il rétorqua qu’il n’en avait cure et que l’impétrant avait, d’après lui, bien mérité de la république[11]. A de telles décisions, plutôt mineures, le changement se faisait immédiatement ressentir.

Quelques semaines plus tard, le 17 février 1800, la fonction de préfet fut instaurée. Chaque préfet serait désormais le dirigeant suprême dans son département[12]. L’intendant de province de l’Ancien Régime, qui représentait le pouvoir royal, avait servi plus ou moins de modèle. Le préfet venait en remplacement du commissaire du Directoire, mais était investi de davantage de pouvoirs et revêtu de plus de prestige. En outre, afin de préserver son indépendance, des émoluments princiers lui étaient accordés. (J’avais donné des traitements énormes aux préfets, se remémora Napoléon à Sainte-Hélène). Le département de la Lys fut subdivisé en quatre sous-préfectures, dirigées par un sous-préfet (le précurseur du commissaire d’arrondissement)[13], les 40 cantons érigés en 1795 furent liquidés et chaque commune, même toute petite, avait désormais son autonomie (toute relative il est vrai) et sa gestion propre. Le préfet était assisté par un conseil général, préfiguration du conseil provincial et d’un conseil de la préfecture, composé de cinq membres, successeur de l’administration centrale et précurseur de la députation permanente. Ces deux organes ne disposaient toutefois que de compétences limitées. La responsabilité principale et le pouvoir demeuraient entre les mains du préfet, qui se laissait seconder par une administration organisée de manière hiérarchique et en grande partie peuplée de fonctionnaires importés de France.

Pendant toute la période où le département de la Lys fut dirigé par des préfets, c’est à dire depuis février 1800 jusqu’à la fin de l’empire en mars 1814, quatre titulaires se succédèrent à sa tête. Il s’agit du comte Justin de Viry, du marquis Bernard de Chauvelin, du comte Pierre Arborio et de Jean-François Soult. Au sujet de ces messieurs, qui pourtant eurent une influence certaine sur notre région et y incarnèrent le pouvoir au cours d’une période courte mais importante de notre histoire, très peu n’a été publié jusqu’à présent. Tant leur biographie générale que l’histoire de leur passage à Bruges et en Flandre occidentale, reste à faire. Qui étaient-ils et quels étaient leurs antécédents, avant qu’ils n ‘arrivent chez nous ? Leur vie antérieure influença-t-elle leur passage à Bruges et les actions qu’ils y entreprirent ? Furent-ils des serviteurs zélés du pouvoir central ou s’adaptèrent-ils aux besoins et aux aspirations de leurs administrés ? Quels souvenirs tangibles leur gestion a-t-elle éventuellement laissé ? Leur période à Bruges eut-elle une influence pour l’évolution ultérieure de leur carrière ? A ces questions et à d’autres nous essayerons de donner un début de réponses au cours de la présente étude, ici plus particulièrement au sujet de l’un d’entre eux.

II.
Bernard François
marquis de CHAUVELIN
Préfet du département de la Lys
du 9 février 1804 au 3 novembre 1810
Baron d’Empire avant 1810
Comte d’Empire le 10 avril 1811

Le marquis Bernard-François de Chauvelin naquit à Paris le 29 novembre 1766 et y mourut au cours d’une épidémie de choléra, début avril (probablement le 9) 1832[14]. Il épousa Herminie Tavernier de Boullongne, née en 1775, fille d’un fermier général[15]. Le mariage demeura stérile.

Chauvelin appartenait à une famille de Vendôme (Loir-et-Cher) qui s’était établie à Paris à partir de 1530 et pouvait se vanter d’un glorieux état de services, principalement dans la magistrature et dans des fonctions officielles, avec des membres ayant été avocat général près le Parlement de Paris, président de tribunal ou intendant de province. L’un d’entre eux, Germain de Chauvelin (1685-1762) de la branche des Chauvelin de Crisenoy fut ministre des Affaires étrangères et Garde des sceaux sous Louis XV. Le monarque accorda l’érection de son domaine de Grosbois en marquisat. Chauvelin entra toutefois en conflit avec le premier ministre et cardinal Fleury (1653-1743) et fut pour cette raison banni de la cour. Ce n’est qu’au cours des dernières années de sa vie qu’il rentra en grâce[16].

Le grand-père de Bernard-François de Chauvelin, Bernard de Chauvelin de  Beauséjour (1672-1755)[17] fut intendant de la province Artois & Picardie et y joua un rôle important. A partir de 1731 il fut membre du Conseil d’Etat. De ses quatre fils, l’aîné, Jacques-Bernard de Chauvelin (1701-1767) lui succéda en tant qu’intendant d’Artois et devint ensuite intendant des Finances du royaume. Admirateur de Voltaire il veilla à la réédition de son Henriade, oeuvre controversée. Il devint membre d’une des premières loges maçonniques en France, le Louis d’Argent, où il retrouvait entre autre un de ses amis d’Amiens, le poète Jean-Baptiste Gresset (1709-1777)[18]. Deux fils devinrent prêtre : Louis-Gabriel (1710-1773) fut doyen du Mans, tandis que le chanoine Henri-Philippe (1715-1770), qui correspondait avec Voltaire, fut un des chefs de file des jansénistes à Paris et pourfendeur des jésuites. Ses discours au parlement contribuèrent à leur suppression et expulsion. En 1767, 6.000 jésuites furent déportés, d’abord dans les états pontificaux à Avignon, ensuite en Corse, conquise depuis peu par le frère d’Henri-Philippe, François-Claude.

En effet, le père de Bernard-François de Chauvelin, François-Claude de Chauvelin (1716-1773), ambassadeur et lieutenant général, commanda les troupes qui en 1768 envahirent la Corse, juste à temps pour que quelques mois plus tard Napoléon Buonaparte puisse naître en tant que Français. Avant cet exploit, Chauvelin avait parcouru une carrière militaire qui l’avait conduit au rang de lieutenant général, mais avait également poursuivi une carrière diplomatique. En 1754 il devint ambassadeur de France à Gènes et de 1759 à 1765 il fut ambassadeur à Turin, poste où il connut inévitablement le père de Justin de Viry. En route de Paris à Turin, Chauvelin rencontra Voltaire dans sa villa Les Délices à Genève. Ce sont les Mémoires de Casanova qui nous l’apprennent. Ce dernier rencontra Chauvelin et son épouse à plusieurs reprises, une première fois à Versailles, ensuite à Soleure chez l’ambassadeur de France auprès des cantons suisses et enfin à Turin. Les deux poursuivirent à chaque fois des conversations animées jusque tard dans la nuit. En plus Casanova s’intéressa à madame de Chauvelin avec qui il dansa le menuet et conversa galamment[19].

Alexandre Dumas père publia en 1830 un roman, intitulé Le testament de Chauvelin[20], décrivant la fin dramatique de François-Claude de Chauvelin qui tomba raide mort sous les yeux de Louis XV, au cours d’une partie de cartes. Une voyante avait prédit que le roi mourrait endéans le mois de la mort de Chauvelin. La prédiction ne se réalisa qu’avec quelque retard, car Chauvelin disparut en novembre 1773 et le roi ne trépassa que six mois plus tard, le 10 mai 1774[21]. François-Claude ne limita pas ses contacts avec Voltaire à la visite qu’il lui fit à Genève. L’écrivain lui demanda de commenter certains de ses écrits, e. a. en 1762 une de ses pièces de théâtre[22]. Il était en outre encouragé par le Maître à poursuivre l’écriture de ses poèmes, d’un style aimable et insouciant. Chauvelin fut l’auteur d’un recueil, inspiré par sept jeunes dames, sous le titre Les sept péchés mortels, dont Casanova fit la traduction en dialecte vénitien. On disait de lui qu’il était un des hommes les plus spirituels et les plus aimés de son temps. Louis XV appréciait son agréable compagnie et l’en remercia en lui donnant un titre de marquis.

Les idées révolutionnaires

Lorsque Bernard-François de Chauvelin naquit, son père avait déjà dépassé la cinquantaine. Sa mère, Agnès Mazade d’Orgeville (°1739), celle qui dansa avec Casanova et de qui Voltaire célébra les beaux yeux[23], était de plus de vingt ans sa cadette. Le couple résida souvent au palais de Versailles et Bernard et ses sœurs y passèrent sans doute leur jeunesse. Bernard reçut une éducation militaire et juridique. Devenu adulte, la fonction de maître de la garde-robe, que son père avait occupé, lui fut accordée. La disposition d’un appartement au château de Versailles en était la conséquence. Dans cette fonction, le jeune Chauvelin se trouvait sous les ordres du duc de La Rochefoucauld-Liancourt (1747-1827), grand-maître de la garde-robe, qui tout en demeurant entièrement dévoué au roi, était acquis aux idées nouvelles, mêmes révolutionnaires, et se réunissait pour en discuter avec d’autres grands seigneurs aux convictions libérales. Ces messieurs connaissaient peut-être la lettre prémonitoire que Voltaire avait adressé au père de Bernard de Chauvelin, le 2 avril 1764, avant donc que ce dernier ne fût né, et dans laquelle il disait : « Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu’elle éclatera à la première occasion ; et alors, ce sera un beau tapage. Les jeunes gens sont bien heureux : ils verront de belles choses ».

Le régiment auquel Chauvelin appartenait était le Noailles Dragons et il le suivit probablement de garnison en garnison: Epinal en 1787, Carcassonne et Toulouse en 1788, Montauban en 1790, Revel, Toulouse et finalement Versailles en 1791. Lorsque le 21 juin 1788, à Carcassonne, il figura comme un des membres fondateurs de la loge maçonnique L’Aménité de Noailles, il y était mentionné avec le grade de capitaine. Cette loge militaire était composée exclusivement d’officiers, la plupart nobles. Le vicaire général du diocèse de Carcassonne, Louis-Jean Fizellier, aumônier royal, en faisait également partie. La plupart des membres prendraient à partir de 1790-1791 le chemin de l’émigration et de la lutte contre la république[24].

Chauvelin fit exception. Lorsque la révolution éclata il fut pris par les idées nouvelles et se rallia aux révolutionnaires. Il n’y avait là au début rien de bien particulier. A la cour se trouvaient de nombreux partisans de réformes fondamentales, voire de la révolution. Le supérieur hiérarchique de Chauvelin, le duc de Liancourt, grand-maître de la garde-robe, était un de ces grands libéraux et avec d’autres nobles de haute volée il s’employait à promouvoir les idées en marche. Il n’est donc pas certain qu’Antoine Bertrand de Molleville (1744-1818) ait eu raison en affirmant que Chauvelin fut soupçonné d’espionner la famille royale et d’informer ses amis politiques, avec comme résultat que l’accès au cercle intime lui fut rendu difficile, voire interdit. En effet, au cours des années 1789-1790 de nombreux proches du roi, et d’une certaine façon le roi lui-même étaient gagnés aux principes réformateurs, ce qui fait que Chauvelin ne se faisait pas spécialement remarquer dans un sens négatif. Bertrand de Molleville, qui fut démis en mars 1792 de ses fonctions de ministre de la marine, fut ensuite chargé par le palais d’une mission de police secrète afin d’espionner les jacobins. Sa remarque au sujet de Chauvelin pourrait éventuellement se référer à cette époque, très brève d’ailleurs[25]. Après le 10 août 1792 Molleville prit, comme tant d’autres, la fuite vers l’Angleterre.

Chauvelin demeura militaire et devint en 1791 aide de camp de son concitoyen Vendômois, héros de la guerre d’indépendance américaine, le maréchal et comte Jean-Baptiste de Rochambeau (1725-1807), qui était alors commandant en chef des armées du Nord et n’était pas grand partisan de la révolution. Début 1792, il épousa à Paris Herminie-Féliciane-Joséphine Tavernier de Boullongne. Ni son mariage ni ses obligations militaires ne l’empêchèrent de s’intéresser aux affaires du temps. Il revenait souvent à Paris où il avait sa résidence chez son beau-frère à l’hôtel d’Imécourt, rues Boudreau et de Trudon (celle-ci devenue ensuite rue Auber).

Déjà au printemps de 1789 il avait rejoint le Club de Valois, proche du parti du duc d’Orléans, un rassemblement d’aristocrates gagnés aux idées nouvelles, pour la plupart des membres de la haute noblesse. S’il fut inscrit à la Société des Amis de la Constitution ou Club des Jacobins, il le quitta sans doute à la même époque où Talleyrand (1754-1838), La Fayette (1757-1834), Sieyès (1748-1836) et d’autres s’en distancièrent. Avec eux il devint membre du Club de 1789, fondé en opposition aux jacobins, dans la première moitié de 1790. Ce club louait au prix fort des locaux luxueux situés au premier étage du Palais-Royal. Au mois de juillet 1791, après la fuite de Varennes et ses séquelles, les jacobins modérés, partisans d’une monarchie constitutionnelle, se réunirent au sein du Club des Feuillants, qui prit la suite du Club de 1789. Plus de 800 notables, nobles, industriels et financiers en faisaient partie. Leurs inspirateurs étaient dans une large mesure Talleyrand, Sieyès et La Fayette. Pendant une période assez brève, les Feuillants formèrent un groupe influent au sein de l’Assemblée législative, mais leurs divisions internes et la montée des forces extrémistes firent qu’à partir du mois d’août 1792 ils se trouvèrent acculés à la défensive[26]. Chauvelin ne figure pas sur les listes connues des membres inscrits de ce club[27] mais il est certain qu’il sympathisait avec les idées prônées par les Feuillants tout en ne s’éloignant pas beaucoup de ceux qui formeraient bientôt la Gironde.

Le 13 septembre 1791 la nouvelle Constitution entra en vigueur, faisant de la France une monarchie constitutionnelle, ce qui ne durerait d’ailleurs pas plus d’une année, puisqu’en septembre 1792 la république serait proclamée. Ayant promulgué la Constitution, l’Assemblée Constituante décida de se dissoudre après avoir décrété, dans un sursaut de pureté démocratique, que pour une période de deux ans, ses membres ne seraient plus éligibles à des fonctions officielles. Début octobre 1791 la nouvelle Assemblée législative inaugura ses activités. L’année 1792 serait particulièrement mouvementée, tant en raison des luttes entre les différentes tendances et factions et la succession rapide de gouvernements, que de l’ouverture de la guerre contre l’Autriche et la Prusse.

Cette guerre contre les voisins de l’Est amenait les dirigeants à la conclusion qu’il fallait de toute façon éviter des hostilités sur d’autres fronts, tant en Europe que dans les colonies. Cela voulait dire qu’une guerre avec l’Angleterre et avec les Provinces Unies devait être à tout prix évitée. Aussi de grands efforts furent-ils entrepris afin d’obtenir la neutralité de la part de ces deux pays, voire même la conclusion d’une alliance. A Londres plus personne n’était en mesure de négocier en ce sens au nom de la France. L’ambassadeur, comte Anne-César de la Luzerne (1741-1791) venait de mourir en septembre 91; son secrétaire, le poète André Chénier (1762-1794) était rentré en France; le ministre plénipotentiaire François de Barthélémy (1747-1830)[28] n’avait eu que le temps d’annoncer la nouvelle Constitution, pour être aussitôt après nommé ambassadeur auprès des cantons suisses; le comte de Choiseul (1752-1817), ambassadeur à Constantinople, avait été muté à Londres fin 1791 mais avait prudemment refusé le poste ; il ne restait plus à Londres que le modeste chargé d’affaires Yves Hirsinger (1757-1824)[29].

Le gouvernement, en particulier le ministre des affaires étrangères Claude-Antoine Valdec de Lessart (1750-1792), décida de faire appel à un poids lourd de la politique en la personne de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, un des constituants provisoirement sur la touche[30]. Il traversa la Manche et arriva à Londres le 24 janvier 1792, accompagné entre autres d’Armand de Lauzun, duc de Biron (1747-1793). Ce duc, criblé de dettes, raison d’ailleurs pour laquelle il avait adhéré à la révolution, fut incarcéré dès son arrivée à Londres. Des émigrés français l’avaient accusé d’être leur débiteur. Talleyrand put à grand peine faire libérer son compagnon et le renvoyer en France, où d’ailleurs il serait, l’année d’après, guillotiné. Talleyrand lui-même fut plus que froidement accueilli: sa réputation d’évêque défroqué et de noble gagné à la révolution ne le servait évidemment pas. Le roi ne le reçut qu’une fois et lui témoigna son profond mépris. La reine lui tourna le dos au moment où on allait le lui présenter. Le ministre des affaires étrangères Grenville voulut à peine rencontrer cet envoyé non-officiel. Malgré tout cela, Talleyrand estima pouvoir retourner à Paris avec le message que l’Angleterre maintiendrait une position neutre. Il avait sans nul doute raison car le premier ministre William Pitt, qui lui avait concédé à contrecœur un seul et unique entretien, lui avait confirmé qu’il ne voulait pas de guerre avec la France, même s’il ne songeait pas pour autant à conclure une alliance avec elle.

Chauvelin ambassadeur

La promesse de neutralité, vague et officieuse, n’eut pas l’heur de satisfaire le gouvernement et aux Affaires étrangères le sentiment prévalut qu’il fallait arriver à un traité de neutralité en bonne et due forme. On rêvait même tout haut d’un traité d’alliance. Talleyrand ne pouvait toujours pas être nommé officiellement, mais on se rendait bien compte que le prestige et le poids de la France exigeaient un ambassadeur à part entière. Le choix se porta de façon assez surprenante sur un jeune homme de vingt-cinq ans, Bernard de Chauvelin. Qui donc l’avait proposé ? On s’accorde à penser que ce fut Talleyrand. Déjà depuis Londres il avait écrit à son ministre que la présence d’un ambassadeur était souhaitable et avait suggéré Chauvelin, de qui il disait : Il a de l’esprit à grande dose, une manière franche et prononcée dans la Révolution[31]. Il n’est pas exclu qu’une des anciennes maîtresses du ci-devant évêque, restée une excellente amie, lui ait soufflé ce nom. Il s’agit de la vicomtesse (divorcée) de Montmorency-Laval, née Catherine Tavernier de Boullongne (1749-1838), qui cousinait avec la jeune épouse de Chauvelin. L’intervention du duc de La Rochefoucauld-Liancourt, très proche de Talleyrand, peut avoir joué un rôle également. Il se peut d’autre part que Chauvelin ait rencontré l’évêque d’Autun au cours des années 1790 et 91 autour de la table de jeu, chez la vicomtesse ou dans un autre hôtel particulier de la capitale, Très probablement ils furent les hôtes simultanés de Madame de Staël (1766-1817), chez qui les membres de l’aristocratie libérale venaient discuter. Il y a tout autant de chances qu’ils s’étaient rencontrés dans un des multiples clubs politiques. Malgré l’insistance de Talleyrand, rien ne se décida, ce qui contribua à sa décision de retourner en France, afin d’y convaincre sur place le gouvernement, qui venait une fois de plus d’être renouvelé. Les nouveaux dirigeants appartenaient en majorité aux Girondins, le roi s’étant séparé de certains Feuillants, et chez eux Talleyrand trouva une oreille plus attentive. Sieyès le soutint dans sa proposition et le nouveau ministre des finances, Etienne Clavière (1735-1793) en fit autant[32].

Le nouveau ministre des affaires étrangères, qui le fut de mars à juin 1792, était le général Charles Dumouriez (1739-1823). Il était à ce moment encore ami de Rochambeau et n’avait pas non plus oublié que sa carrière avec débuté en tant qu’adjoint militaire de Chauvelin père lors de la conquête de la Corse[33]. Ils s’étaient il est vrai disputés sur la tactique à suivre, mais après tant d’années Dumouriez n’en tenait sans doute pas rigueur au fils. Deux raisons qui faisaient dès lors que, bien qu’il préférât nommer des hommes bien à lui, il ne trouva pas la candidature de Bernard Chauvelin sans mérites et accéda à la proposition de Talleyrand. Dans ses notes au gouvernement il confirma que Talleyrand demeurerait le chef de la mission à Londres et que l’ambassadeur serait son adjoint. Le 28 mars 1792 il écrivit : Il est nécessaire que cet adjoint soit entièrement dans la main de M. de Talleyrand et ne puisse rien faire seul et de lui-même, n’étant absolument qu’un prête-nom. Je propose pour cette adjonction, M. de Chauvelin, qui convient à M. de Talleyrand[34].

Pour Chauvelin, la place était au delà de ses espérances et il accepta immédiatement. Choisir un jeune homme de vingt-cinq ans pour la fonction d’ambassadeur était inhabituel et sans doute Dumouriez comptait sur des dons diplomatiques que Chauvelin aurait pu avoir de par tradition familiale, tandis que sa qualité de marquis pouvait inspirer confiance aux aristocrates anglais. En outre il était d’à peine quelques années le cadet du premier ministre Pitt et du secrétaire aux affaires étrangères Grenville, tous deux âgés de trente-trois ans. Pitt occupait déjà depuis neuf ans la fonction suprême. Et puis surtout, Chauvelin, estimait-on, était trop jeune pour importuner Talleyrand. Un diplomate chevronné aurait sans doute moins facilement accepté cette position de subordination.

Mais Chauvelin fut peu après saisi d’un scrupule d’amour-propre et commença à faire des siennes avant même que la délégation ne prenne la route. Il s’était rendu compte qu’en plus de Talleyrand un deuxième chargé de mission avait été nommé, le juriste venu de Genève, Jacques-Antoine du Roveray (1747-1814)[35], qui entretenait de bonnes relations à Londres. Va pour une ‘belle-mère’, grommela-t-il, mais deux s’en était trop. Aussi les disputes se prolongèrent et le 20 avril – jour de la déclaration de guerre à l’Autriche - ces messieurs se trouvaient toujours à Paris. Dumouriez s’impatienta et convoqua l’éminence grise de la délégation, le pasteur d’origine suisse Etienne Dumont (1759-1829), ami de Mirabeau et du savant juriste anglais Jeremy Bentham, qui accompagnerait également, afin d’ouvrir certaines portes à Londres. Dumouriez lui dit : M. de Talleyrand s’amuse, M. de Chauvelin boude, M. Duroverai marchande. Dites-leur que, s’ils ne sont pas en route demain soir, après-demain une autre ambassade sera nommée et partira avant midi[36]. Ces messieurs se le tinrent pour dit, sachant que Dumouriez tenait un sien parent en réserve pour les remplacer et prirent la route le surlendemain à quatre heures du matin dans deux voitures. Un autre collègue important qui les accompagnait en tant que secrétaire d’ambassade était Karl Reinhard (1761-1837), un Allemand qui avait rejoint la révolution française et qui plus tard jouerait un rôle diplomatique de premier plan en France[37].

Le but principal de la mission consistait à persuader l’Angleterre de maintenir une position de neutralité envers la France révolutionnaire. La guerre avec l’Autriche ayant éclaté, l’abstention de l’Angleterre devenait vitale. D’autre part il fallait tenter d’obtenir un emprunt de plusieurs millions de livres. Dans ce but, la mission pouvait offrir l’île de Tobago en garantie. Il était sous-entendu que la France n’aurait pas les moyens de rembourser, ce qui voulait dire que, sans coup férir et par la voie diplomatique, l’île rejoindrait l’empire britannique[38].

Chauvelin s’occupait également des services secrets, en particulier de l’espionnage des Français émigrés. Pourtant, il eut semble-t-il aussi des contacts plus positifs avec certains émigrés. Il n’est pas certain qu’il rencontra des membres de sa famille, tels son beau-frère la Bourdonnaye ou son neveu Matthieu de Montmorency-Laval (1766-1820). Il aurait pu rencontrer Calonne pendant le court séjour de celui-ci à Londres, ou son ancien grand-maître de la garde-robe La Rochefoucauld-Liancourt, qui s’était mis à l’abri après le 10 août, ou Madame de Staël qui arriva en Angleterre peu de temps avant que Chauvelin n’en fût expulsé. Ce qui est certain c’est qu’il eut des contacts avec Pierre-Victor Malouet (1740-1814), ministre sous Louis XVI, qui en novembre 92 remit une requête afin d’obtenir la permission de prendre à Paris la défense de la famille royale[39]. Chauvelin transmit cette demande à la Convention, ce qui dans les circonstances était une preuve de courage. Elle fut évidemment accueillie avec mépris[40]. Chauvelin entretenait d’autre part des contacts avec des membres de l’opposition parlementaire britannique et même avec des partisans anglais de la révolution. C’est du moins ce que les Anglais ont retenu de lui.

Dès leur arrivée, les membres querelleurs de la mission française se trouvèrent au moins d’accord sur un point, qu’ils étaient tous également mal accueillis. Etienne Dumont nota ce qui leur advint lors d’une promenade dans les jardins du Ranelagh: Les regards curieux, mais d’une curiosité qui n’était pas de la bienveillance, se dirigeaient de toutes parts sur notre bataillon, car nous étions huit ou dix. (...) On se retirait à droite et à gauche, à notre approche, comme si on eût craint de se trouver dans l’atmosphère de la contagion. (...) Nous nous retirâmes bientôt après, observant que M. de Talleyrand n’était en aucune manière affecté ou déconcerté et que M. Chauvelin l’était beaucoup[41].

Le 2 mai 1792 Chauvelin put remettre ses lettres de créance au roi George III. Ce fut l’occasion d’un incident diplomatique car le lendemain les journaux de Paris arrivèrent à Londres, dans lesquels on trouva le contenu de la lettre personnelle de la part de Louis XVI que Chauvelin avait remise au roi. Il s’était donc étalé à la une des journaux parisiens, avant même que le souverain britannique n’ait pu en prendre connaissance. La mission débutait dès lors sous de mauvais auspices. Néanmoins Talleyrand engagea des pourparlers avait quiconque acceptait de le rencontrer, dans le but de maintenir la paix entre les deux pays et de faire reconnaître le nouveau gouvernement par les Anglais. En outre, il s’agissait de négocier l’accord des Anglais pour que la famille royale française puisse s’exiler en Angleterre et partir de là vers l’Amérique. Le premier ministre Pitt semblait y être favorable. Alors que Chauvelin jouait son rôle d’ambassadeur, Paris comptait sur les capacités de négociateur de Talleyrand afin d’aboutir aux résultats escomptés. Thomas Carlyle l’avait fort bien compris lorsqu’il écrivait : brisk young marquis Chauvelin as ambassador’s-cloak[42]. L’énergique Chauvelin donc en tant que ‘couverture’. 

Que la relation Talleyrand – Chauvelin était en Angleterre comprise telle qu’elle était, est clairement démontré par la caricature qui parut dès le 14 mai, c’est à dire peu de jours après l’arrivée de ces messieurs à Londres[43]. Le titre de la caricature était: The Bishop of a Tun's breeches; - or - the flaming eveque, purifying the house of office! Soit : “L’évêque des culottes d’une tonne ou – l’ardent évêque purifiant la résidence officielle”. La ‘résidence’ était représentée par des latrines. Talleyrand, mitre en tête, habillé en évêque, avec un titre rappelant qu’il avait été évêque d’Autun, tenait au-dessus du trou, se balançant à sa crosse, une culotte de noble livrée aux flammes. Sa robe remontée laissait voir une jambe nue, comme preuve qu’il était véritablement un ‘sans-culotte’. Du trou émergeait une tête de diable, chantant le ‘Ça-ira’. Tout cela référait évidemment à des symboles de la république : la culotte des aristocrates devait céder la place au pantalon de l’homme de la rue. Les ‘sans-culottes’ étaient objet de risée en Angleterre. Derrière la fumée autour de la culotte en flammes se distinguait la silhouette du palais de Westminster, siège du Parlement, symbole de l’Angleterre menacée par le danger de la révolution.

A côté de Talleyrand figurait un homme déguisé en femme, plus exactement en ‘poissarde’ (la marchande de poisson, autre symbole du peuple révolutionnaire), avec deux poissons pendus à sa ceinture,  tenant dans une main une torche allumée portant les mots Inflammatory Epis[tle] et dans l’autre un document ayant comme titre Instructions from the National Assembly to their Diplomatic [representatives]. L’epistle était évidemment la lettre que Chauvelin avait remise au roi George III et qui avait mis le feu aux poudres par sa publication prématurée tout à fait désobligeante. Quant aux Instructions il s’agissait des notes circonstanciées dans lesquelles Dumouriez avait défini la mission des diplomates envoyés à Londres et qui avaient également  été ébruités[44]. Que Chauvelin était représenté en ‘poissarde’ provenait du fait qu’un ragot s’était répandu à Londres comme quoi il avait été aperçu dans la foule, déguisé de cette façon, lors des émeutes du 6 octobre 1789 et de la marche sur Versailles, qui força le roi et sa famille de regagner Paris.[45].

Derrière les deux personnages principaux se dessinaient trois silhouettes, qui sans doute représentaient les autres membres de l’ambassade française. Une de ces figures à trogne de bandit tenait une poêle à charbon, une autre un tisonnier rouge et tous trois portaient l’écharpe tricolore. Comme légende la caricature portait le texte: To the Patriots of France & England, this representation of the Burning Zeal of the holy “Attaché à la Mission” and his collegue “L’envoié des Poissardes”, is most respectfully dedicated. La caricature témoignait non seulement de l’opinion générale en Angleterre au sujet de la révolution française, mais montrait également que la position respective de l’ambassadeur et de son ‘attaché’ était bien connue. Le dessin était de la plume du plus important caricaturiste de l’époque, James Gillray (1757-1815), l’inventeur du personnage de  ‘John Bull’[46].

Pourtant, la réalité pas plus que la perception n’y pouvaient rien : officiellement Chauvelin représentait bel et bien son pays et à lui revenaient donc les rencontres officielles, au cours desquelles il comptait bien se faire respecter. Lorsque William Pitt le traita de façon peu courtoise au cours d’une audience, Chauvelin se vengea en lui marchant ‘par inadvertance’ sur les pieds[47]. Une autre fois, lorsque le secrétaire au Foreign Office Grenville lui offrit une chaise boiteuse, il la refusa et alla s’installer dans le plus beau fauteuil du salon d’audience[48]. Le panache ne lui manquait donc pas. Ce même panache qu’il pouvait probablement afficher lorsqu’il recevait en son ambassade. Celle-ci était installée dans un immeuble de grand standing, le Home House, 20, Portman Square, construit vingt ans plus tôt par les grands architectes James Wyatt (1746-1813) et Robert Adam (1728-1792) pour la comtesse Elisabeth Home, qui avait hérité de la fortune de son père, planteur à la Jamaïque, devenu richissime sur le dos de ses esclaves nègres[49].

Arrivés à Londres le 29 avril 1792, Chauvelin et Talleyrand purent transmettre dès le 25 mai la dépêche annonçant que le gouvernement britannique confirmait sa neutralité. Il ne semblait pas toutefois qu’à bref délai un entérinement sous forme de décision du parlement pouvait être espéré. Aussi Talleyrand jugea-t-il qu’il n’avait plus que faire à Londres et retourna-t-il en France, laissant Chauvelin se débrouiller pour le reste. Entre-temps en France la révolution s’accélérait. Le 10 août la monarchie était de facto abolie et le roi et sa famille incarcérés. Le gouvernement britannique rappela immédiatement son ambassadeur à Paris, Lord Georges Granville-Leveson-Gower (1758-1833), plus tard duc de Sutherland, sans pour autant rompre les relations diplomatiques. A Londres, toute relation avec l’ambassade de France était désormais évitée. Début septembre les massacres perpétrés à Paris, horrifièrent l’Europe entière. Le 21 septembre la monarchie était abolie et le lendemain la république proclamée. La machine des arrestations et des exécutions se mettait en marche. Au milieu de l’effervescence, Talleyrand avait réussi à obtenir (ou à acheter ?) le précieux passeport que lui remit Georges Danton (1759-1794) et qui lui permit de sauver sa peau. Lorsque les chefs de la Convention s’en rendirent compte, ils le décrétèrent d’accusation et lancèrent – en vain - un mandat d’arrêt[50]. De retour à Londres, Talleyrand eut encore quelques contacts d’une part avec Grenville, d’autre part avec l’ambassade de France et en premier lieu avec Chauvelin, qui maintenait sa confiance en son ‘mentor’ et louait son patriotisme. Son rôle était toutefois terminé[51].

Ambassadeur à part entière

A partir de juin 1792 Chauvelin s’était donc trouvé seul. Au cours des mois suivants il s’employa sans relâche à informer Paris de la situation à Londres et de donner des avis, tout en essayant – tâche encore plus ardue – de garder le contact avec les dirigeants anglais.

C’est ainsi qu’il entreprit un grand effort afin de conjurer les dirigeants à Paris de ne pas toucher au roi, les avertissant qu’ils en subiraient les dures conséquences. Le 31 août 1792 il écrivit au ministre Lebrun-Tondu : Je ne puis vous cacher que la position particulière et individuelle du Roi inspire un intérêt assez général et je ne crains pas d’affirmer que les amis de la liberté dans tous les pays n’apprendraient pas sans indignation que, commettant un crime inutile, on déshonorât la plus belle des causes, en attentant à ses jours. Le 26 septembre 1792 : Soyons humains et magnanimes envers cet homme qui a été roi et qui n’est plus que malheureux et je vous garantis qu’avant peut-être que la Constitution de la République soit terminée par la Convention nationale, elle sera reconnue, respectée par toutes les puissances neutres. Le 17 octobre 1792 : Ceux-là même qui ont toujours montré le plus d’attachement à la Révolution française s’accordent à considérer tout attentat qu’on voudrait porter à leurs [la famille royale] jours, de quelque manière que ce fût, comme un des évènements les plus funestes à la liberté[52]. Malgré les précautions qu’il prenait  en insistant que ses avis ne concernaient pas le roi, mais les intérêts de la République, l’envoi de tels écrits témoignait de courage. Ils pouvaient un jour ou l’autre lui coûter cher.

Tous ses autres rapports insistaient sur la nécessité de prudence. Lorsque le ministre Lebrun lui donna instruction, au sujet de la reconnaissance du gouvernement provisoire français après la proclamation de la république, de référer auprès de ses interlocuteurs anglais au fait qu’il y avait eu un précédent en sens inverse, lorsqu’en 1648 le gouvernement de la France avait reconnu le gouvernement révolutionnaire d’Olivier Cromwell (1599-1658), il lui fit remarquer que s’il y avait un nom à surtout ne pas citer auprès des serviteurs contemporains de la monarchie, c’était bien celui du ‘Lord Protecteur’ régicide.

Chauvelin devait d’ailleurs s’employer à combattre encore d’autres idées saugrenues de son ministre. Ainsi, celui-ci était-il persuadé que la révolution pouvait à tout instant éclater en Angleterre et il dut s’ingénier à le détromper[53]. Au cours du mois de juillet, Chauvelin dut transmettre de la part de Grenville une note proposant un arrangement français afin de mettre fin aux activités corsaires de part et d’autre. Il laissa passer une quinzaine de jours avant de répondre qu’il n’avait pas obtenu de réponse et qu’il n’en attendait pas. En effet, les Anglais bénéficiaient de la course et tant qu’un accord plus général ne pouvait se réaliser, ils poursuivraient cette activité[54]. Les pirateries ne se résoudraient que dans le cadre d’une alliance entre les deux pays et pour en arriver là, concluait Chauvelin, la route était encore longue.

Le 26 octobre 1792 il mettait en garde les dirigeants français afin qu’ils n’attaquassent pas les Pays-Bas autrichiens, ceci devant nécessairement entraîner une déclaration de guerre de la part de l’Angleterre, qui craignait que ce ne serait qu’un premier pas vers l’annexion des Provinces Unies. Quinze jours plus tard sa dépêche était plus rassurante, après qu’il eut assuré les Anglais que les provinces du Nord seraient laissées en paix. A maintes reprises il informa que l’opinion publique en Angleterre était de plus en plus montée contre la France.  C’est ainsi que sur la demande du chef de l’opposition, Charles Fox (1749-1806), qui au début sympathisait avec la révolution française, il eut à adjurer la Convention de s’abstenir de poursuivre l’idée de l’honorer avec une citoyenneté d’honneur[55].

A partir du 10 août 1792 Chauvelin, tout comme les autres membres de l’ambassade française, fut placé en quarantaine. Toute audience lui était refusée. Il n’empêche qu’il pouvait entretenir suffisamment de contacts pour pouvoir assurer que l’Angleterre ne modifierait pas sa position de neutralité. A Paris Chauvelin demeura persona grata. Son rappel fut envisagé lorsque les Britanniques rappelèrent leur ambassadeur, mais Danton et Lebrun purent convaincre leurs collègues de le garder sur place. Les Anglais n’aimaient pas Chauvelin ? Eh bien, tant pis, ils devaient faire avec et si le désir leur prenait de négocier, c’est à lui qu’ils devaient s’adresser. Ils ne le firent évidemment pas, jusqu’au moment où les Français, après leurs victoires inattendues à Valmy sur les Prussiens (20 septembre) et à Jemappes sur les Autrichiens (6 novembre), s’emparèrent des Pays-Bas autrichiens et décidèrent de forcer la liberté de passage au profit du port d’Anvers. Pour les Anglais, cette violation des droits de leur allié Hollandais signifiait un casus belli. Avant de prendre une décision sans appel, une ultime négociation sembla nécessaire et, très à contrecœur, Grenville convoqua Chauvelin. Cette entrevue, qui eut lieu le 29 novembre 1792, se déroula d’après les comptes-rendus établis de part et d’autre dans une atmosphère tendue et n’aboutit à rien.

Entre-temps d’autres personnes s’affairaient afin de sauvegarder la paix entre la France et l’Angleterre. Successeur de Dumouriez et son homme de confiance, l’ancien ecclésiastique Pierre Lebrun-Tondu (1754-1793), avait joué un rôle lors des débuts de la révolution dans la principauté de Liège. Il envoya en tant que conseiller d’ambassade à Londres l’ex-séminariste François Noël (1755-1841) qui débutait dans une carrière qui serait longue et réussie. Il avait pour mission d’approcher William Pitt par l’entremise d’un de ses confidents, l’aventurier et agent provocateur William Augustus Miles (1753-1817)[56] qui, pour le compte de Pitt avait séjourné à Paris et y avait infiltré les Clubs Jacobins. Il ménagea en effet une rencontre entre Pitt et Noël, qui toutefois n’aboutit à rien[57].

Thomas Paine (1737-1809) fournissait lui aussi de grands efforts. Avec l’aide de l’ambassadeur américain, Gouverneur Morris (1751-1816) il chercha fébrilement les moyens de rapprocher les deux gouvernements et en même temps de sauver la famille royale de la mort, grâce à l’exil. Le petit groupe dont il était l’initiateur entretenait des contacts avec le général Dumouriez et avec quelques membres modérés du gouvernement, en premier lieu avec  Lebrun-Tondu. Ce groupe envoya son propre chargé de mission secret en Angleterre, le modéré Hugues-Bernard Maret (1763-1839), qui serait plus tard un des collaborateurs fidèles de Napoléon, sous le nom de duc de Bassano. On espérait qu’il pourrait réussir, là où Chauvelin et Noël avaient échoué. L’historien et homme d’état Adolphe Thiers (1797-1877) a même écrit que ce fut Pitt lui-même qui avait demandé de lui envoyer un émissaire secret. Début décembre, Pitt lui accorda un entretien, qui lui donna de l’espoir. Le sort de la famille royale ne fut semble-t-il pas évoqué, Pitt s’attardant sur deux problèmes qui touchaient aux intérêts de l’Angleterre: la libération de la navigation sur l’Escaut et les propos séditieux de Français essayant de fomenter des révolutions dans d’autres pays[58]. Les deux hommes se quittèrent sur la promesse de se revoir. Mais Chauvelin eut vent de cette diplomatie parallèle et s’en plaignit auprès du gouvernement français qui rappela Maret.

Paine et ses amis ne perdirent pas courage pour autant. A la mi-janvier ils décidèrent d’envoyer Maret une deuxième fois, ce qui se fit en de bien pénibles circonstances. Le 17 janvier Louis XVI fut condamné à mort et le 21 janvier exécuté. En arrivant à Douvres, Maret apprit que la veille Chauvelin avait été expulsé et il fit immédiatement demi-tour, se rendant compte que toute négociation avec Pitt était devenue inutile[59]. A la Chambre des Lords, Pitt vint déclarer que Chauvelin était un homme dangereux, qui propageait les idées de la révolution. Le 1er février 1793 la France et l’Angleterre étaient en guerre[60].

La dernière action entreprise par Chauvelin avait été au sujet d’une nouvelle loi, la Alien Act, approuvée par la Chambre des Communes le 7 janvier 1793, dont le but était de mettre un frein à l’immigration de Français[61]. On s’était rendu compte que tous n’étaient pas de bons anti-révolutionnaires qui fuyaient la France, mais  que des adeptes de la révolution se trouvaient parmi eux. Ceux-ci cherchaient à influencer les groupes pro-révolutionnaires qui commençaient à se manifester dans les villes, en particulier la London Corresponding Society[62], qui de ce fait se sentaient soutenus et croissaient en nombre. Dans ses lettres adressées à William Grenville, Chauvelin protesta au sujet de la proposition de loi en discussion et poussa de hauts cris. Il lui écrivit : Au milieu des combats de la liberté et du despotisme, au sein des plus violentes agitations, la France s’est honorée par un respect religieux pour tous les étrangers vivant parmi elle, et particulièrement pour tous les Anglais, quelles que fussent leurs opinions, leur conduite, leurs liaisons avec les ennemis de la liberté […]. Et ce serait pour prix de cette conduite généreuse que les Français se trouveraient soumis, peut-être seuls, à un acte parlementaire qui accorderait au gouvernement anglais contre les étrangers la latitude d’autorité la plus arbitraire ! […] qui permettrait aux secrétaires d’état de les assujettir sans motif et sur un simple soupçon aux formalités les plus odieuses ! Lecture fut faite de sa lettre à la Chambre des Communes et son argumentation fut reprise par Charles Fox qui le 12 février 1793 déclara : The French made no regulations that put aliens on a different footing from Frenchmen. They made general regulations of safety and police, as every nation has a right to do. We made regulations affecting aliens only, conferred to be more particularly intended to apply to Frenchmen[63]. Pitt, Grenville et leurs partisans avaient à cette date déjà voté la loi et n’y songeaient pas de revenir sur la question.

Souvent il a été dit que Chauvelin n’était rien de plus que le garçon de courses de Talleyrand. Ce qui précède démontre l’exagération d’un tel jugement qui est controuvé par la chronologie. Pendant la plus grande partie de sa mission, soit de juin 1792 à fin janvier 1793, Chauvelin se retrouva pratiquement seul en première ligne. Lorsque, après son retour en Angleterre en septembre, Talleyrand essaya de faire croire qu’il travaillait toujours pour le gouvernement, il s’avéra presque aussitôt qu’il n’en était rien et qu’il avait tout simplement pris la fuite, tout comme tant d’autres. Chauvelin vit arriver à Londres l’ex-marquis Victor-Scipion Chambonas de la Garde (1750-1830). Celui-ci avait été un des quatre ministres des affaires étrangères éphémères pendant les mois de juin et juillet, entre Dumouriez et Lebrun-Tondu, mais après les évènements du 10 août il avait pris la fuite[64]. Contrairement à ces messieurs, Chauvelin resta à son poste et la correspondance entre lui et Grenville, qui fut publiée, ainsi que ses nombreux rapports et lettres adressés à Paris, témoignaient des grands efforts qu’il s’était imposé[65]

Un de ses critiques, l’historien Albert Sorel (1842-1906), a écrit que Chauvelin n’était pas à la hauteur de sa mission diplomatique. Très jeune encore, fort inconsidéré, plein de suffisance, d’une vanité ombrageuse, obsédé par l’inquiétude où il était de se faire pardonner sa naissance, Chauvelin se montra émissaire compromettant, observateur médiocre et négociateur maladroit[66]. Jacques Chastenet (1893-1978) estima quant à lui que Chauvelin ne fit que rendre plus difficile la mission de Talleyrand : Chauvelin, spirituel, mais vaniteux et assez arrogant, supportant d’ailleurs mal la tutelle du Mentor, allait gâter beaucoup de choses.  Peut-être un diplomate adroit eût-il pu profiter de cette constante disposition [du gouvernement britannique en faveur de la neutralité] pour assurer définitivement la paix entre la France et la Grande-Bretagne. Chauvelin n’était rien moins qu’adroit. Les succès français avaient enfiévré sa tête légère et il prenait [auprès des Anglais] pour pusillanimité ce qui n’était que prudence[67].

Chauvelin ne devait évidemment pas compter sur la bienveillance des historiens anglais, tandis que du côté français sa réputation se ressentît du fait que les évènements étaient surtout traités par des historiens s’intéressant en premier lieu à Talleyrand et enclins à lui octroyer le rôle principal. Ce premier rôle fut sans nul doute le sien au cours du mois de mai 1792, mais ensuite il ne fut plus question de lui et Chauvelin dirigea la mission au mieux de ses possibilités. Un Chauvelin plus perspicace ou plus expérimenté aurait-il pu mieux réussir ? Les oppositions entre la France révolutionnaire et le royaume de Grande Bretagne étaient tels qu’il ne semble pas qu’elles auraient pu être surmontées, quelles que soient les qualités de l’ambassadeur. Talleyrand, fine mouche comme il l’était, n’avait pas tardé de s’en rendre compte et avait dès lors décampé. Chastenet était finalement du même avis : A vrai dire, il eût fallu des prodiges d’adresse pour faire accepter par le cabinet et l’opinion britanniques les procédés du gouvernement de Paris[68].

The scarlet pimpernel

L’ambassade anglaise de Chauvelin lui a valu, sur le tard et particulièrement dans le monde anglo-saxon, une réputation considérable et sulfureuse, quoique imméritée. En 1903 fut représentée une pièce de théâtre et en 1905 publié un roman sous le titre The scarlet pimpernel. L’auteur en était une baronne anglo-hongroise, Emmuska Orczy (1866-1947). Elle racontait l’histoire d’un aristocrate anglais intrépide, Sir Percey Blakeney, qui se dissimulant sous un masque de frivolité et de naïveté et usant de toutes sortes de déguisements, réussissait sous la Terreur de sauver nombre d’aristocrates français de la guillotine. Dans cette histoire, Chauvelin (the evil, villain, cruel, blackmailing Chauvelin -  the evil genius that presided over the Secret Service of the Republic - the aristocrat turned revolutionary - the diplomat turned spy[69]) était mis en scène comme l’homme de main de Robespierre (1758-1794) qui, du fait de son ambassade à Londres était bien au fait de la société anglaise et était bien placé pour débusquer ce ‘Pimpernel’ insaisissable. Le suspense était mené à son paroxysme du fait que Marguerite, la fiancée de Sir Percey, avait été précédemment l’amie de Chauvelin.

Au départ, la pièce de théâtre, jouée à Nottingham, n’eut que peu de succès. Mais après quelques adaptations de l’intrigue, l’engouement fut tel que l’acteur Fred Terry (1863-1933) joua le rôle principal pour le restant de sa vie, en tandem avec son épouse, l’actrice Julia Neilson. Le succès sur scène se décupla, lorsqu’en 1905 l’histoire parut sous forme de roman. Le super-héro, le précurseur de Superman et de James Bond était né. Dès 1912 une première pièce de théâtre adaptait l’histoire en français, sous le titre Le Coquelicot[70]. Elle fut jouée au Théâtre de l’Ambigu à Paris et le texte parut en feuilleton dans la revue Comoedia.

Depuis lors le succès ne s’est plus démenti, et les livres de la baronne devinrent des best-sellers dans de nombreuses langues. L’histoire fut reprise plusieurs fois, soit dans des films de cape et d’épée, soit dans des comédies musicales. Ce fut d’abord en 1917 The scarlet pimpernel[71] et en 1919 The elusive scarlet Pimpernel[72], le premier américain, le second anglais, évidemment muets et en noir et blanc. En 1934 il y eut à nouveau un film hollywoodien[73], suivi en 1937 par un film britannique[74]. En 1941 Hollywood concocta une version adaptée à la situation, sous le nom de Pimpernel Smith, l’histoire de l’archéologue Pimpernel, qui sauvait des victimes hors des griffes des nazis[75]. Après la guerre on en revint à l’histoire d’origine. Une nouvelle version britannique, le premier Scarlet pimpernel en couleurs, fut tournée en 1950[76]. En 1954 la télévision commerciale ITV en fit une série qui ne comptait pas moins de dix-huit épisodes[77]. En 1982[78] et une fois encore en 1999[79] la BBC consacra des séries somptueuses au Scarlet pimpernel.

Au cours des années quatre-vingt-dix, l’histoire fut traitée sous la forme d’une comédie musicale montée à Broadway, où elle se prolongea pendant plusieurs années, en trois versions successives[80]. La musique de Frank Wildhorn fut très appréciée. Depuis, la même comédie a été produite à travers les Etats-Unis et la Grande Bretagne et dans nombre d’autres pays[81]. Dans chaque version, Chauvelin joue immanquablement le rôle du vilain. Le ‘mouron rouge introuvable’ est devenu dans la culture anglo-saxonne le symbole de quelqu’un ou de quelque chose que l’on recherche en vain[82]. La popularité du Scarlet Pimpernel, apparaît également dans le fait que la machine de recherche Google accusait début 2007 environ 800.000 ‘hits’ qui correspondent à ce nom et que l’encyclopédie Wikipedia y consacre de longs articles en plusieurs langues.

La baronne avait écrit une histoire entraînante, qu’elle poursuivit dans une douzaine de séquelles supplémentaires. En outre elle écrivit des dizaines d’autres livres, surtout des romans policiers tandis que, de concert avec son mari Montague Barstow (1865-1943), elle produisit de nombreuses illustrations pour des livres et des magazines. Le succès qu’elle remporta en de nombreuses langues avec son Pimpernel, fit d’elle une femme très riche, ce qui l’amena à chercher quelque protection contre le fisc anglais en se domiciliant à Monaco.

Toutefois, malgré tout le succès qu’elle obtint, le rôle qu’elle avait fait jouer à son personnage de vilain et d’espion n’avait jamais été celui de Chauvelin, puisqu’il avait été lui-même une des victimes de Robespierre. Cela n’empêche que dans le monde anglo-saxon le nom de Chauvelin est chargé de connotations sinistres et à n’en pas douter il en demeurera ainsi. Comme c’est souvent le cas, la réalité historique a été remplacée par la légende.

Temps difficiles

Chauvelin avait en avril 1792 quitté une France qui était encore une monarchie constitutionnelle, dirigée par un gouvernement. A son retour fin janvier 1793 elle était devenue une république, sous la coupe d’une Convention Nationale et surtout d’un Comité de Salut Public, organe quasi-dictatorial composé de neuf et bientôt de douze membres. Les dirigeants du moment voulaient négocier avec l’Autriche, sinon la paix, au moins une trêve. Comme ils venaient de déclarer la guerre à l’Angleterre et à la Hollande, ils étaient bien contraints de chercher ailleurs une tranquillité nécessaire. Ils venaient d’ailleurs le 18 mars d’être battus à Neerwinden par les Autrichiens et avaient à la hâte quitté les Pays-Bas autrichiens. On dépêcha nombre de diplomates et d’agents secrets en direction de l’Autriche et de ses alliés, afin de prêcher l’apaisement.

Qui songea à Chauvelin pour une telle mission ? Peut-être Lebrun-Tondu qui pour un bref laps de temps gérait encore les Affaires étrangères, avant de monter à l’échafaud. Ou sinon l’un ou l’autre membre du ‘Comité de Salut public’, plus particulièrement Danton ou Hérault de Séchelles (1759-1794). Quoi qu’il en soit, au mois d’août 1793[83] Chauvelin fut envoyé à Florence afin de persuader le grand-duc de Toscane, allié des Autrichiens, de la désirabilité de la paix. Mais le grand-duc était aussi ami des Anglais, qui étaient chez eux dans sa capitale et qui veillèrent à ce que Chauvelin soit mal accueilli et réexpédié illico d’où il venait. L’ambassadeur anglais, lord Hervey (1757-1796) alla jusqu’à menacer le grand-duc que si Chauvelin n’était pas parti endéans les vingt-quatre heures, la Navy bombarderait Livourne.

En ralliant à nouveau la France, Chauvelin la retrouva sous la coupe de la Terreur et il fut lui-même presque aussitôt arrêté. On lui reprochait sa qualité de noble, ainsi que ses relations avec Rochambeau – également arrêté -, avec Dumouriez - passé à l’ennemi -, avec Talleyrand - qui avait sollicité l’asile politique en Grande Bretagne et émigrerait bientôt aux Etats-Unis –, et en général avec tous les Girondins et anciens Feuillants qui les uns après les autres passaient sous la guillotine. Parmi eux se trouvaient beaucoup de ses parents, amis et connaissances. Ils furent suivis par leurs accusateurs : au mois d’avril 1794 les Dantonistes et les Hébertistes, qui s’étaient entredéchirés, furent embarqués pêle-mêle sur les mêmes charrettes, en route pour l’échafaud. Chauvelin demeura en prison pendant près d’un an et ce n’est qu’à la dernière minute qu’il eut la vie sauve, grâce au coup d’état du 9 Thermidor (27 juillet 1794) et à la fin de Robespierre.

Le beau-père de Chauvelin, Jean-Baptiste Tavernier de Boullongne (1749-1794) eut moins de chance. Il s’était pourtant montré partisan des idées nouvelles et s’était affilié au Club des Jacobins. En 1788-1790 il avait appartenu, avec les abbés Grégoire et Raynal, avec La Fayette et Lavoisier, avec Condorcet et Mirabeau et toute une série d’aristocrates à la Société des Amis des Noirs fondée par Jacques-Pierre Brissot de Warville (1754-1793), qui militait pour l’abolition de l’esclavage et pour la lutte contre la traite des noirs[84]. En 1773 Tavernier avait été initié à la loge maçonnique parisienne Les Amis Réunis, démissionnant toutefois deux ans plus tard pour les raisons qui seront éclaircies ci-après. Lorsqu’il apprit sous la Terreur que la plupart des fermiers généraux avaient été arrêtés, lui qui ne l’était plus, se présenta spontanément afin de prendre la place de son successeur éphémère. Tout comme ses  collègues, il ne s’imaginait pas ce qui les attendait. Incarcéré le 25 novembre 1793, il fut condamné à mort le 8 mai 1794, avec exécution immédiate. Il n’était pas le seul dans son cas, puisque 26 autres fermiers généraux furent exécutés en même temps, comme ennemis de la république. Il s’agissait de l’élimination de tout un groupe, chez qui l’on espérait récupérer beaucoup d’argent[85]. Parmi eux se trouvait le grand chimiste Antoine de Lavoisier (1743-1794) et lors de sa condamnation le juge Jean-Baptiste Coffinhal (1754-1794)[86] laissa échapper que ‘La République n’a pas besoin de savants’[87]. L’exécution eut lieu Place de la Révolution, à deux pas de la Place Vendôme, d’où la femme et les enfants de Tavernier pouvaient suivre les évènements dramatiques.

Jean-Baptiste Tavernier de Boullongne de Préninville avait mené une vie passablement agitée. Son père, qui voulait faire de lui un grand financier, ne fut pas particulièrement bien inspiré dans l’éducation qu’il lui fit donner à cet effet. Il lui donna pour précepteur un jeune prêtre en rupture de ban, que l’abbé Raynal lui avait recommandé et qui fit de l’élève un aventurier sauvage et un philosophe incrédule. Ce précepteur s’appelait Jean de Pechmeja (1741-1785) et se fit une réputation en écrivant Télèphe, un roman philosophique en douze parties, qui décrivait une société utopique dans laquelle les maîtres et les serviteurs devenaient égaux. Il fut également l’auteur d’un manifeste contre la traite des noirs, publié sous la signature de l’abbé Raynal. Il est évident qu’avec un tel maître, Jean-Baptiste Tavernier ne se préparait pas à suivre des voies conventionnelles.

Ne se doutant de rien, son père lui procura néanmoins la charge lucrative de ‘trésorier général de l’extraordinaire des guerres’. Après deux ou trois années il s’avéra que Jean-Baptiste avait dilapidé les fonds du trésor et afin d’éviter la faillite son père dut éponger des dettes pour un montant de 1,5 million de livres. Il le fit à condition que son fils parte à l’étranger, où il lui verserait une modeste mensualité. Quittant femme et enfants, démissionnant de sa loge, Tavernier parcourut l’Europe jusqu’en 1782, mais à peine de retour il causa un nouveau déficit de 1,5 million de livres, que le père dut à nouveau prendre à sa charge. Il renvoya son fils en exil et lui fit enlever toute autorité maritale et paternelle. N’empêche que lorsque le fils revint en 1789, il fut considéré comme complètement corrigé et amendé et présenté par le vieux père comme son successeur dans la charge de fermier général. Pour son plus grand malheur il fut le tout dernier à être nommé dans cette fonction. Après quelques semaines il décida que la comptabilité et l’administration n’étaient rien pour lui et, tout en restant le titulaire nominal de la haute fonction, il mit les activités qu’elle entraînait entre les mains d’un neveu, Jean-Baptiste Chicoyneau de la Valette, moyennant le paiement d’une annuité qui lui permettrait de vivre confortablement en dehors de tout souci. Un de ses contemporains le décrivit ainsi: Riche de 50.000 écus de rente, d’une figure agréable, grand, spirituel et instruit, connaissant plusieurs langues, excellent musicien et ayant un goût exquis.

Le père de Jean-Baptiste, Philippe-Guillaume Tavernier de Boullongne (1712-1791), connu sous le nom de Boullongne de Magnanville, était, contrairement à son fils, un bon gestionnaire qui fit fructifier son immense fortune. Sa seule ‘folie’, mais il pouvait se la permettre, fut l’achat du château aux allures princières de Magnanville, près de Mantes-la-Jolie, dont il fit un centre de culture, de théâtre et de musique. Dans les cinquante appartements que comptait son immense palais, il avait de quoi satisfaire ses hôtes de marque. Ainsi reçut-il l’empereur Joseph II, lors de sa visite incognito en France. Tavernier avait acheté le domaine de Magnanville à Charles-Pierre Savalette de Magnanville (1713-1790), qui avait dû s’en défaire afin de liquider les dettes de son fils volage[88]. Ce fils était Charles-Pierre Savalette de Langes (1745-1798) qui serait appelé à jouer un rôle important dans la franc-maçonnerie parisienne et française[89]. Tant Savalette de Magnanville que Boullongne de Magnanville furent membre de la loge Les Amis Réunis ainsi que de la loge l’Olympique de la Parfaite Estime et de la société musicale Société Olympique qui y était liée[90]. Boullongne de Magnanville devint fermier général en 1759. Il avait accès à la cour et la marquise de Pompadour (1721-1764), maîtresse de Louis XV, accepta d’être la marraine de Jean-Baptiste, son fils unique.

En 1773 Jean-Baptiste épousa Louise-Jeanne Walckiers de Tronchienne (1755-1796). Il s’agissait d’une union concoctée par les parents et qui ne dura guère, tout en produisant néanmoins trois enfants : Auguste (1773), Herminie (1775) et Juliette (1778). Un contemporain décrivit Louise Walckiers comme suit : Elle réunissait à la meilleure éducation, une tête belle et spirituelle et un attachement de Flamande. Elle était la fille aînée d’Adrien-Ange Walckiers (1721-1791), receveur général des contributions en Flandre, grand bailli de Termonde et membre du Conseil d’Etat à Bruxelles (vicomte en 1786) et de Dieudonnée-Louise Nettine (1736-1789), héritière d’une grande famille de banquiers[91]. Adrien Walckiers et son fils après lui, furent mis à la tête de la Banque Nettine, qui aux Pays-Bas autrichiens fonctionnait en tant qu’institut d’émission et de banque nationale. Le fils, Edouard Walckiers (1758-1837), devenu partisan de l’avocat révolutionnaire Vonck, devint le principal financier des démocrates au cours de la Révolution brabançonne de 1789-1790[92]. En plus d’Edouard Walckiers, l’épouse de Boullongne avait un second frère, Charles Walckiers (1760-1789), inventeur d’une machine électrique à laquelle l’Académie des sciences à Paris avait décerné un prix et qui mourut à l’âge de 29 ans[93] et une soeur, Josèphe Walckiers (1765-1837), personnalité haute en couleur, toujours en habits d’homme et compositeur d’opéras. En plus de ces oncles et tantes, il y avait également la soeur de l’épouse de Bernard Chauvelin, Juliette Tavernier. En 1796, après la mort de sa mère qu’elle avait suivi à Bruxelles, elle épousa un neveu déjà âgé, Godefroid Walckiers de Gammerages (°1742)[94].

Chauvelin entretint sans nul doute des contacts avec la famille belge de sa femme, certainement avec Edouard de Walckiers, qui au cours des années 1790-92 résida souvent à Paris auprès des Tavernier, Place Vendôme. Début 1792 Edouard Walckiers entretenait des contacts étroits avec Dumouriez et cette relation peut également avoir joué un rôle lors de la nomination du tout jeune Chauvelin en tant qu’ambassadeur à Londres. L’année suivante, la parenté avec un Tavernier de Boullongne et avec un Walckiers, tous deux tombés en disgrâce auprès des révolutionnaires, fournissait encore une raison supplémentaire pour la mise en accusation de Chauvelin.

De par son entrée dans la famille Tavernier – Walckiers, Chauvelin s’était apparenté avec encore d’autres aristocrates français, par le biais de l’aristocratie des Pays-Bas autrichiens. Sa femme avait trois grand-tantes Nettine, mariées à des aristocrates français. Rosalie Nettine (1737-1815) avait épousé le marquis Jean-Joseph de Laborde (1724-1794), grand banquier et commerçant fortuné, qui avait souvent rempli des missions pour la famille royale. Début 1792 il avait, en tant qu’expert financier, accompagné Talleyrand à Londres. En 1794 il fut victime de la Terreur. Ses deux fils, qui avaient l’âge de Bernard de Chauvelin purent s’échapper et le cadet, Louis-Joseph de Laborde (1773-1842) fut en 1810 fait comte d’Empire. Les deux autres aristocrates français ayant épousé une fille Nettine étaient Ange-Laurent de Lalive de Jully (1725-1779), introducteur des ambassadeurs à la cour et collectionneur bien connu[95], qui en 1763 convola en secondes noces avec Marie-Louise Nettine (1742-1808) et Joseph Micault d’Harvelay (1725-1786), garde du Trésor et banquier, qui épousa Anne-Rose-Josèphe Nettine (1740-1813). Après la mort de Micault, sa veuve se remaria avec Charles-Alexandre de Calonne (1734-1802), l’ancien ministre des finances. Cet homme naguère puissant, était tombé en disgrâce et avait ses finances en désordre. Du temps de sa splendeur, elle avait été sa maîtresse et dans le malheur elle ne l’abandonna pas. Elle lui offrit même sa grande fortune, qu’il utilisa à secourir des membres de la famille royale émigrés, ainsi que leur armée, autant dire un gouffre sans fonds qui acheva de les ruiner tous deux[96]. Tous ces parents se retrouvaient dans l’entourage royal et dans les milieux anti-révolutionnaires.

Quant à Bernard de Chauvelin il avait deux sœurs. L’une d’entre elles, Louise (1763-1798), dame d’honneur de Madame Elisabeth, soeur de Louis XVI, avait épousé le marquis Charles-Esprit de la Bourdonnaye-Blossac (1752-1829)[97], qui se détourna de la révolution dès 1791 et émigra. La deuxième, Charlotte Ferdinande, également dame d’honneur de Madame Elisabeth, épousa le 1er juin 1778 Marie-Louis Charles de Vassinhac, comte d’Imécourt, qui émigra également[98]. Le beau-frère Auguste Tavernier de Boullongne et la belle-sœur Juliette en firent autant, du moins temporairement. Tant de parents aristocrates et ennemis de la révolution, voilà qui dans les milieux révolutionnaires de l’année 1793 et au moins jusqu’en juillet 1794 était très mal vu et faisait courir de gros risques à Chauvelin. Qu’il survécût au massacre tenait du miracle.

Le 31 mai 1791, Tavernier de Boullongne de Magnanville (en principe donc Philippe-Guillaume, le grand-père, peu de temps avant de mourir) acquit, pour une somme de 862.000 livres, l’abbaye supprimée de Cîteaux, à 20 km de Dijon, lors de sa vente comme ‘bien national’[99]. A cette date le tuteur onéraire des trois enfants, Jean-François Fromme d’Amance, vint s’installer à Cîteaux. La condamnation et exécution de Jean-Baptiste Tavernier ne semble pas avoir entravé la jouissance continue de ce bien par ses enfants, puisqu’il n’était probablement pas intervenu dans l’acquisition, enregistrée directement au nom de ses enfants sans figurer parmi ses biens confisqués, confiscation ou séquestration qui fut d’ailleurs levée au plus tard en l’an IX[100]. Il semble bien qu’en plus de la propriété à Cîteaux, Tavernier de Boullongne s’était également porté acquéreur des 450 ha de l’abbaye de Petit-Cîteaux à quelques kilomètres de Blois. Les trois enfants se disputèrent et en l’An VI il y eut un premier partage, mettant hors de la propriété la fille cadette, émigrée. En l’An X Auguste et Herminie Tavernier signèrent des accords concernant l’indivision, mais se mirent à se faire des procès qui s’étirèrent sur plus de trente années.

Lors de sa vente, l’abbaye, fondée en 1098 et ayant été pendant plus de sept siècles le siège de l’Ordre des cisterciens, se trouvait déjà en piteux état. Le mobilier avait été inventorié et, sauf quelques pièces mises en réserve pour faire partie d’un musée projeté à Dijon, le gros des biens mobiliers (2155 articles) avait été mis en vente publique en janvier 1791. Certains éléments avaient tout simplement été détruits. Tel fut le triste sort des orgues de l’église abbatiale, dont l’étain fut vendu et le buffet utilisé comme bois de chauffage. Les mausolées des différents comtes et ducs de Bourgogne (dont l’abbaye fut la nécropole jusqu’en 1370), les monuments des évêques, abbés et autres personnages importants, disparurent tous, à l’exception du monument spectaculaire, dans le style de Claus Slüter, érigé à la mémoire du grand sénéchal de Bourgogne Philippe Pot (1428-1494), qui, après maints avatars, se retrouva finalement au Musée du Louvre.

Après sa remise en liberté, Chauvelin se retira à Citeaux. C’est du moins ce qui ressort des notices biographiques existantes, quoiqu’un auteur indique qu’il aurait émigré, ce qui dans la mesure où cela serait exact, n’aura, après 1794 sans doute été que de courte durée[101]. Il s’y trouva, de par sa femme, le propriétaire d’un imposant complexe qui, en fait de constructions était constitué principalement de bâtiments datant des seizième et dix-septième siècles. Certes, le dernier abbé, François Trouvé (1713-1797) avait entrepris une rénovation quasi complète, mais qui n’avait que partiellement abouti. Il avait dans ce but fait appel à l’architecte Samson-Nicolas Lenoir (1733-1810), qui avait employé ses talents non seulement en Bourgogne, mais également à Paris où il avait construit, e. a. le Théâtre de la Porte Saint-Martin, le Waux-hall d’hiver et le Marché Beauvau-Saint-André. La nouvelle abbaye devait consister principalement en un grand bâtiment quadrilatéral, débouchant de part et d’autre sur l’église abbatiale. Les quatre ailes s’étendraient en tout sur plus de 800 mètres et en 1772 une première partie, longue de plus de 100 mètres et large de 20 mètres, était achevée. Elle demeura la seule et unique. C’est elle que Chauvelin convertit en  demeure prestigieuse, raison pour laquelle elle n’eut pas à subir le sort de bien d’autres constructions de l’abbaye, entre autre de l’église, dont les derniers vestiges disparurent en 1806. Ce qui s’appelait désormais le château de Cîteaux, immeuble principal, séparé du reste du domaine par son jardin et ses haies, comptait quatre niveaux. A chaque extrémité se trouvait un escalier monumental, tandis que le rez-de-chaussée, outre les cuisines, offices et dépendances, abritait un grand vestibule à l’entrée principale, deux salles à manger, une salle de billard, deux grands salons et sur toute sa longueur une galerie, l’ancien cloître des moines. Au premier, l’étage noble, s’étirait encore toute une série de salons et d’appartements privés. A côté du château, Chauvelin fit construire en 1814 une grande orangerie.

Le domaine fut décrit ainsi par le journaliste Jougniaux qui l’avait visité du temps des Chauvelin : une maison princière, des jardins magnifiques, un parc délicieux, un moulin à trois tournants, des étables, des granges, un chenil pour la meute, et avec cela des terres à perte de vue, des bois bien fournis et des étangs d’un bon rapport[102]. Le domaine couvrait 530 hectares, soit 243 ha de terres labourables, 56 ha d’étangs, 180 ha de prés, 8 ha de vignes, 14 ha de potagers, vergers et mûriers, 3 ha de jardins d’agrément et 17 ha de bois et plantations. S’y ajoutaient les nombreux bâtiments énumérés par Joigneaux, qui n’avait toutefois pas mentionné le pigeonnier, le poulailler et la buanderie. A proximité se trouvaient la Ferme de la Vacherie et la Ferme de la Glacière, avec leur fromagerie, boulangerie, laiterie, porcherie et poulaillers. A quelque distance du château, se trouvaient encore la Ferme de Bien-assise et la Ferme du Saule. Ce n’était pas tout, et de loin. Il y avait encore un petit château jouxtant le grand (sans doute occupé par le beau-frère Tavernier de Boullogne), d’immenses caves avec leurs pressoirs à vin, leurs cuves et leurs foudres, les forges, les ateliers du charron, du menuisier et du charpentier, les maisons de logement pour domestiques et jardiniers. Chauvelin fit d’autre part du bâtiment de l’ancienne bibliothèque, qui datait du seizième siècle, un théâtre de 500 places.

Sous le Second Directoire, Chauvelin connut à nouveau des ennuis à l’occasion d’une nouvelle campagne menée contre Talleyrand. Après avoir été expulsé de l’Angleterre, celui-ci était parti aux Amériques, mais à la suite de plusieurs interventions il avait été réintégré dans ses droits et en septembre 1796 il était rentré en France. Au mois de juillet 1797 il fut même promu ministre des affaires étrangères. Ses ennemis n'avaient toutefois pas désarmé et dans les journaux parurent des accusations selon lesquelles il avait voulu naguère vendre les intérêts de la France à l’Angleterre. Chauvelin était accusé en même temps. Il nia avec force toute implication, et dans l’hypothèse où Talleyrand aurait commis des actes répréhensibles, il assurait n’y être pour rien[103]. Il s’en tira avec la peur et ne semblait plus devoir être inquiété. N’empêche qu’il aura sans doute accueilli avec satisfaction la fin du Directoire et le coup d’état du 18 Brumaire.

Une nouvelle carrière

Le 1er janvier 1800, à une heure de l’après-midi, le Tribunat fut installé et prit possession de ses locaux au Palais Royal. Chauvelin en faisait partie et en devint même un des secrétaires. Il devait sans doute à nouveau cette nomination à Sieyès, qui s’était chargé d’établir la liste des candidats au Tribunat. On sait qu’il privilégia ses amis et connaissances lors des nominations aux différentes assemblées, alors que Bonaparte s’y intéressa assez peu.

Le travail législatif était, sous le consulat, confié à quatre instances différentes. Le Conseil d’Etat, avec sa trentaine de membres nommés directement par le premier consul et révocables par lui, avait pour mission de rédiger les projets de loi et les règlements d’administration publique[104]. Cette instance faisait dès lors de fait partie du pouvoir exécutif. Le ‘pouvoir’ législatif était quant à lui divisé entre trois assemblées. Le Sénat conservateur, composé de quatre-vingt messieurs pondérés et d’un âge certain, prêts à s’accorder avec le pouvoir exécutif qui les avait nommés à vie et qui leur payait une indemnité élevée. Il n’avait rien d’autre qu’une mission de contrôle de constitutionalité et de nominations dans d’autres assemblées. Le premier sénat, présidé par Sieyès, était peuplé surtout d’anciens membres des organes législatifs des années de révolution, mais en 1813 il comptait pour la moitié des nobles d’Ancien Régime[105]. Le Corps législatif, comptait trois cent membres, renouvelables par cinquième tous les ans, élus pour cinq ans par le Sénat sur une liste pré-établie, et étaient dès lors également soumis à l’exécutif. La quatrième instance, le Tribunat, comptait cent membres, eux aussi nommés par le Sénat et renouvelables par cinquième tous les ans. La Constitution de l’An VIII, chargeait le Tribunat d’étudier les projets de loi qui lui étaient transmis par le Conseil d’Etat. Ainsi le travail législatif était-il coupé en tranches : le Conseil d’Etat rédigeait, le Tribunat discutait, le Corps législatif votait et le Sénat arbitrait.

Les tribuns pouvaient étudier et discuter, mais ne pouvaient amender les textes qui leur étaient soumis. Leur pouvoir se limitait à les adopter ou rejeter, tout au plus à émettre des vœux. Trois tribuns se rendaient ensuite devant le Corps Législatif, afin d’y exposer leur position. Celui-ci votait ensuite, sans discussion et à bulletins secrets. A défaut de pouvoir s’exprimer, cette assemblée ne se priva pas, du moins jusqu’en 1802 à marquer régulièrement son opposition, en refusant certaines propositions de loi. Contrairement à ce qui était prévu pour les deux autres assemblées, les auteurs de la Constitution voulurent peupler le Tribunat d’hommes actifs, ambitieux et originaux. Aussi se proposa-t-on d’embrigader les rhéteurs, les philosophes militants, les littérateurs qui s’étaient jetés dans la philosophie et les politiciens qui se piquaient de littérature, les hommes d’esprit et de relief. En outre les candidats devaient être de préférence révolutionnaires éprouvés, antichrétiens et prêtrophobes[106]

Certains discours de Chauvelin, publiés en fascicules, donnent une idée de ses activités de tribun. Furent-elles encore plus étendues que ce que les textes publiés séparément laissent entrevoir ? Pour le savoir il faudrait un examen plus approfondi des archives du Tribunat, tout comme il faudrait le faire afin de se rendre compte de ce qu’il fit dans sa fonction de secrétaire. A peine cinq jours après sa nomination il fit déjà un premier exposé sur le mode de procéder pour le vote des lois[107], suivi le lendemain d’un deuxième exposé sur le même sujet[108]. Pendant les mois de février et de mars il présenta des rapports relatifs à la division administrative du territoire[109], à l’organisation de l’armée[110] et à la procédure pour les arrêtés des consuls[111]. Cette grande activité fut suivie d’un long silence, en tout cas en ce qui concerne les publications. Ce n’est qu’en janvier 1801, qu’un nouveau texte de Chauvelin fut publié, consacré à l’armée[112]. Au cours de cette année il n’y eut plus qu’une seule autre publication, sur une question sans grand intérêt[113]. De mars 1800 à mai 1802 Chauvelin n’apparut donc que deux fois avec un texte publié. L’on peut en déduire que son activité de tribun était très rapidement devenue fort limitée. Il ne se fit à nouveau entendre qu’au mois de mai 1802. Le 3 mai 1802 il s’exprima au sujet de la dette publique[114] et le 18 mai au sujet de la Légion d’honneur[115]. Le 20 mai il se rendit devant le Corps législatif, afin de lui présenter, au nom du Tribunat, le texte de la Paix d’Amiens[116]. A ces diverses occasions, Chauvelin fit entendre une voix plutôt critique. D’après certains il aurait également marqué son opposition au nouveau Code civil et à l’attribution du consulat à vie à Napoléon. Le 12 mai 1802 les tribuns, à l’exception de Lazare Carnot (1753-1823), approuvèrent le consulat à vie. Chauvelin était toujours membre et doit donc avoir émis un vote favorable, à moins qu’il n’ait fait défaut (nous n’avons pu le retrouver). Ce qui est certain est qu’il entretenait à cette époque des relations avec les opposants, entre autre avec Madame de Staël (1766-1817), chez qui il participa à un grand dîner le 1er avril 1802[117].

Des tribuns, le pouvoir n’attendait ni fidélité inconditionnelle, ni obéissance, du moins avait-il promis. Ils devaient au contraire se laisser guider par leur esprit critique. Au cours des deux premières années de l’existence du Tribunat, une vingtaine de ses membres, dont Chauvelin, se firent en effet remarquer par une attitude privilégiant l’esprit de contradiction. Bonaparte en eut bientôt assez et chercha à se défaire de  ces ‘chiens’, qui ‘se rendaient coupables d’insolence intolérable’’. En violant la légalité, il parvint, début 1802, lors du premier renouvellement partiel du Tribunat, qui en principe devait se faire par tirage au sort, à éliminer la plupart des gêneurs. Parmi eux se trouvaient Benjamin Constant (1767-1830), Marie-Joseph Chénier (1764-1811), Nicolas-François Thiessé (1759-1834), Pierre Daunou (1761-1840) et Jean-Pierre Chazal (1766-1840)[118]. Les libéraux radicaux, connus sous le vocable ‘Les ‘Idéologues’ furent renvoyés à leurs chères études ou dans leurs laboratoires, tels que le philosophe et psychologue Antoine Destutt de Tracy (1754-1836), le médecin Georges Cabanis (1757-1808), et le philosophe et historien Constantin Volney (1757-1820). Tous étaient amis de Thomas Jefferson (1743-1826), qui de 1784 à 1789 avait été à Paris l’ambassadeur des Etats-Unis[119]. A Chauvelin et à l’économiste Jean-Baptiste Say (1767-1832) un répit d’une année supplémentaire était accordé, jusqu’en septembre 1803. Un sénatus-consulte du 3 septembre 1802 confirma la décision, mais Chauvelin avait choisi de ne pas attendre cette date. Il avait démissionné et incité les notables de la conscription de Beaune de le proposer comme membre du Corps Législatif[120]

Une fois de plus il disparut de la circulation, comme en atteste sa lettre du 28 décembre 1802, expédiée de Paris à Germaine de Staël, dans laquelle il lui faisait savoir qu’il venait de rentrer dans la capitale après six mois d’absence. Cette lettre  permet de bien situer sa pensée et le cercle de ses amis. En effet, il s’agissait de sa réaction détaillée à Delphine, le récent roman philosophique de Madame de Staël, dont il avait trouvé à son domicile parisien l’exemplaire qu’elle lui avait offert. Le roman traitait surtout le conflit entre les préjugés de la société d’avant la révolution et des aspirations de la nouvelle, tandis qu’un avant-propos décochait mainte flèche contre le régime instauré par le Premier consul. Madame de Staël défendait des opinions qui ne plaisaient pas à Bonaparte, d’autant plus qu’elles faisaient l’objet de discussions passionnées dans les salons parisiens. La sanction avait été immédiate : l’auteur était à nouveau banni de la capitale.  

La longue lettre que Chauvelin lui fit parvenir dans son lieu d’exil débordait d’enthousiasme, tout en déclarant qu’il ne trouvait pas suffisamment de mots pour louer le livre. Le comparant aux meilleures oeuvres de Voltaire, il le considérait comme le texte le plus important depuis La Nouvelle Héloïse de Rousseau. D’autre part, il comparait Delphine à Cecilia or memoirs of a heiress (1782), le best-seller de l’auteur anglais Fanny Burney (1752-1840). Après tous ces louanges, il exprimait l’ardent désir de voir bientôt l’auteur de retour à Paris afin d’y être à nouveau l’inspiratrice du camp libéral[121].

Pendant les mois ou même les années au cours desquels il resterait sans fonction, Chauvelin demeura, pour autant que nous le sachions, principalement à Cîteaux. En 1802 le bruit courut qu’il envisageait l’érection d’une verrerie de verre à vitre, d’une papeterie et d’une brasserie, le tout prévu pour fournir du travail à 500 ouvriers. Rien ne se fit toutefois. Ce n’est que plus tard qu’il se révéla en tant que chef d’entreprise, ce qu’il demeurerait jusqu’à sa mort. Après 1814 il installerait dans les bâtiments, pour autant qu’il ne les ait pas fait démolir pour en vendre les matériaux, plusieurs ateliers et industries. La plus importante fut une raffinerie de sucre de betteraves dont il s’occupa activement et qu’il installa dans l’ancien dortoir des moines, bâtiment datant du 17ième siècle et mesurant 81 m sur 16. Son ami politique Casimir Périer vint la visiter en 1828. Il y eut en outre deux tuileries avec leurs fourneaux et dépendances et une huilerie. Il y avait en plus deux nouveaux moulins, un à farine doté de trois tournants et un à deux tournants, pour actionner une scierie hydraulique[122].

Chauvelin était-il devenu consciemment ou inconsciemment un disciple de Claude de Saint-Simon (1760-1825) ? Le socialiste utopique condamnait les oisifs et les rentiers et estimait que le pays devait de préférence être dirigé par des industriels. Chauvelin mit en tout cas ses enseignements en pratique. Dans ce qui restait des autres bâtiments de l’abbaye (une partie avait été démolie et vendue comme matériaux de construction), quatre usines furent installées.

Au cours de l’année 1803, tout bien considéré, Chauvelin se réconcilia avec le Premier consul et soutint désormais sa politique. Le régime semblait tellement bien consolidé qu’à vue humaine seul un ralliement permettrait encore de jouer un rôle. Chauvelin devint même, avec une plus ou moins grande conviction, un des partisans les plus fidèles de Bonaparte. Il n’hésitait pas, d’après certains, de donner dans la plus plate des courtisaneries. Lorsque plus tard, à Bruges, il sollicitait un congé pour se rendre à Paris, il argumentait toujours qu’il désirait faire sa cour auprès de l’empereur. Lorsque le 2 avril 1810, Napoléon et Marie-Louise se marièrent, Chauvelin, de passage à Paris, se trouva parmi l’assistance et se fit remarquer par des applaudissements énergiques[123]

Préfet du département de la Lys

Le ralliement se révéla payant. Nommé préfet du département de la Lys le 9 février 1804, Chauvelin prit ses fonctions le 9 avril suivant[124]. La nomination était flatteuse. Le département de la Lys était en nombre d’habitants (500.000) le deuxième des départements de la Belgique. Il s’agissait en outre d’un département côtier, où les Anglais débarquaient parfois et où un jour ils pourraient s’amener en force. Des travaux de fortification allaient bon train mais exigeaient un chef décidé. Il fallait également veiller aux préparatifs d’une invasion des îles britanniques, à cette époque encore un des grands dessins de Bonaparte. Il s’agissait évidemment en premier lieu de responsabilités militaires, mais le préfet avait là également un rôle important à jouer, ne fusse que pour l’organisation de l’intendance. Enfin, pour faire bonne mesure, les Anglais essayaient en permanence à contourner le Blocus continental et les complicités sur place ne leur manquaient pas. Il s’agissait donc d’avoir à la tête de ce département un serviteur de l’empire en qui Napoléon puisse avoir toute confiance.

Lors de son départ de Bruges, de Viry avait 67 ans, tandis que Chauvelin en avait 37 à son arrivée. La différence d’âge doit probablement avoir trouvé son expression dans la manière de diriger. Tout comme son prédécesseur, Chauvelin inaugura son mandat par une tournée de ‘joyeuse entrée’, du 21 juillet au 15 août, qui lui permit de faire la connaissance de son département. Il organisa son périple de manière à se trouver le 11 août à Furnes, afin d’y accueillir Napoléon, empereur récemment élu mais non encore couronné. Il venait faire une visite de travail, au cours de laquelle il se rendit de Furnes à Nieuport, puis à Ostende où il demeura jusqu’au 15 août, s’y employant à visiter les camps militaires, à inspecter les travaux de fortification et à diriger des manœuvres et des défilés[125]. Vers la fin du mois d’août 1804, le préfet Chauvelin se rendit à nouveau dans le sud de son département afin d’y accueillir Bonaparte sur la route de Valenciennes à Mons et de l’accompagner à Bruxelles.

C’était l’époque de la mise sur pied d’une formidable armée, qui avait pour but d’envahir les îles britanniques. De 1803 à 1805 des forces considérables furent entrainées. Dans le département de la Lys il s’agissait du Troisième Corps de ce qui deviendrait la Grande Armée. Ce corps était commandé par le général, fraîchement promu maréchal, Louis-Nicolas Davout (1770-1823), qui avait établi son quartier général à Bruges dès septembre 1803. Davout était un proche de Bonaparte. Non seulement avait-il été de l’expédition d’Egypte, mais il avait épousé Louise Leclerc (1782-1868), la sœur du général Victor-Emmanuel Leclerc (1772-1802), lui-même le mari de Pauline Bonaparte (1780-1825), la soeur cadette et préférée de Napoléon. De ce fait Bonaparte considérait Davout comme un membre de la famille et le nommait ‘Mon cousin’ dans ses lettres[126]. Plusieurs dizaines de milliers de soldats étaient casernés dans les campements érigés entre Dunkerque, Ostende et Bruges. S’y trouvaient e. a. les divisions commandées par les généraux Nicolas Oudinot (1767-1847) et Louis Friant (1758-1829). Lorsque l’invasion de l’Angleterre serait abandonnée, le Troisième Corps d’Armée se déplacerait vers l’Est à partir du mois d’août 1805 et participerait à tous les grands combats[127].

Chauvelin demeura plus de six années à la tête du département de la Lys. Pendant cette période il joua un rôle primordial dans le façonnement de son département sur le modèle français. Chaque année il prononçait un discours lors de la session d’ouverture du Conseil général, habitude qui s’est perpétuée jusqu’à ce jour dans le chef des gouverneurs de province successifs[128]. Il s’impliqua dans tout ce qui concernait son département. Ainsi se préoccupa-t-il activement de la restauration des mausolées de Charles le Téméraire et de Marie de Bourgogne[129]. Il fonda à Bruges l’Ecole départementale de médecine et s’en occupa activement[130]. Il veilla à ce qu’en 1806 l’industrie brugeoise soit présente à l’Exposition générale de l’industrie à Paris[131]. Il s’employa à ce que le défricheur François Werbrouck (1739-1824) qui avait joué un rôle important lors de la reconversion de terres arides en champs fertiles, fût honoré officiellement lors d’une cérémonie à laquelle il assista lui-même[132].

En plus de ses activités administratives, il revenait au préfet de présider des manifestations publiques, voire même de participer à des processions et services religieux. C’est ce qu’il fit par exemple le 15 août 1806 lors de la grande procession qui rendait grâces pour les victoires françaises et fêtait en même temps pour la première fois ‘la Saint-Napoléon’. Le maire Charles de Croeser et ses adjoints vinrent le prendre en calèche à la préfecture, pour le conduire à l’église Saint-Sauveur[133]. Il était évidemment encore plus souvent présent lors de cérémonies civiles telles que les proclamations de fin d’année dans les écoles et ne se laissait pas prier pour y prendre la parole, comme en témoignent les discours qu’il fit publier[134]. Le docteur Isaac De Meyer, qui l’a sans doute connu, écrivait de lui : ce préfet qui a laissé parmi nous tant de souvenirs[135]. La direction de l’Académie de Bruges remémora, deux ans après son départ, les grands avantages et bienfaits qu’il lui avait accordés ainsi que les encouragements continuels qu’il n’a cessé de donner aux arts et aux jeunes gens qui font profession de la cultiver[136].

A l’instar de son prédécesseur, il ne manqua pas au devoir de parcourir souvent son département. Nous avons déjà signalé sa tournée de première rencontre et nous reviendrons plus loin sur ses interventions au sujet des conscrits. Les visites régulières l’amenaient partout dans son département. Les absences assez longues, qui nécessitaient la désignation d’un préfet faisant fonction, furent notées : du 29 septembre au 5 novembre 1804, du 25 février au 3 mars 1805, du 7 au 24 septembre 1805, du 28 avril au 2 mai 1806, du 30 avril au 10 mai 1807, du 9 au 15 novembre 1807, du 18 au 29 mai 1808 et du 14 au 18 octobre 1809. En tout il fut à peu près deux cent jours en tournée. De la mi-avril à la mi-juillet 1805 il se laissa remplacer pour cause de maladie[137].

A partir du mois de juillet 1806 et jusqu’en décembre 1808, des travaux importants eurent lieu, sous la direction de l’architecte Joseph Van Gierdegom (1760-1844), dans le but de faire de l’ancien palais épiscopal une résidence préfectorale de style empire. Les frais s’élevèrent à 140.000 francs. Une nouvelle façade fut érigée sur de nouvelles fondations, tandis que l’intérieur était fortement réaménagé et pourvu d’une nouvelle décoration. Des entrepreneurs brugeois furent chargés des travaux : l’entrepreneur François Laveigne exécuta le gros-œuvre et les carrelages, les plombiers Loys et Ramon la toiture, Charles Schoone livra et plaça seize cheminées en marbre (au total 37 cheminées furent placées), Jean-Népomucène Van Gierdegom exécuta l’ébénisterie et Jean Van Sassenbrouck le stucage. La Maison Riethage put fournir les rideaux et le papier peint, ainsi que les lustres, canapés, fauteuils, chaises et tables de jeu. Afin de réaliser un nouveau jardin, plus de 2.000 plantes, arbustes et arbres furent amenés. L’ensemble ne devait désormais plus rien à ce qui avait été une résidence épiscopale et s’était transformé en une résidence à l’atmosphère parisienne, digne des commis de l’état qui y résidaient[138].

En 1805 Chauvelin se laissa portraiturer par Joseph Odevaere (1775-1830). Le tableau solennel montre un Chauvelin longiligne, sûr de lui, dans une pose quelque peu théâtrale. En arrière-plan le peintre a esquissé le port d’Ostende, auquel le préfet apportait tous ses soins, afin de l’armer contre les attaques des Anglais. Odevaere fit-il ce portrait de sa propre initiative ou s’agissait-il d’une commande du préfet ? Nous l’ignorons. En revanche, nous savons que Chauvelin contribua pour 150 frs. aux frais des festivités organisées à l’occasion de la réception à Bruges du lauréat du Prix de Rome Odevaere[139]. Ces festivités eurent lieu dans la seconde quinzaine d’octobre 1804 et le préfet n’y participa pas en personne, du fait d’un voyage qu’il effectua à cette époque à travers le département. Sans doute l’idée était d’accrocher le portrait dans les salons de la préfecture rénovée. Toutefois il s’en vint enrichir en 1811 la collection de l’Académie brugeoise des beaux-arts et ensuite celle des musées communaux[140]. Ce fut à la demande de cette Académie que fin octobre 1811 Chauvelin lui remit le tableau. Bruges et le département de la Lys n’étaient à cette date plus pour lui que de lointains souvenirs[141]. Fit-il don de son portrait ou s’agissait-il plutôt d’un dépôt, qui plus tard, l’oubli aidant, se mua en possession définitive? Cela aussi nous l’ignorons.

Bien plus tard, vers 1830, Chauvelin fut représenté en profil sur une médaille de bronze exécutée par David d’Angers (1788-1856)[142]. L’année de sa mort parut un livre en deux tomes, Iconographie des contemporains, avec les portraits de Français connus, parmi lesquels Chauvelin. Le livre avait été préparé par le lithographe François-Séraphin Delpech (1778-1825)[143] et fut publié après sa mort par sa veuve[144].

Le préfet Chauvelin fit honneur à sa réputation de ‘dur’. Il le démontra en tout cas en ce qui concernait la conscription. En l’année 1805 il se trouva confronté avec le fait que des 3.871 conscrits inscrits, 575 n’avaient pas répondu à la convocation. L’année d’après ils étaient 566 sur 1.296 appelés, à faire faux bond. Il fallait prendre des mesures draconiennes, estima Chauvelin. Précédemment les parents de conscrits en fuite avaient été punis de lourdes amendes. Sans grand résultat, étant donné que la majeure partie d’entre eux était insolvable. Chauvelin décida que désormais les villes et communes où des jeunes conscrits manquaient à l’appel, seraient punis en y hébergeant un grand nombre de militaires et ce auprès de tous les habitants et à leurs frais. Une telle mesure était injuste et même illégale, mais le préfet n’en avait cure. Elle fut couronnée de succès, puisqu’en 1807 il put annoncer au ministre de l’Intérieur qu’en un mois de temps 5.000 ‘réfractaires’ s’étaient présentés[145]! Le triomphe ne fut que de courte durée car, une fois incorporés contre leur gré, de nombreux soldats saisissaient la première occasion qui se présentait pour déserter. Lorsqu’en 1808 fut dressée la liste du nombre de déserteurs par département, ceux de l’Escaut et de la Lys se trouvaient parmi les dix plus mauvais. Napoléon exprima son mécontentement, en particulier au sujet de ces mauvais départements parmi lesquels il épingla surtout l’Escaut, la Lys et le Puy-de-Dôme[146]. Pour les préfets concernés, il s’agissait d’une note bien mauvaise, mais qui semble être restée sans conséquences. Si les résultats demeuraient mauvais, ce n’était certainement pas faute d’efforts, car Chauvelin s’était imposé de nombreuses tournées d’inspection, afin de se rendre compte par lui-même de l’inscription et de la révision des conscrits[147].

Après avoir, comme nous l’avons signalé plus haut, assisté à Paris au mariage de Napoléon et de Marie-Louise, il s’en revint à Bruges afin d’y préparer la réception du couple impérial et de sa nombreuse suite. La visite eut lieu dans la seconde moitié de mai 1810 et Chauvelin réserva aux augustes et illustres visiteurs une réception fastueuse[148]. L’empereur et l’impératrice arrivèrent séparément à Bruges le vendredi soir 18 mai. Ils y passèrent toute la journée du samedi, quittèrent la ville au petit matin du dimanche en direction d’Ostende et de là partirent le lundi pour Dunkerque.

Retour à Paris

Peu de temps après, Chauvelin se trouva à nouveau à Paris. C’est ce que nous apprennent les mémoires du duc Achille-Léonce, dit Victor de Broglie (1785-1870), à cette époque jeune auditeur auprès du Conseil d’Etat et apparemment pas grand ami de Chauvelin. De Broglie y décrivait le grand bal que l’ambassadeur d’Autriche, le prince Karl von Schwarzenberg (1771-1820), avait donné le 1er juillet 1810 en l’honneur du couple impérial, qui venait de rentrer de sa tournée dans les anciens Pays-Bas autrichiens. Au cours de la soirée, un  violent incendie s’était déclaré dans la salle de danse improvisée, construite en bois dans les jardins de l’ambassade, Chaussée d’Antin. Cet incendie coûta la vie à une dizaine de participants. Au sujet de Chauvelin, de Broglie écrivit : Je vois encore, ce à quoi je ne me serais pas attendu, M. de Chauvelin se frappant la tête contre les arbres et poussant des gémissements lamentables, de désespoir de ne pas retrouver madame de Chauvelin, qui ne paraissait pas d’ordinaire lui tenir tant à cœur[149]. Au sujet de Madame de Chauvelin peu est d’ailleurs connu. A l’époque où de Broglie se permettait ce sarcasme au dépens de Chauvelin, il n’était pas encore le mari d’Albertine (1797-1838), la fille de Madame de Staël et de Benjamin Constant, tous deux amis de Chauvelin. Il ne pouvait d’autre part pas prévoir que quelques années plus tard lui et Chauvelin adhéreraient au même parti libéral, ni qu’un demi-siècle après lui, il deviendrait ambassadeur à Londres.

Les archives du département de la Lys indiquent que pendant les trois dernières années de son mandat, Chauvelin résida de moins en moins à Bruges, et non plus uniquement pour cause de tournées d’inspection dans son département. D’août à octobre 1808, du 10 mars au 3 mai 1809 et du 1er décembre 1809 au 4 avril 1810 il se trouva soit à Paris, soit à Cîteaux. Lors d’absences de courte durée, le préfet se laissait remplacer par le secrétaire général Hénissart. Pour les absences prolongées qui intervinrent vers la fin de son mandat, il fit trois fois appel à Benoît Holvoet (1763-1838)[150] et la dernière fois à Alexandre Van der Fosse (1769-1840)[151]. Son retour à Bruges début avril 1810 avait évidemment eu pour but de préparer la visite de Napoléon et de Marie-Louise. Dès le 3 juin il quitta à nouveau Bruges, pour ne plus y revenir. Sa dernière absence – car il resta nominalement préfet jusqu’au mois d’octobre -, fut justifiée par sa participation à une commission qui avait pour mission de réorganiser la Garde nationale[152]. Son départ de Bruges peut dès lors être situé début décembre 1809, avec un très bref retour, uniquement en fonction de la visite de l’empereur.

Le 5 octobre 1810, peu de temps après le drame de la salle de bal, Chauvelin fut nommé membre du Conseil d’Etat[153], l’organe législatif suprême, qui avait repris la mission du Tribunat aboli. A l’occasion de cette nomination il fut fait comte d’empire. Déjà en tant que préfet il avait été fait baron d’empire, à une date que nous n’avons pu retrouver[154]. Ses nouvelles fonctions l’amenèrent forcément à s’installer à Paris. Au sein du Conseil d’Etat il intégra la section des Affaires intérieures. En quelques mois il traita de nombreux dossiers, ayant pour tâche d’étudier et si possible d’améliorer les projets de décret qui lui étaient soumis ou même d’en proposer de nouveaux. Ainsi lia-t-il son nom au décret du 16 décembre 1810 relatif à l’organisation de l’administration des ponts et chaussées, qui institua en France la distinction toujours en vigueur entre routes nationales et routes départementales. Il fut également rapporteur d’une nouvelle loi relative à l’entretien des routes[155], ainsi que d’une autre traitant des polders et wateringues dans les provinces belges, et en particulier dans son ancien département. Ce dernier projet fut âprement discuté : en moins d’un mois Chauvelin produisit cinq rapports successifs, qui furent tous imprimés[156]. Encore une autre loi qu’il traita était relative au mobilier à pourvoir dans les résidences des préfets[157]. Il ne demeura qu’un an et demi au Conseil d’Etat et devint ensuite intendant général pour la Catalogne, fonction qu’il occupa jusqu’à l’éjection des Français hors d’Espagne. Il ne reprit plus ses activités au Conseil d’Etat, tout en y demeurant inscrit en tant que conseiller honoraire jusqu’en 1823.

Une carrière de parlementaire

Sous la Première restauration et ensuite au cours des Cent-Jours, Chauvelin ne prit pas position, du moins il ne nous est rien connu d’activités qu’il aurait entrepris pendant ces deux périodes. En revanche, sous la Deuxième restauration il se lança à nouveau dans la vie publique[158]. Il se joignit à ceux qui étaient connus comme les ‘indépendants’, appelés plus tard les ‘libéraux’. Au mois de septembre 1816 les chefs de cette tendance formèrent un comité afin de désigner leurs candidats aux prochaines élections législatives dans toute la France. Chauvelin siégea dans ce comité, aux côtés de Benjamin Constant (1767-1830), du diplomate et historien Louis Bignon (1771-1841), du futur premier ministre Jacques Dupont de l’Eure (1767-1855), du banquier Jacques Laffitte (1767-1844) et du duc Victor de Broglie. Outre leur propre candidature, ils soutinrent celles de La Fayette (1757-1834), de l’avocat Jacques Manuel (1775-1827), du banquier Pierre Casimir-Périer (1777-1832), du maître des forges Marc-René Voyer d’Argenson (1771-1842)[159], du banquier Benjamin Delessert (1773-1847), pionnier de la raffinerie des betteraves, de Pierre Gilbert - de Voisins (1773-1843) : tout le gratin de la mouvance libérale. 

Ils n’eurent pas beaucoup de succès, car seulement Laffitte et Voyer d’Argenson furent élus. L’année d’après une partie des représentants était déjà renouvelable. Cette fois Chauvelin et deux de ses amis libéraux furent élus comme représentants de la Côte d’Or. Chauvelin demeura parlementaire de 1817 à 1824, année où comme de nombreux autres libéraux il perdit son siège. Il revint au parlement de 1827 à 1829. Dès sa première élection il fit partie du petit groupe de ceux qui étaient nommés les ‘indépendants’, plus tard les ‘libéraux’. Avant peu il fut reconnu comme un des ténors du groupe libéral. Quoique peu nombreux (en 1817 ils étaient une dizaine) et parfois en désaccord entre eux, ils étaient influents. Chauvelin alla donc siéger à gauche, à l’extrême gauche même, où il retrouva Benjamin Constant ainsi que Casimir-Perier, Jacques Laffitte, le général Maximilien Foy (1775-1825), le maréchal Sebastiani (1772-1851), Jacques Manuel et quelques autres. A l’arrière-plan se dessinaient en outre les figures du général de la Fayette et même de l’indestructible Talleyrand. Chauvelin devint un des importants porte-parole de la fraction libérale la plus radicale et se révéla être un adversaire résolu de la monarchie des Bourbons. Lanzac écrivit à son sujet: L’éclipse de ses idées libérales prit fin en même temps que le régime impérial. Il alla comme tant d’autres plats valets de Napoléon, siéger sans le moindre embarras à la gauche de la Chambre[160]. L’historien Baptiste Capefigue (1802-1872), tout aussi désobligeant, assurait que Chauvelin était aigri parce qu’il n’avait pu reprendre à la cour son ancienne charge de maître de la garde-robe et que pour cette raison il s’était mué en républicain[161].  

Chauvelin s’acquit une forte réputation d’orateur et d’opposant au gouvernement et à la monarchie. Ses talents d’improvisation et l’aisance de son élocution étaient l’objet de louanges. Dans ses discours il utilisait volontiers l’arme de l’ironie[162]. Parmi les causes pour lesquelles il s’engageait, il y avait la défense des protestants et de la liberté de la presse. Il avait régulièrement son mot à dire au sujet des budgets ou du service militaire, il critiquait les actions répressives de la police et les restrictions imposées à la liberté d’opinion, et il formulait des objections contre l’utilisation de troupes mercenaires suisses. Lorsqu’en mai juin 1820 une loi cruciale sur le système d’élection passa au parlement, la Chambre vota à égalité : 117 voix pour et autant contre. Chauvelin qui ce jour là s’était porté malade, fut introduit dans l’hémicycle sur une civière et sa voix permit à son camp de l’emporter. Encore Capefigue: C’était un devoir honorable, mais un devoir rempli avec ostentation et pompe[163]. Il fut ensuite porté en triomphe dans les rues de Paris par de jeunes radicaux. Les débats au sujet de la loi électorale, souvent modifiée pour mieux servir le pouvoir en place, échauffaient les esprits. Les séances du parlement connaissaient l’affluence et dès les petites heures de la nuit, nombreux étaient ceux qui faisaient la queue devant le Palais Bourbon, dans l’espoir d’accéder aux tribunes. Dans la rue, les partisans des différents partis s’affrontaient. Les royalistes parmi eux s’en prenaient aux députés de l’opposition à la sortie du parlement. Un soir la calèche dans laquelle Chauvelin avait pris place fut entouré d’une nuée de jeunes royalistes et sous peine d’être éjecté ou même de voir le véhicule renversé, il fut, à la grande joie des spectateurs, contraint à se lever et à crier fortement Vive le roi![164]

Son nom devint très connu. Partout où il se rendait (il y a des comptes-rendus de ses tournées à Dijon, à Lyon et dans les départements de la Drôme et de l’Isère) les auditeurs se présentaient en grand nombre pour écouter ses discours éloquents qui étaient très applaudis. Balzac, dans son  roman La rabouilleuse[165], fit dire quelqu’un à son ami qu’il voyait déjà siéger au parlement: si tu devenais député, tu as une fière platine (c. à. d. tu parles bien), tu serais craint comme Chauvelin. Et Victor Hugo dans Les Misérables[166] se moqua des petits bourgeois qui aimaient placer une particule devant leur nom, alors qu’en revanche le marquis de Chauvelin se faisait appeler simplement monsieur Chauvelin.

Il s’engagea dans nombre de discussions et d’actions politiques, entre autre après l’assassinat du duc de Berry (1778-1820), le fils du futur Charles X. Quoiqu’ils n’y fussent pour rien, les anti-royalistes furent désignés comme les coupables par une partie de l’opinion publique. Afin de se défendre, les ténors politiques libéraux se réunirent en un ‘Comité secret’ et Chauvelin y prit la parole[167]. Au cours de la même année 1820 l’association secrète des Carbonari devint active en France. Ses membres, en majeure partie de jeunes militaires, juristes et étudiants, souvent membres de la loge parisienne Les Amis de la Vérité, étaient secrètement dirigés par un groupe de notables. Il s’agissait de La Fayette senior en junior, de Dupont de l’Eure, de Voyer d’Argenson et de Jacques Manuel. Ils demeurèrent actifs jusqu’en 1823, complotant et préparant une révolution anti-monarchiste. Le succès ne fut pas au rendez-vous. Il est probable que Chauvelin s’associa à ces activités ou au moins y accordait son assentiment tacite[168].

Au gré des élections et des oppositions se manifestant à l’égard de Charles X, la gauche augmenta régulièrement le nombre de ses députés. En 1829 près de deux cents députés se réclamaient d’elle, quoique d’une gauche fortement divisée entre un centre gauche doctrinaire, plusieurs gauches modérées aux effectifs fluctuants et enfin une extrême gauche dirigée par La Fayette, et à laquelle Chauvelin appartenait. Cette dernière, républicaine de conviction, finît par se ranger derrière ce qu’elle estimait inévitable : la monarchie constitutionnelle, en laissant le soin, d’après le mot de La Fayette, au temps et au progrès des lumières, de poursuivre l’évolution vers la république de leurs vœux. Les républicains jusqu’au-boutistes se trouvèrent dès lors de moins en moins nombreux et de plus en plus isolés. Chauvelin et Voyer d’Argenson en firent la constatation et, tout à fait découragés, ils démissionnèrent en mai 1829[169].

Après la révolution de juillet 1830 Chauvelin reprit goût à la politique. A défaut de république, une monarchie constitutionnelle incarnée par le débonnaire Louis-Philippe lui paraissait pouvoir satisfaire enfin ses idées libérales. Il se fit élire au Conseil général de la Côte d’Or dès le 25 novembre 1830 et caressait sans doute l’ambition de retourner au parlement[170]. Séjournant à Paris, il fut atteint du choléra et rentra à Cîteaux pour y mourir le 8 (ou 9) avril  1832[171].

Sa veuve le survécut jusque dans les années cinquante. Après 1832 elle parvint de se défaire de l’indivision avec son frère, qui se contenta du domaine séparé de La Forgeotte et d’autres biens. Devenue seule propriétaire de Cîteaux, elle chercha un acheteur pour ce domaine ‘digne d’un duc’. Elle le trouva enfin, en 1841 en la personne de quelques ‘Fouriéristes’ convaincus, parmi lesquels se trouvait la philosophe et féministe belge Zoé Gatti - de Gamond (1805-1854)[172], qui venait de publier Réalisation d’une commune sociétaire, d’après la théorie de Charles Fourier (Paris, 1840). Celui qui se proposa pour exécuter le paiement était le riche écossais, Fouriériste convaincu, Arthur Young (°1809)[173]. Il fit l’achat pour le prix de 1.350.000 frs or, dont 800.000 frs payables au comptant, le solde en dix échéances semestrielles avec 5% d’intérêt. Comme la plupart des initiatives idéalistes mais irréalistes qui étaient inspirées par les idées de Charles Fourier (1772-1837), le phalanstère, fondé en 1841, périclita rapidement. Les annuités convenues n’ayant pas été honorées, la veuve Chauvelin fit dès décembre 1845 opérer une saisie immobilière et mit la propriété en vente judiciaire. Le 25 juin 1846 elle fut acquise par le père Joseph Rey (1798-1874) qui y fonda une colonie pénitentiaire pour jeunes délinquants[174]. Celle-ci y fonctionna jusqu’en 1898, date à laquelle la propriété redevint abbaye cistercienne, ce qu’elle est restée jusqu’à ce jour.

A l’occasion de la vente de 1846 il apparut que les 800.000 frs jadis payés par Young avaient servi à apurer (ou remplacer) une dette hypothécaire. La propriété de Cîteaux était donc à cette époque lourdement obérée. Il semble même que le mobilier du château n’avait en grande partie pas été réglé. Qu’en était-il du temps de Chauvelin lui-même ? Vécut-il en grand seigneur sans en avoir vraiment les moyens ? Il n’aurait évidemment pas été le seul dans son cas. Tirait-il quelque peu le diable par la queue, comme semble l’indiquer le fait qu’il refusa de payer le portrait que Joseph Odevaere avait fait de lui ? Avait-il des biens et des revenus propres ou vivait-il entièrement aux crochets de son épouse, véritable propriétaire de Cîteaux ? Les revenus de l’immense propriété étaient-ils insuffisants pour rembourser les capitaux empruntés ? L’acceptation par Chauvelin de différentes fonctions sous le consulat et l’empire, qui le retenaient loin de son grand domaine et des activités qu’il était censé y conduire, pourrait-elle s’expliquer par des besoins pressants d’argent ? Il faudrait sans doute entreprendre des recherches plus détaillées et e. a. retrouver les documents de succession dans les minutes de son notaire ou dans les registres de l’administration de l’Enregistrement et des Domaines, pour en avoir le coeur net[175]. Au sujet du préfet Chauvelin, le dernier mot n’a donc pas encore été dit.

Andries Van den Abeele

(Texte publié en néerlandais dans le périodique consacré à l’histoire de Bruges et de la Flandre Occidentale Biekorf en 2004-2005).


 

[1] La présente étude contient une partie de l’introduction générale à mon étude, publiée en néerlandais, consacrée aux quatre préfets du Département de la Lys. Elle se cantonne dans cette version internet en français au préfet Chauvelin. Dans d’autres documents sur ce même site on trouvera l’étude consacrée au préfet de Viry (parue dans les Echos Saléviens) et deux autres plus brèves consacrées aux deux autres préfets, Arborio et Soult.
[2] Le décret du 8 novembre 1798 ordonnait la déportation de 8000 prêtres dans les départements belges.
[3] Jos DE SMET, De Beloken Tijd in West-Vlaanderen (1797-1802), in : Collationes Brugenses et Gandavenses, 1955, p. 9-22; Kurt PRIEM, God of de keizer? Clerus en politiek te Brugge (1780-1802), Brugge, 1996, p. 75-92; J. VAN WALLEGHEM, Merckenweerdigste voorvallen 1797, Brugge, 1997; Archives de la ville de Bruges (SAB), Journal de Joseph Van Walleghem (VW), Merckenweerdigste voorvallen (MV) 1798; Ad. DUCLOS, Bruges, histoire et souvenirs, Bruges, 1910.
[4] Thierry LENTZ, Le 18 Brumaire, les coups d’état de Napoléon Bonaparte, Paris, Picollec, 1997; Jean TULARD, Le 18 Brumaire, Paris, Perrin, 1997; Euloge BOISSONADE, 18 Brumaire An VIII, le coup d’état de Napoléon Bonaparte, Paris, EMH, 2003.
[5] Il s’agissait de Jean-Victor Moreau (1763-1813), général ami mais aussi rival de Bonaparte, qui ne joua qu’un petit rôle lors du coup d’état. Mais il était très populaire et la rumeur qu’il jouerait un rôle important, courut – à tort. Voir P. SAVINEL, Moreau, rival républicain de Bonaparte, Rennes, Ouest-France, 1986PRIVATE "TYPE=PICT;ALT=". Moreau était connu à Bruges, puisqu’il avait commandé les troupes qui avaient repris la ville et la majeure partie de la Flandre Occidentale en juillet 1794.
[6] SAB, VW, MV 1799, folio 139.
[7] L. DE LANZAC DE LABORIE, La domination française en Belgique, Paris, 1895; Albert SOREL, L’Europe et la Révolution Française, Tome V, Bonaparte, 1796-1804, Paris, Plon, 1901; Paul VERHAEGEN, La Belgique sous la domination française, 1792-1814, Bruxelles, 1922-1929, 5 Vol., réédition 1981, Vol. 4, L’Empire, Vol. 5, La chute de l’Empire; J. DE SMET, L’administration du Département de la Lys après le coup d’état de Brumaire, dans : Annales de la société d’émulation de Bruges, 1931, p. 121-138; J. DE SMET, Inventaris van het archief der Franse hoofdbesturen in West-Vlaanderen 1794-1814, Brussel, 1951; J. VERHELST, De “Archives Nationales” te Parijs. Documenten betreffende de Leie- en Scheldedepartementen in de reeksen C en F, 1789-1815, dans : Handelingen van de Koninklijke Commissie voor Geschiedenis, 1969, p. 1-70.
[8] F. LETANG, Alexandre-Romain Crochon, dans : Dictionnaire de Biographie nationale, Tome IX, col. 1260, Paris, 1961. Alexandre Crochon (Pont-Audemer 1759-1842), procureur dans sa ville natale, connut des hauts et des bas pendant la période révolutionnaire, devint membre du Conseil des 500 pour l’Eure, y fut très actif et seconda Lucien Bonaparte le 18 Brumaire. Pour l’en remercier il fut envoyé en mission dans les départements belges. Après 1800 il devint membre du Corps Législatif et après 1815 il se retira dans sa ville natale.
[9] SAB, VW, MV, 1799, folio 147.
[10] Joseph GEYSENS, De familie Mazeman (de Couthove) te Poperinge en te Proven, in: Aan de Schreve, 1974, 1, pp. 17-27; 2, 2-12; 3, 25-33.
[11] J. DE SMET, L’administration du Département de la Lys, o. c., p. 128.
[12] J. REGNIER, Les préfets du Consulat et de l'Empire, Paris, 1913; J. SAVANT, Les préfets de Napoléon, Paris, Hachette, 1958; Jean TULARD, Les préfets de Napoléon, dans : Les préfets en France (1800-1949), Genève, 1978, blz 5-10; R. BARGETON, P. BOUGARD, B. LE CLERC, P.-F. PINAUD, Les préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870,  Paris, Archives nationales, 1981; J.-O. BOUDON, La création du corps préfectoral en l’An VIII, dans : Revue du souvenir Napoléonien, 2000, n° 428, p. 9-15.
[13] Pour la sous-préfecture de Bruges, la fonction demeura inoccupée jusqu’en 1811, le préfet se chargeant de surcroît de la sous-préfecture liée au chef-lieu.
[14] Biographie Universelle, o. c., Tome I, p. 318-319; M. PREVOST, B. F. Chauvelin, dans: Dictionnaire deBiographiefrançaise, Tome 8, col. 905-906; Encyclopedia Britannica, Chauvelin; J. DE SMET, L’administration du département de la Lys, o. c., p. 137-38.
[15] Comte Amédée CAIX DE SAINT-AYMOUR, Une famille d'artistes et de financiers aux XVIIe et XVIIIe siècles : Les Boullongne, Paris, H. Laurens, 1919.
[16] J. M. J. ROGISTER, A minister’s fall and its implications: the case of Chauvelin (1737-46), dans : D. J. MOSSOP et al. (editors), Studies in the French Eighteenth Century, presented to John Lough, Durham, 1978 ; Alix BREBAN, Germain Louis Chauvelin (1685-1762), ministre de Louis XV, Thèse de doctorat, Ecole des Chartes, Paris, 2004 (inédit).
[17] La branche de Beauregard débuta en 1597 avec Vincent de Chauvelin et est la seule qui subsiste, actuellement dans le chef du marquis Louis de Chauvelin (né en 1924) et de ses trois enfants François (né en 1956), Béatrice, épouse Bréban (née en 1957), Bruno (né en 1959) et leurs descendants. La branche de Beauséjour (éteinte) débuta en 1605 avec Louis de Chauvelin, frère de Vincent. De cette branche, Bernard-François de Chauvelin fut le dernier représentant.
[18] P. CHEVALLIER, Les Ducs sous l’Acacia, Paris, 1964, p. 55-60.
[19] CASANOVA, Mémoires, Tome II, Paris, Ed. De la Pléiade, 1959, p. 402, 416-420,  958, 962-963, 966-968.
[20] Le livre est disponible dans son intégralité sur Internet. (site reproduisant les œuvres d’Alexandre Dumas).
[21] Erich Kästner (1899-1974) y consacra une comédie en un acte sous le titre Chauvelin, ou Vive le Roi (1940).
[22] Yale University, Beinecke rare book and manuscript library, The James Marshall and Marie-Louise Osborn collection, Osborn Shelves FC, Correspondence, 9955, 76/II/100, lettre de Voltaire, 19 octobre 1762, au sujet de la pièce de théâtre qu’il prépare et qu’il a fait parvenir à Chauvelin pour obtenir son avis.
[23] VOLTAIRE, Oeuvres complètes, Tome X, Poésies mêlées, A Mme la marquise de Chauvelin, dont l’époux avait chanté les sept péchés mortels. (1758).
[24] A. LE BIHAN, Loges et Chapitres de la Grande Loge et du Grand Orient de France (2e moitié du XVIIIe siècle), Paris, 1967, p. 346-347.
[25] A. BERTRAND de MOLLEVILLE, Mémoires Secrets pour Servir à l’Histoire de la Dernière Année du Règne de Louis XVI, Roi de France, Londres, 1797, 3 vol.; IDEM, Mémoires particuliers pour servir à l’histoire de la fin du règne de Louis XVI, Paris, 1816, 2 vol.
[26] H. LECLERCQ, Feuillants et Girondins (août 1791 – 20 avril 1792), Paris, 1940, p. 281-307.
[27] Augustin CHALLAMEL, Les clubs contre-révolutionnaires, Paris, 1895.
[28] A. MARTIN: François Barthélémy, dans: Dictionnaire de biographie française, Tome V, col. 663.
[29] Le chevalier Yves Hirsinger, membre d’une ancienne famille d’Alsace. Sous le Consulat et l’Empire il fut envoyé de la France, successivement auprès du canton suisse des Grisons et des grands-ducs de Hesse (Frankfort) et de Würzburg.
[30] J. ORIEUX, Talleyrand, Paris, Flammarion, 1970; Emmanuel de WARESQUIEL, Talleyrand, le prince immobile, Paris, Fayard, 2003.
[31] Albert SOREL, L’Europe de la révolution française, Tome II, la chute de la royauté, Paris, 1891, p. 391.
[32] H. LECLERCQ, o. c., p. 445.
[33] Christophe MARCHEUX, Le parcours de Dumouriez sous l’Ancien Régime (1739-1789), Chapitre III. (Mémoire de maîtrise, Université de Valenciennes, 2001).
[34] Albert SOREL, o. c., p. 419.
[35] J. BENETRUY, L'Atelier de Mirabeau. Quatre proscrits genevois dans la tourmente révolutionnaire, Paris, A. et J. Picard & Cie, 1962.
[36] Etienne DUMONT, Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux Premières Assemblées Législatives, Paris, 1832, p. 294-297 ; J. BENETRUY, Souvenirs d’Etienne Dumont sur Mirabeau et les deux premières Assemblées, 1951, p. 421 et ss.
[37] Eloge de M. le comte Reinhard, prononcé à l’Académie des sciences morales et politiques, par le Prince de Talleyrand, dans la séance du 3 mars 1838, Paris, Firmin Didot Frères, 1838.
[38] La proposition n’eut aucune suite. Ce n’est qu’en 1814, après la chute de Napoléon, que les îles Tobago devinrent colonies anglaises.
[39] Pierre-Victor MALOUET, Mémoires de Malouet, publiés par son petit-fils le baron Malouet, Paris, 1868, 2 vol.; Louis BAUDEZ, Een nobele figuur: Pierre-Victor Malouet, marine commissaris-generaal en zeeprefect te Antwerpen, 1803-1810, dans: Een kompas met vele streken: studies over Antwerpen, scheepvaart en archivistiek aangeboden aan dr. Gustaaf Asaert (Griet Maréchal, edit.), Antwerpen, 1994, blz. 24-30.
[40] Entre 1804 et 1810 Malouet et Chauvelin se retrouveraient dans les Pays-Bas autrichiens, l’un comme préfet maritime d’Anvers, l’autre comme préfet de la Lys chargé du port d’Ostende et en 1810 en tant que collègues au Conseil d’Etat.
[41] J. BENETRUY, o. c., p. 432-433.
[42] Th. CARLYLE, The French revolution, London, 1837 (reprint 2002), Vol. II, The Constitution. Chapter 2.5.1. ‘Ambassador’s cloak’ à comprendre dans le sens de  pseudo-ambassadeur, prête-nom pour le véritable titulaire.
[43] Avec mes remerciements à Mme Kate JARAM et Mr. Paul COX, National Portrait Gallery, Londres
[44] Réflexions pour la négociation d’Angleterre, 30 mars 1792; Instructions pour MM. Chauvelin, Talleyrand et Duroveray, 19 avril 1792.
[45] Lettres de la marquise de Coigny et de quelques personnes appartenant à la société du XVIIIe siècle, Paris, 1884, Lettre du 4 mai 1792 de Mme. De Coigny à Biron.
[46] Joseph GREGO, The Works of J. Gillray, the Caricaturist; with the history of his life, London, 1873; GODFREY & HALLETT, James Gillray: The Art of Caricature, London, Tate Gallery, 2001; Robert WILLIAMS, James Gillray, in: Dictionary of English biography; Jane TURNER, (ed.), James Gillray, in: The dictionary of Art, Vol. XII, 1996.
[47] J. BENETRUY, Souvenirs d’Etienne Dumont, o. c., p. 302.
[48] J. CHASTENET, William Pitt, Paris, Fayard, 1941(rééd. 1959), p. 148.
[49] Ce n’est qu’au début des années 1830, lorsqu’il revint en poste à Londres, que Talleyrand déménagea l’ambassade dans un immeuble de Hanover Square : le grand escalier de Home House ne convenait pas à cet handicapé au pied bot. Au 20ième siècle l’hôtel appartint à Samuel Courtauld (1876-1947), qui le légua au Courtauld Institute of Art qui l’occupa de 1932 à 1989. Le critique d’art, connaisseur de Poussin et espion de la KGB, Anthony Blunt y demeura pendant de nombreuses années. L’immeuble est occupé actuellement par le club privé Home House. Il possède toujours son vestibule avec double escalier monumental ainsi qu’un salon aux décors étrusques.
[50] J. ORIEUX, o. c.,  p. 189-191; Emmanuel de WARESQUIEL, o. c. p. 158-165.
[51] G. PALLAIN, Correspondance diplomatique de Talleyrand. La mission de Talleyrand à Londres en 1792, Paris, Plon, 1887, p. XXVIII.
[52] Archives du Quai d’Orsay, Fonds anciens, correspondance politique, ambassadeur Chauvelin, 1792-93.
[53] Lebrun à Chauvelin 29 november 1792.
[54] Eugène CAUCHY, Du respect de la propriété privée dans la guerre maritime, Paris, Guillaumin, 1866, Annexe 4.
[55] Archives du Quai d’Orsay, Chauvelin à Lebrun 17 november 1792.
[56] J. L. G. N., William Augustus Miles, dans : Dictionary of English Biography, Vol. XIII.
[57] Ch. P. MILES, The correspondence of W. Augustus Miles, Londres, 1890.
[58] A. THIERS, Histoire de la révolution française, Tome II, Bruxelles, 1838, p. 275.
[59] Moncure Daniel CONWAY, The life of Thomas Paine, Volume II, Chapter I “Kill the King, but not the Man”, New York, 1892 (reprint 1973); John KEANE, Tom Paine. A political life, London, 1995.
[60] M. J. TURNER, Pitt the Younger. A life, London, 2003.
[61] D. GREER, The incidence of the immigration during the French revolution, Cambridge (USA), Harvard University Press, 1951; K. BERRYMAN, Great Britain and the French refugees, 1789-1802: the administrative response, Canberra, Australian national university, 1980.
[62] Michael T. DAVIES, London Corresponding Society, 1792-1799, 6 vol., Londres, 2002.
[63] The authentic state papers which passed between Monsieur Chauvelin, Minister Plenipotentiary from France, and the Right Hon. Lord Grenville, Principal Secretary of State for Foreign Affairs, from 12th May 1792, to 24th January 1793. And presented to the House of Commons, January 28th, 1793, Londres, J. Ridgway, 1793.
[64] Gerhard WOLF, Scipion de Chambonas : ministre des Affaires étrangères sous la Législative, juin-juillet 1792 : une contribution à l'histoire du parti Feuillant, Paris, Éd. La Bruyère, 2000.
[65] The memorial of Monsieur Le Brun...on the situation of affairs between Great Britain and France, delivered 17th December, 1792 by Monsieur Chauvelin to lord Grenville...with his lordship’s answer, London, J. Ridgway, [1792]; Lettre du ministre des affaires étrangères [Lebrun] au président de la Convention nationale [Grégoire], en date du 30 janvier 1793... Suivie de la lettre de lord Grenville au citoyen Chauvelin...et de la traduction de l’ordre du Roi d’Angleterre...communiquée au citoyen Chauvelin, Paris, Imprimerie nationale, 1793.
[66] A. SOREL, L’Europe et la Révolution française, 8 volumes, Paris, 1885, Tome II, 2e partie. La Chute de la royauté (1789-1795), p. 419 (rééd. Paris, Claude Tchou, 2003)
[67] J. CHASTENET, o. c., p 132-157.
[68] Idem, p. 148.
[69] E. a. dans Vol. I, chapitre XVII.
[70] Jean JOSEPH-RENAUD, Le Coquelicot, drame en 5 actes d'après le roman de E. Orczy, The Scarlet Pimpernel. Joseph-Renaud (1873-1953), parfait bilingue, outre ses plus de soixante romans populaires, traduisit ou adapta des écrits de la baronne Orczy, d’Oscar Wilde et d’autres. Il était escrimeur (Jeux Olympiques de Londres 1908), grand spécialiste d’arts martiaux et de duels.
[71] Dirigé par Richard Stanton (1876-1956), grand acteur et directeur, pionnier du cinéma muet.
[72] Dirigé par Maurice Elvy (1887-1967), qui fit plus de 150 films entre 1912 à 1957.
[73] Avec dans les rôles principaux Leslie Howard (Pimpernel), Merle Oberon (Marguerite) et Raymond Massey (Chauvelin).
[74] The return of the scarlet pimpernel, avec Bary K. Barnes (Pimpernel), Sophie Stewart (Marguerite) et Francis Lister (Chauvelin). Le jeune James Mason y incarnait Tallien.
[75] Avec à nouveau Leslie Howard dans le rôle de Pimpernel (il était en plus le régisseur), Mary Morris (Marguerite) et Francis L. Sullivan (le nazi Chauvelin).
[76] The elusive Pimpernel, avec David Niven (Pimpernel), Margaret Leighton (Marguerite) et Cyril Cusack (Chauvelin).
[77] The adventures of the scarlet pimpernel, avec Marius Goring (Pimpernel), Lucie Mannheim (Marguerite) et Stanley van Beers (Chauvelin).
[78] Film tourné à Blenheim Palace, avec dans les rôles principaux Anthony Andrews (Pimpernel), Jane Seymour (Marguerite) et Ian McKellen (Chauvelin).
[79] Avec l’acteur bien connu Martin Shaw (‘The professionals’, ‘Rhodes’ et ‘Judge John Deed’) dans le rôle de Chauvelin et Richard E. Grant et Elisabeth McGovern dans les deux autres rôles principaux.
[80] Avec Douglas Sills et Ron Bohmer en Pimpernel. Le rôle de Chauvelin fut interprété par au moins quatre acteurs et chanteurs : Rex Smith, Terence Mann, William Michals et Mark Kudisch.
[81] De 2000 à 2003 e. a. en Finlande, au Mexique, en Irlande et Nouvelle Zélande. En 2003 et 2004 e. a. aux Pays-Bas, en Allemagne, Danemark, Canada et Australie.
[82] Dès que quelque chose demeure introuvable, la chanson extraite de ‘scarlet pimpernel’ est citée:

They seek him here

They seek him there

Those Frenchies seek him everywhere

Is he in heaven or is he in hell

That demmed elusive Pimpernel.

Le 30 janvier 2004 au cours du journal télévisé Newsnight sur la BBC, le journaliste fit remarquer que les weapons of mass destruction en Irak étaient bien le scarlet pimpernel de notre époque… Le premier livre racontant l’histoire est toujours dans le commerce, mais est également disponible sur Internet (projet Gutenberg).

[83] A noter que nous demeurons sans informations sur ce qu’il fit a partir de février jusqu’au mois d’août.
[84] Bernard GAINOT et Marcel DORIGNY, La Société des amis des noirs, 1788-1799. Contribution à l'histoire de l'abolition de l'esclavage, Collection Mémoire des peuples, Paris, Éditions UNESCO/EDICEF, 1998.
[85] Yves DURAND, Les fermiers généraux au XVIIIe Siècle, Paris, P. U. F., 1971.
[86] Qui passerait lui-même sous la guillotine moins de trois mois plus tard.
[87] Bernadette BINSAUDE-VINCENT, Lavoisier, Paris, Flammarion, 1998.
[88] Amédée CAIX DE SAINT-AYMOUR, o. c.
[89] P. CHEVALLIER, Histoire de la franc-maçonnerie française, Tome I, La maçonnerie: école de l’Egalité, Paris, Fayard, 1974, p. 251-256; Daniel LIGOU, Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Paris, PUF, 1987, p. 1087-1088; A. VAN DEN ABEELE, Les enfants d’Hiram, Bruxelles, Roularta Books, 1991, p. 59.
[90] A. LE BIHAN, Franc-maçons parisiens, o. c., p. 89 et 443.
[91] Amédée CAIX DE SAINT-AYMOUR, o. c.
[92] J. BOUCHARY, Le banquier Edouard de Walckiers, in: Annales historiques de la Révolution française, XV, 1938, p. 133-155; S. TASSIER, Figures révolutionnaires, Brussel, 1942, p. 17-46; Guy SCHRANS, Le “Rendez-vous de la noblesse”. La loge bruxelloise ‘L’Heureuse Rencontre’ au XVIIIe siècle, in: Acta Macionica, 1998, p. 173-292.
[93] Rapport fait à l'académie royale des sciences, sur la machine électrique nouvellement inventée par Walckiers de St. Amand. Paris, 1784. (Extrait des registres de l'Académie Royale des Sciences, du 17 mars 1784).
[94] Gammerages étant un village dans le Brabant (Galmaarden en néerlandais).
[95] AngeLaurent LALIVE de JULLY, baron du CHÂTELET, Marquis de RENOUVILLE, fut avocat royal, substitut du procureur général (1744-46), introducteur des ambassadeurs (1756-73), sous-résident de France à Genève (1757-59), membre d’honneur de l’Académie des Beaux-arts, peintre miniaturiste, collectionneur de tableaux, gravures et sculptures. Il épousa 1°) 1749 LouiseElisabeth CHAMBON, † Paris 10.12.1752,  2°) 1762 Marie-LouiseJosèphe de NETTINE, °1742,†  Paris 08.05.1808, fille de Mathias et de BarbeLouise STOUPY. 
[96] Robert LACOUR-GAYET, Calonne, financier, réformateur, contre-révolutionnaire, Paris, Hachette, 1963.
[97] Officier dans l’armée française, émigra en 1792 et prit du service dans l’armée anglaise. Sous l’Empire il fut maire de Rennes et fut fait baron en 1810.
[98] Nous n’en avons pas la preuve certaine, Imécourt étant demeuré très discret. La carrière de son fils Charles (1781-1872) démontre toutefois les sentiments familiaux: mousquetaire à la Première Restauration (et donc probablement rentré d’émigration),  il suit Louis XVIII à Gand en 1815 et est ensuite lieutenant-colonel de la garde royale. En 1824 il est élu député royaliste pour le département de la Meuse. Je remercie Bruno et Christine de Chauvelin pour les renseignements concernant les familles de Chauvelin.
[99] Martine PLOUVIER & Alain SAINT-DENIS (éditeurs), Pour une histoire monumentale de l’abbaye de Cîteaux, 1098-1998, n° 8 de la Collection Studia et Documenta, ed. Revue Cîteaux commentarii cisterciences, Vitreux, 1998; Anne-Marie PARIS (dir), Grands Notables du Premier Empire, Côte d’Or, Paris, CNRS Editions, 1992; Anne-Marie PARIS, Grands propriétaires fonciers en Côte d’Or (1789-1830), thèse du 3ième cycle, EHESS, 1995, 3 Vol.
[100] Archives de l’Abbaye de Cîteaux, Dossier 3A, divers 1791-1846, correspondance entre Fromme et Boullongne.
[101] Philip MANSEL, Paris between empires, 1814-1852. Monarchy and revolution, London, 2001, p. 207.
[102] Pierre JOIGNEAUX, Le phalanstère de Cîteaux, in: La Chronique de Bourgogne, Dijon, 3 septembre 1843.
[103] J. ORIEUX, o. c., p. 351.
[104] Article 52 de la Constitution de l’AN VIII.
[105] Jean THIRY, Le Sénat de Napoléon (1800-1814), Paris, Berger-Levrault, 1949.
[106] Albert VANDAL, L’avènement de Bonaparte, 1907, Tome I, p. 523-525 ; C. DURAND, L’exercice de la fonction législative, de 1800 à 1814, Aix-en-Provence, 1955 ; Thierry LENTZ, Le grand consulat, 1799-1804, Paris, Fayard, 1999, p. 120-129.
[107] CHAUVELIN, Discours sur le mode de procéder à la formation de la loi proposé au Corps législatif par le gouvernement. Le 15 nivôse an VIII, Paris, Imprimerie nationale
[108] CHAUVELIN, Second discours sur le projet concernant la formation de la loi proposé au Corps législatif par le gouvernement. Le 16 nivôse an VIII, Paris, Imprimerie nationale.
[109] CHAUVELIN, Opinion sur le projet de loi concernant la division du territoire de la République et de l’administration. Le 24 pluviôse an VIII, Paris, Imprimerie nationale.
[110] CHAUVELIN, Opinion sur le premier projet de loi relatif au complément de l’armée. Le 13 ventôse an VIII, Paris, Imprimerie nationale.
[111] CHAUVELIN, Discours sur la proclamation et les arrêtés des consuls. Le 17 ventôse an VIII, Paris, Imprimerie nationale.
[112] CHAUVELIN, Discours sur les projets de loi tendant à déclarer que l’armée du Rhin, l’armée Gallo-Batave, l’armée d’Italie et l’armée des Grisons ont bien mérité de la patrie. Le 13 nivôse an IX, Paris, Imprimerie nationale.
[113] CHAUVELIN, Rapport sur une réclamation du citoyen Buat, maire de la commune de Soisé, contre la liste communale de son arrondissement. Le 16 brumaire an X, Paris, Imprimerie nationale.
[114] CHAUVELIN, Opinion sur le projet de loi sur la dette publique. Le 13 floréal an X, Paris, Imprimerie nationale.
[115] CHAUVELIN, Opinion sur le projet d’établissement de la Légion d’honneur. Le 28 floréal an X, Paris, Imprimerie nationale.
[116] CHAUVELIN, Discours devant le Corps législatif prononcé par Chauvelin, orateur du Tribunat, en présentant l’adoption du traité d’Amiens. Séance du 30 floréal an X, Paris, Imprimerie nationale.
[117] Mary BERRY, Extracts of the Journals and Correspondence of Miss Berry, 1783-1852, edited by Lady Teresa Lewis, 3 vols. London, 1866.
[118] Louis MADELIN, Le Consulat de Bonaparte, Paris, 1929, p. 149-150 ; Thierry LENTZ, Le grand consulat, o. c, p. 319-321.
[119] W. H. ADAMS, The Paris years of Thomas Jefferson, New Haven / London, 1997, p. 77 et 152-156
[120] Henri GAUBERT, Conspirateurs au temps de Napoléon Ier, Paris, Flammarion, 1962; Louis de VILLEFOSSE et Janine BOUISSOUNOUSE, L’opposition à Napoléon, Paris, Flammarion, 1969; Gérard MINART, Les opposants à Napoléon, Toulouse, Privat, 2003.
[121] N. KING, Une Lettre du marquis de Chauvelin à Madame de Staël sur "Delphine", in :
Cahiers Staëliens, Paris, 1979, p. 93-98. Les informations biographiques dans cet article qui concernent Chauvelin sont sujettes à rectification.
[122] Archives de l’abbaye de Cîteaux, Acte de vente A3 du 7 septembre 1841 et Inventaire établi par Leroudier en 1842. Je remercie Frère Luc de l’abbaye de Cîteaux pour ses informations.
[123] Prosper de BARANTE, Souvenirs du baron de Barante, 8 volumes, Paris, 1890-1893, Tome I, p. 347.
[124] AN, F1bI 15720; RAB, Lys, 1451.
[125] Jean TULARD et Louis GARROS, Itinéraire de Napoléon au jour le jour, Paris, Taillandier, 1992, p 262.
[126] Il est vrai qu’il donnait cet appellatif à tous ses maréchaux.
[127] Frédéric HULOT, Le maréchal Davout, Paris, Pygmalion, 2003, p. 69-72.
[128] Un exemple: CHAUVELIN, Mémoire présenté par le préfet... de la Lys au conseil général de ce département, à l'ouverture de sa session de l'an XIII, Bruges, le 30 germinal an XIII (20 april 1805).
[129] L. DEVLIEGHER, Een Westvlaamse inventaris uit 1824, in: Bulletin KCML, 1967-68; V. VERMEERSCH, Grafmonumenten te Brugge voor 1578, Brugge, 1976, Catalogus 2, blz. 379.
[130] I. DE MEYER, Analectes médicaux ..., Bruges, 1851, p. 283-300.
[131] L. VAN ACKER, Brugse deelname aan de expositie van Parijs in 1806, in Biekorf, 19.., blz 222.
[132] L. VAN ACKER, Heideontginning ten zuiden van Brugge, in: Biekorf 1960, blz. 235-238.
[133] A. SCHOUTEET, Gedenkweerdige aantekeningen van Jan Karel Verbrugge, Brugge, 1958, p. 29; A. DEWITTE, Saint Napoléon 1806, in: Biekorf, 1997, p. 58.
[134] Discours prononcé par Mr de Chauvelin,... à la distribution ordinaire des prix aux élèves de l'Académie de peinture... de Bruges, le 17 juin 1806, Bruges, G. de Busscher-Marlier, 1806;

Discours prononcé par M. de Chauvelin,... à l'hospice des orphelins de la ville de Bruges, dite école Bogaerde, le 15 mai 1808, Bruges, G. de Busscher-Marlier, 1805.

[135] I. DE MEYER, o. c., p. 269.
[136] SAB, Fonds Academie, n° 2, resolutieboeken, vergadering van 17 oktober 1811.
[137] RAB, Lys, 1451.
[138] J. ESTHER, Het Burgplein en de Mallebergplaats. De huizen en hun bewoners in de 19de eeuw, in: H. DE WITTE (red.), De Brugse Burg, Brugge, 1991, blz. 254-257; B. BEERNAERT, Monument en Tijd, Open Monumentendag Vlaanderen, Brugge, 2000, blz. 26-29; Lies VAN DE CAPELLE, Gouvernementspaleis, Bouwhistorische studie, Postgraduaat Monumenten- en Landschapszorg, Antwerpen, 2004 (onuitgegeven).
[139] SAB, Fonds Académie, n° 188. Le don le plus élevé après celui du préfet, venait du maire de Croeser et s’élevait à 40 frs.
[140] E. HOSTEN en Eg. STRUBBE, Catalogus Stedelijk Museum voor Schone Kunsten van Brugge, Brugge, 1935, blz. 80; [Dirk DE VOS], Brugge, Stedelijke Musea, Beknopte catalogus schilderijen, Brugge, 1973, blz. 66.
[141] SAB, Fonds Academie, n° 2, vergadering van 17/10/1811 en n° 3, folio 89; H. PAUWELS, Catalogus van het Groeningemuseum, Brugge, 1960.
[142] Conservé au Musée David d’Angers in Angers.
[143] J. RICHARDOT, F. S. Delpech, in: Dictionnaire de Biographie française, Tome X, col.; Elmar STOLPE, F. S. Delpech, in: Saur Allgemeines Künstlerlexikon, München, 2000, Volume 25, p. 533.  Delpech était artiste, amateur d’art, écrivain, critique et lithographe. Il mourut de la tuberculose et sa veuve publia les livres illustrés qu’il avait préparés.
[144] François-Séraphin DELPECH [éditeur],  Iconographie des contemporains ou Portraits des personnes dont les noms se rattachent plus particulièrement, soit par leurs actions, soit par leurs écrits, aux divers événements qui ont eu lieu en France, depuis 1789, jusqu’en 1829, avec les fac-simile de l’écriture de chacune d’elles lithographiés par les plus habiles artistes (...), 2 vol., Paris, Delpech [impr. Firmin Didot frères], 1832.
[145] AN F9 164 en 203, lettres de Chauvelin au Ministère de l’Intérieur des 16 juillet et 24 novembre 1807.
[146] AN F9 178.
[147] RAB, Lys, 1451 mentionne les voyages suivants : 18 oct. - 6 nov. 1805; 11-18 déc. 1805; 28 août. – 10 sept. 1806; 9-15 jan. 1807; 21-29 mai 1807; 19-30 mars 1808; 2-8 fév. 1809.
[148] Gazette van Brugge, compte-rendu de la visite de Napoléon et de Marie-Louise, 23 mai 1810; A. VIAENE, Napoleon en Marie-Louise te Brugge, Brugge, 1957.
[149] Souvenirs du feu duc de Broglie, édités par Albert de BROGLIE, Paris, 1886, 4 Volumes, Tome I, p. 119.
[150] Holvoet était conseiller de la préfecture, ensuite il fut préfet du département de Jemappes et de la Loire. Pendant la période hollandaise il fut e. a. gouverneur de la Flandre occidentale. Biographie nationale, Tome IX, col. 438-440.
[151] Le vicomte van der Fosse, descendant de P. P. Rubens, fut à la fin du régime autrichien échevin du Franc de Bruges. Après avoir été conseiller de la préfecture, il devint avocat général à Bruxelles et ensuite procureur général. Pendant la période hollandaise il devint gouverneur du Brabant du Nord et d’Anvers. Il était le beau-frère du révolutionnaire brugeois Anselme de Peellaert, qui devint comte d’empire.
[152] RAB, Lys, 1451.
[153] Dossier AN, F1bI 15720
[154] Ses premiers rapports au Conseil d’Etat le mentionnent avec le titre de baron.
[155] Rapports et projets de décret relatifs à̀ un nouveau système d'entretien des Routes, M. le baron Chauvelin, rapporteur. 1re ré́daction, Paris, 14 Mai 1811.
[156] Rapports et projets de décret relatifs à̀ l'entretien et à̀ l'organisation du service des Polders dans la Belgique, M. le baron Chauvelin, rapporteur, 1re ré́daction, Paris, 14 dé́cembre 1810; Projet de décret relatif à̀ l'entretien et à̀ l'organisation du service des Polders, M. le baron Chauvelin, rapporteur, 5e ré́daction, Paris, 8 Janvier 1808.
[157] Rapport et projet de décret relatifs au mobilier des Hôtels de Préfecture, M. le baron Chauvelin rapporteur, 1re ré́daction, Paris, 15 Mars 1811.
[158] Pour ses différents mandats parlementaires, voir: Archives départementales de la Côte d’Or, Dijon, Sous-série 3 M, Plébiscites, élections, article 235 (élections 20 septembre 1817), article 237 (élections 9 et 16 mai 1817), article 240 (élections 17 et 24 novembre 1827), article 241 (élections 28 septembre 1829). Je remercie Mr. Gérard Moyse et Mme Catherine Pelletier des Archives départementales de Dijon.
[159] Jeannine KAKLAMANIS, Biographie du marquis Marc René Marie Voyer d'Argenson (1771-1842) : comment un noble devient-il un républicain égalitaire ?, Université de Paris X Nanterre, 2001 (inédit).
[160] LANZAC, o. c.
[161] [CAPEFIGUE], Histoire de la restauration et des causes qui ont amené la chute de la branche aînée des Bourbons, Bruxelles, 1831-1833, Tome V, blz. 188.
[162] Quelques exemples de ses discours, publiés en fascicules: Opinion de M. Chauvelin,... contre le projet de loi relatif à la liberté de la presse, prononcée dans la séance du 12 décembre 1817, Paris, Renaudière; Opinion de M. Chauvelin,... contre le projet de loi relatif à la publication des journaux et écrits périodiques prononcée dans la séance du 21 mars 1820, Paris,  Vve Agasse; Opinion de M. Chauvelin,... contre l'article 2 du projet de loi relatif à la répression des délits de la presse., dans la séance du 26 janvier 1822, Paris, Hacquart
[163] CAPEFIGUE, o. c., Tome VII, blz. 40-41
[164] Ph. MANSEL, o. c.,  p. 176.
[165] Chapitre IV.
[166] Livre quatrième, Les amis de l'A B C - Chapitre I, Un groupe qui a failli devenir historique
[167] Discours prononcés dans le comité secret du 31 janvier 1821, par MM. Manuel, le général Sébastiani, Bernard Chauvelin, Camille Jordan, Benjamin Constant, le comte Alexandre de Lameth, le général Foy, Stanislas de Girardin, le général Demarcay, Casimir-Perier, Paris, A la librairie constitutionnelle, 1821.
[168] P. CHEVALLIER, Histoire de la Franc-maçonnerie française, Tome II, Paris, Fayard, 1974, p. 160-168. Alan B. Spitzer, Old Hatreds and Young Hopes: The French Carbonari Against the Bourbon Restoration, Cambridge, Mass., 1971.
[169] E. de WARESQUIEL et B. YVERT, Histoire de la Restauration, 1814-1830, Paris, Perrin, 1996, p. 308 et 418.
[170] Archives départementales de Dijon, Sous-série 3 M, article 241.
[171] Le titre de marquis, que Bernard-François n’avait que peu ou pas utilisé, fut repris par son cousin Joseph de Chauvelin de Beauregard (1786-1844), ancêtre des de Chauvelin actuels.
[172] A. WAUTERS, Zoé Gatti de Gamond, dans: Biographie nationale de Belgique, Tome VII, 474-481, Bruxelles, 1880; A. PERRIER, Zoé de Gamond, épouse Gatti, in: Dictionnaire de biographie française, Tome XV, col. 670, Paris, 1982.
[173] Il n’était qu’un homonyme de Arthur Young (1741-1820), le grand agriculturiste et de son fils le Révérend Arthur Young (1769-1827) qui suivit les traces de son père. Il y avait quatre (ou même cinq) frères Young, qui après s’être établis en France s’en allèrent en Australie en 1847. En 1856 Arthur Young était signalé à propos d’une initiative Fouriériste aux Etats-Unis, après quoi on perd toute trace à son sujet.
[174] Eric BARATAY, Le père Joseph Rey, serviteur de l’enfance déshéritée, Paris, Beauchesne, 1996.
[175] Je remercie Madame Martine Plouvier pour ses renseignements. Martine PLOUVIER & Alain SAINT-DENIS, o. c., pp. 190-197; Thomas VOET, La colonie phalanstérienne de Cîteaux, 1841-1846. Les fouriéristes aux champs, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2001, pp. 71-75 et 171-173.
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